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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


BIOGRAPHIE CLAUDE DEBUSSY, PEINTRE DE LA MÉLODIE FRANÇAISE

1850. La musique française semble endormie face à l’écrasante domination allemande. La France n’a pas de véritable compositeur romantique, exception faite d’Hector Berlioz. Dans la seconde moitié du 19e siècle quelques compositeurs comme Bizet, Lalo, Vincent d’Indy ou Chausson s’essaient au genre déjà ancien de la symphonie, en tentant de contrer le wagnérisme fédérateur par des formes musicales plus épurées...


LA NAISSANCE D’UNE MÉLODIE FRANÇAISE


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Côté piano, ce n’est guère plus brillant. Ecrasé par l’école pianistique de Chopin et de Liszt qui rayonne à travers toute l’Europe, le piano n’intéresse absolument pas les compositeurs français du 19e siècle. L’arrivée de Fauré et ensuite de Debussy dans le paysage musical français va produire un sursaut d’orgueil, une véritable renaissance. Animés d’un esprit nouveau, ils vont ouvrir les voies de l’école moderne en tournant le dos à la conception romantique du fougueux Beethoven ou celle plus inquiète de Schumann. Seul Chopin et sa littérature pianistique échappera à ce retournement de situation.

Le piano de Fauré et de Debussy surent saisir les nuances fugitives du temps qui passe et qui allie « le rêve au rêve et la flûte aux cors ». La naissance de la mélodie française correspond à une opposition à la poésie romantique dont on se lassait en France, en faveur d’une ‘poésie symboliste’ qui pénètre les choses, leurs correspondances secrètes, et appelle la musique d’une voix discrète et rêveuse. Paul Verlaine, Charles Baudelaire, Albert Samain, seront, entre autres, les poètes de Fauré, Duparc et Debussy.


GABRIEL FAURÉ, LE MAÎTRE À PENSER DE CLAUSE DEBUSSY

Tout comme Fauré, Claude Debussy traduit dans son œuvre des impressions, des couleurs, des climats. C’est un peintre qui s’exprime par les sons et retient dans la nature les taches de couleur avant les traits qui cernent les formes. Comme tout artiste, il aura ses maîtres à penser. Camille Saint-Saëns sera de ceux-là. Debussy disait de lui : « C’est l’homme qui sait le mieux la musique, du monde entier »… ce qui ne veut pas dire qu’il voyait en lui le musicien le meilleur. Mais celui qui préparera en quelque sorte le terrain expérimental du jeune Claude Debussy sera surtout Gabriel Fauré.

Fauré a redonné à la musique le ton de la confidence. Avec des pièces pour piano comme Nocturnes, Barcarolles ou sa Suite à 4 mains, le compositeur tourne le dos en quelque sorte à la musique romantique. Si pour certains sa musique semble sentimentale, elle incarne aux yeux des étrangers un sens identitaire à la musique française. Debussy retient la leçon et va s’en inspirer dans l’écriture de ses œuvres futures.


CLAUDE DEBUSSY, LA MAGIE DE L’ARCHITECTURE SONORE

Claude Debussy peint avec pureté. Sa musique semble échapper à toute construction tout en conservant de la rigueur dans la forme. Le poète Jean Cocteau dira de sa musique : « C’est une architecture qui bouge à l’envers de l’eau, des nuages qui se construisent ou s’écoulent ». Debussy a retrouvé, comme les luthistes dans leurs improvisations, leurs préludes, le goût de l’accord juste, de la sonorité chatoyante. Alors qu’avec les romantiques le ton s’élevait, chez lui le ton s’apaise. Sa musique a rapidement dépassé les frontières hexagonales, et a permis à tous de dire que la France avait retrouvé un musicien en celui qui aimait se faire appeler « Claude de France ».

Debussy a dominé son époque : c’est un phare qui illumine et rayonne. Dans l’histoire de la musique, il prend place aux côtés de Bach, Mozart et Beethoven. Avec lui, une époque prend définitivement fin, celui du règne romantique allemand. Un langage nouveau apparaît, que les étrangers mettront beaucoup de temps à découvrir. Pour la France, ce fut la naissance d’une génération ardente, l’apparition d’une foule de musiciens comme on n’en avait jamais connu à aucune époque : Roussel, Pierné, Schmitt, Ravel et, plus proche de nous, Honegger, Milhaud et Messiaen.


PARTIR À LA DÉCOUVERTE DE CLAUDE DEBUSSY…

Il suffit d’entendre trois de ses pièces pour sentir comment Debussy a rompu avec un passé dans lequel il étouffait et révélé des domaines encore insoupçonnés.

La première des trois œuvres qui illustre si bien son univers est Le Prélude à l’après-midi d’un Faune. Dans cette longue pièce qui commente un texte de Mallarmé, la musique de Debussy ne décrit pas, elle construit plutôt des décors successifs à travers lesquels se meuvent les désirs et les rêves du Faune dans la chaleur de l’après-midi. L’orchestre retient son souffle, tandis que la flûte étire son indolente mélopée. Les instruments ne font plus corps comme dans l’orchestre classique ; ils vivent comme des branches dans la forêt, animés par une sève printanière ou automnale.

Seconde œuvre, le Quatuor à cordes. Celui-ci nous révèle des accords inhabituels. Debussy a inventé de nouvelles harmonies. Ses maîtres au Conservatoire les admiraient tout en les condamnant, mais Debussy ne pouvait plus se contenter de l’harmonie classique enseignée dans les cours de composition. Tout en poursuivant des études musicales ‘sérieuses’, il découvre des façons inattendues d’enchaîner des accords le poussant à créer des modes. Avec lui, un autre univers sonore se construit, sans tourner le dos cependant aux ressources accumulées par le passé.

Dernière œuvre marquante, Pelléas et Mélisande. C’est un opéra, mais également une réponse toute personnelle à l’éternelle question : comment faire parler les chanteurs ou chanter les acteurs ? La clarté de son récitatif permet d’abord à tout spectateur de saisir parfaitement les paroles et de se passer de livret… ce qui, dans le domaine de l’opéra, est fort rare ! De plus, l’orchestre ne couvre jamais les voix, mais dialogue plutôt avec elles, laissant le texte souvent à découvert. Concernant l’écriture des voix, il bannit sans faiblesses les airs, les trilles, les vocalises tout en réduisant les tessitures. Après quelques minutes d’audition on a l’impression d’un grand naturel. « Avec Pelléas, Debussy indiqua la voie du salut à ses contemporains égarés dans le sillage de Wagner ou de Puccini » dira le chef d’orchestre Inghelbrecht.


CLAUDE DEBUSSY ET LE PIANO

Remarqué avec sa cantate « L’Enfant Prodigue » qui reçu le Grand Prix de Rome, la carrière de Debussy sera jalonnée de succès. Outre son Quatuor à cordes, l’opéra Pelléas et Mélisande, et les poèmes symphoniques Prélude à l’après-midi d’un faune et La Mer, Debussy va offrir à la littérature pianistique de très belles pages. La vivacité de son écriture, ses audaces rythmiques et ses harmonies influencent encore aujourd’hui de nombreux pianistes contemporains issus du milieu classique et jazz. De ces monuments sonores parsemés de pièges techniques, il faut surtout retenir Les Préludes.

Les Préludes forment deux livres de douze pièces chacun. Chaque pièce est un petit poème dont le titre n’est donné qu’à la fin ou à la table des matières. Ainsi, le titre n’apparaît-il que comme un prétexte qui met en mouvement l’inspiration créatrice du compositeur. De ces vingt-quatre pièces se détachent La fille aux cheveux de lin et La cathédrale engloutie issues du premier livre.

Chaque pièce possède sa propre construction sonore. Dans La fille aux cheveux de lin, la composition s’articule autour d’une simple idée mélodique qui est la traduction d’un rêve où tout se perd. Ainsi après une seconde idée, le premier thème revient, prolongeant la poésie. Pour Debussy, comme dans n’importe quel rêve, les mêmes idées fugitives doivent revenir sous des aspects divers. Debussy utilisera trois fois le thème principal, identique mélodiquement, mais en laissant pointer de subtils changements dans l’accompagnement. Ce jeu harmonique, cette robe sonore qui se renouvelle est une des grandes forces du compositeur.

L’art de Debussy ne se compare à aucun autre et grandit avec les années. On découvre (ou on redécouvre) ce qu’il a apporté. Il n’est pas de compositeur du 20e et 21e siècle qui ne doive quelque chose à ce maître dont un critique disait à propos de Pelléas et Mélisande : « Aujourd’hui ou demain cette musique s’imposera. C’est affaire de temps, de peu de temps ».

Debussy s’inscrit parfaitement et totalement dans la musique d’aujourd’hui. Avec lui, l’histoire du 19e siècle s’achève, comme celle du 18e siècle s’achevait avec Beethoven. L’un et l’autre sont des charnières et des points de départ : les compositeurs Schmitt, Roussel et Ravel seront portés par l’élan de ce renouveau. Claude Debussy mourut en 1918, dans un Paris endeuillé par la guerre, après une existence recluse consacrée à son travail.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 05/2012)
(source : d'après Marcel Corneloup – La musique)


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