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STATS MOIS NOVEMBRE 2018
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CHANSON


CLAUDE FRANÇOIS DIT ‘CLOCLO’,
40 APRÈS, QUE RESTE-T-IL ?

Des paillettes jusqu’aux pétillantes Claudettes, des chorégraphies jusqu’aux ritournelles entêtantes, entre cris de midinettes et apparitions télévisées, Claude François était le chanteur populaire par excellence. Pour les nostalgiques, rien n’est parti, tout est encore là comme au premier jour, la postérité intacte. Le chanteur qui fredonnait « Le mal-aimé » nous a quittés le 11 mars 1978. Aujourd’hui, 40 ans après, que reste-t-il de cet artiste qui courait après le temps de peur que tout lui échappe ?


CLAUDE FRANÇOIS, L’USINE À TUBES

On n’évoquera pas le stupide accident qui lui coûta la vie, car pour ses fans le regard se porte ailleurs. On relèvera seulement que c’est sa manie de l’ordre qui, telle une obsession incompressible, en sera la cause. Pour ceux qui l’ont aimé de son vivant, bien que quarante années se soient écoulées, le chanteur semble ne pas avoir totalement disparu. Ses chansons abreuvent toujours les sillons des vinyles de leurs rengaines immortelles.


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Claude François a enregistré 450 chansons, et si toutes ne sont pas passées à postérité, reconnaissons que de « Belles ! Belles ! Belles ! » à « Mais quand le matin », « C’est la même chanson » en passant par « Le lundi au soleil », « Viens à la maison », « Je vais à Rio », « Cette année-là » ou encore « Comme d’habitude » et « Magnolis for ever », rares sont ceux qui pourraient revendiquer autant de tubes que « Cloclo ». Les 60 millions de disques vendus, dont près de la moitié après sa disparition, en dit long sur l'image artistique et populaire qu’il a eu de son vivant.


Claude François en 1965 - © Joost Evers / Anefo

Le palmarès éloquent de cet homme exigeant et perfectionniste avait monopolisé les hits-parades pendant plus de 15 ans. La télévision allumée, que ce soit en regardant « Le palmarès des chansons » de Guy Lux ou « Numéro 1 » des Carpentier, il était difficile de lui échapper. Claude François a traversé la période yéyé, Mai 68 et abordé le disco sans ambages, tout en enchaînant les succès. Du début jusqu’à sa fin de carrière, le chanteur n’aura jamais rencontré ni de temps mort ni de passage à vide ; une performance suffisamment rare pour être soulignée ici.

Claude François s’adaptait au temps présent, l’anticipant parfois. Depuis son enfance, son regard sur la musique portait au loin, surtout vers celle qui provenait d’outre-atlantique, de Frank Sinatra jusqu’au Four Tops. Il faut se souvenir que dans les années 60 les States étaient un véritable vivier de tubes en puissance, tout comme l’Angleterre avec les Beatles. Claude François avait « la bonne oreille » pour ne retenir que ce qui se faisait de mieux dans le rhythm and blues, la soul, le rock ou la ‘pop’. Son unique objectif était qu’en retour le public français manifeste son adhésion envers ces chansons qu’il prenait soin de bichonner et d'adapter à sa convenance.

Claude François se trompait rarement. Le chanteur sentait quand le vent tournait. Dès ses débuts, chaque version adaptée en français trouvaient un écho auprès du public : « If I Had a Hammer » (1949) chanté par Peter, Paul and Mary en 1962 puis par Trini Lopez en 1963 deviendra « Si j’avais un marteau » (1963) ; « From me to you », dû à la plume des Beatles, se transformera en « Des bises de toi pour moi », tandis que le célèbre « Day Dream » des Wallace Collection (1969) sera baptisé « Rêverie » dans sa version française. Ce ne sont là que quelques exemples d’une pratique qui était alors courante chez de nombreux artistes de la même génération, aussi bien chez Claude François que chez Johnny Hallyday, Sylvie Vartan ou Frank Alamo.

Derrière l’homme pressé, imbu de sa personne et obsédé par la réussite, naîtra dans les années 70 un homme d’affaire avisé. Claude François produira ses disques, montera son propre label - ‘les disques Flèches’ - et dirigera entre autres le magazine ‘Podium’. Cependant l’homme d’affaire sera aussi un homme très seul, mégalomane, qui ne saura ou ne voudra rallier à sa cause le monde du show-business et son ‘mode d’emploi’. Celui-ci ne l’appréciait guère, au point qu’un malentendu naîtra et le poursuivra tout au long de sa carrière, une malédiction qui provoquera de sa part une contre-réaction, l’obligeant à se surpasser, avec ce désir de vouloir faire mieux que tous les autres.

Sa singularité et sa volonté à ériger un empire lui causera souvent plus de tords que de louanges. Doit-on alors interpréter les paroles de la chanson « Le mal aimé » (1974) comme un aveu, comme un malaise qui le rongeait ? Claude François était-il un artiste incompris, un de ceux pour qui la réussite entraîne son lot de jalousie et de rancœurs, ou avait-il une façon toute personnelle de mépriser ceux qui ne l’aimaient pas ?


DES CHANSONS COMME FIL CONDUCTEUR

Les premières traces de ce malaise remontent à la fin des années cinquante quand Claude François et ses parents sont contraints de quitter l’Egypte dans l’urgence. Après avoir passé une jeunesse dans une certaine insouciance et le luxe, Claude François découvre subitement la précarité et le tourment à son arrivée sur le sol monégasque, au point que quand les premiers succès se présenteront, le chanteur aura toujours peur de tout perdre ; une peur qui ne le lâchera plus et qui influencera toute la suite de sa carrière artistique.

Claude François comptait avant tout sur l’amour du public et sa fidélité. La force de sa carrière est construite autour de ces deux valeurs. Jusqu’à son ultime titre gravé quelques jours avant sa disparition (« Alexandrie Alexandra »), la carrière de Claude François n’aura de cesse de renouer avec le succès en imposant des titres calibrés pour les radios et les discothèques.

Si l’essence même de la plupart de ses chansons tournent autour du rythme et de ses codes, certaines d’entre elles apporteront quelques éclairages sur sa vie présente et passée, mêlant tendresse ou rancœur ; tout d'abord à travers la jeunesse : « 17 ans » (1975), « Avec la tête, avec le cœur » (1968) ou encore « Belles ! Belles ! Belles ! » (1962), ensuite en évoquant des pans de sa vie sentimentale ; la plus illustre étant « Comme d’habitude » (1967), dont l’inspiration du texte trouve son origine dans la vie qu’il partagea avec France Gall (« Comme d’habitude » existera à travers trois mille versions dans presque toutes les langues. Un record encore jamais égalé).

Pour son auteur et interprète, l’amour est un puits d’inspiration sans fond qui reflète son besoin de se sentir aimé. Dans sa carrière, chaque rupture, chaque désespoir amoureux, donneront lieu à des chansons porteuses de sens : « Pauvre petite fille riche » (1963), inspirée par une jeune anglaise rencontrée à Monaco, tandis que « Je sais » (1964), « J’y pense puis j’oublie » (1965) et « Même si tu revenais » (1965) témoignent de son union maritale avec Janet, une vie commune de quelques mois à la cicatrice douloureuse.


CLAUDE FRANÇOIS : MÊME SI TU REVENAIS (version originale)
NB : dans les années 90, au moment du décollage de la musique techno, les grands succès de Claude François seront remixés à coup de 'beats'. Même si tu revenais n'échappera pas au massacre... Hélas !


CLAUDE FRANÇOIS ET APRÈS

La fin de l’histoire se termine en 1978. Claude François n’a alors que 39 ans. Lors de son enterrement, outre les fans de toujours - surtout des jeunes filles - le milieu artistique ne s'invitera qu'à travers de rares amis. De son côté, une grande partie de la presse rend la monnaie de sa pièce comme un plat qui se mange froid, s'empressant de souligner la bêtise de l'accident, les travers de l'artiste, son caractère et ses chansons. Que s'était-il donc passé ? Le vide laissé par sa disparition ne faisait pourtant aucun doute...

En s’invitant durant des années sur les ondes et les pistes de danse, le titre « Alexandrie Alexandra » inaugurera des mois durant le début de sa carrière « post mortem ». Comment s’explique cette continuité à travers les années ? Est-ce de la nostalgie, un vide laissé par l’artiste, une époque qui disparaît ou une jeunesse qui s’enfuit ? Au fond, que se serait-il produit si Claude François était resté en vie ? Aurait-il continué à avoir du succès ou aurait-il commis quelques erreurs impardonnables qui lui aurait coûté sa carrière ? La question se pose chaque fois qu’un artiste en pleine gloire disparaît, comme Mike Brant trois ans auparavant ou Jim Morrison en 1971.

L’exigence et le perfectionnisme de Claude François ne permettent pas d’affirmer qu’il aurait continué sa carrière de la même façon. Vis-à-vis de cela, il existe de bonnes raisons pour le penser. D'abord le chanteur était trop soucieux de son image pour que de nouveaux textes et de nouvelles orientations musicales suffisent à entretenir son rang de star. Il est également certain que l’érosion du temps aurait fait disparaître l’énergie scénique des débuts. Déjà, un signe avant coureur était perceptible dans ses dernières chorégraphies, souvent mollassonnes, et dont l’inventivité de gestes et de pas révèlent les prémices de quelques limites physiques.

L’une des options, mais la moins certaine, aurait été qu’il arrête sa carrière de chanteur. Trop de détermination, trop d’ambition, pour tout cesser sur un coup de tête. Après la fin de la vague disco, Claude François aurait eu plus de 40 ans, un âge qui permet encore beaucoup d’audaces, mais qui demande aussi d’anticiper l’avenir avec une toute autre attention. Comme d’autres, Claude François aurait certainement adopté un style de musique qui glisse lentement en direction d’un public autrement moins ciblé. Ayant basé une grande partie de son répertoire sur ses prestations avec les Claudettes, on n’ose imaginer qu’un tel scénario se serait prolongé ‘ad vitam eternam’ !

De fait, aurait-il eu comme Johnny Hallyday une carrière qui fédère autour de lui plusieurs générations ? Tout le monde ou presque s’accorde pour dire que Johnny était un cas à part. Toutefois, bien qu’ayant négocié et anticipé avec plus de flair que Johnny la transition des années 60 aux années 70, rien n’indique dans un sens comme dans l’autre que Claude François n'aurait pas eu une forme de replis sur soi au cours des années.

L’autre option vise l’homme d’affaire. Il l’avait été. Il avait produit quelques artistes et « encadré » d’une main de fer quelques magazines. Ne peut-on penser raisonnablement que la multiplication des radios et des chaînes de télévision des années 80 n’aurait pas eu quelques conséquences dans ses orientations professionnelles ? Serait-il devenu un brillant animateur de talk-show, un producteur avisé ? Aurait-il disparu de la scène pour réapparaître des années plus tard ?

La liste des scénarios du tangible pourrait s’allonger. Toutefois la question fondamentale demeure l’envie et la capacité à se renouveler. On n’ose imaginer qu’au regard d’un âge plus avancé, une certaine sagesse se serait installé, entraînant avec elle son lot de remises en question. Mais il est certain également que sa soif d’indépendance, qui lui avait permis de s’élever au rang de star, aurait été l’élément le plus difficile à négocier. L’objectivité et la sincérité auraient été alors ses deux armes de défense, car se sont souvent sous ces traits de caractère que l’on accepte plus facilement les erreurs auxquelles tout artiste est confronté un jour ou l’autre.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 02/2018)


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BIOGRAPHIE CLAUDE FRANÇOIS, PORTRAIT D'UN CHANTEUR POPULAIRE


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