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CHANSON


BIOGRAPHIE CLAUDE FRANÇOIS, PORTRAIT D'UN CHANTEUR POPULAIRE

De ses 16 ans de carrière, qui ont traversé la période yéyé jusqu’aux années disco, les gens se souviennent encore de ses costumes à paillettes, de ses ‘Claudettes’ dénudées et de l’hystérie qu’il provoquait sur son passage. À sa façon, Claude François aura apporté sa petite pierre dans l’édifice de notre société. D’ailleurs qui en douterait ?… 67 millions de disques vendus, 350 chansons enregistrées et quelques œuvres immortelles dont les incontournables Le lundi au soleil, Cette année-là et Alexandrie, Alexandra. De véritables chansons populaires et intemporelles sur lesquelles danse aujourd’hui encore toute une jeune génération.


CLAUDE FRANÇOIS, UN CHANTEUR POPULAIRE PLEIN DE DYNAMISME


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Le dynamisme de Claude François était considérable et son exigence n’avait point de limite. C’était un véritable bourreau de travail qui trouvait rarement le temps de se reposer, même au fond d’un lit d’hôpital ! Il n’existait pas de temps mort, ni pour lui, ni pour son équipe d’auteurs et de compositeurs qui devait remuer ciel et terre pour trouver une musique ou un texte adéquat.

Il savait que la presse le traitait de chanteur populaire, ce qu’il ne réfutait pas. Il trouvait cela plutôt flatteur. Il était conscient de la portée d’une chanson, de son texte jusqu’à sa mélodie… Quoi de plus évident de chanter ‘Le lundi au soleil’ quand le beau-temps s’installe et qu’il faut travailler le lendemain d’un dimanche pluvieux ! Beaucoup de personnes comprendront le message.

La force d’un grand nombre de ses chansons sera de décrire des situations finalement très banales, mais dans lesquelles beaucoup de personne pourront s’identifier… ‘Chanson populaire’ est un autre exemple de son talent. À sa sortie, la chanson est un échec, mais le chanteur n’a pas dit son dernier mot. En bon danseur, il va sauver ce morceau de l’oubli…

Lors d’une émission télévisée de Maritie et Gilbert Carpentier, entouré de ses danseuses, les 'Claudettes', il impose une gestuelle et une chorégraphie qui va marquer les esprits et séduire un très large public avec ses mouvements d’avant bras tournant sur eux-mêmes. Grâce à la mise en scène chorégraphique, la chanson revit et s’impose alors comme ‘numéro 1’ pendant onze semaines dans les hits-parades de l’époque. Claude François est un véritable battant. Il a comme un 6e sens qui lui dit vas-y, bats-toi, ne laisse pas tomber !

© Photographe Erling Mandelmann - Claude François (1976)


CLAUDE FRANÇOIS, UNE PERSONNALITÉ COMPLEXE

Derrière des chansons comme Le mal aimé, Le téléphone pleure ou Le lundi au soleil se cachait souvent une histoire vécue, chargée de sentiments amers. L’artiste n’hésitait pas à se mettre à nu, et si certaines de ses chansons trouvaient l’accord parfait, c’est qu’elles savaient toucher toutes les couches de la population. Un titre, une histoire, c’est toujours la même chanson, lançait-il aux cœurs sensibles… ‘Ça s’en va et ça revient / C’est fait de tout petits riens / Ça se chante et ça se danse / Et ça revient, ça se retient / Comme une chanson populaire… (Chanson populaire - 1973)

Une chose l’obsédait : être le meilleur. Etre celui qui déplace les foules, qui se maintient toujours en haut de l’affiche. Dans le métier, il n’avait pas que des amis. Sur les plateaux de télévision, il était capable d’avoir le sourire même si l’artiste qui se trouvait à côté l’agaçait profondément. En toute circonstance, il optait pour l’attitude professionnelle. Quand il fallait régler ses comptes, cela se passait hors caméra.

Claude François était un arriviste de la plus pure espèce qui portait le costume d’homme d’affaire quand la situation l’exigeait. Sa carrière, c’était toute sa vie, mais Claude François avait peur de deux choses : vieillir et mourir. Il n’aimait pas son apparence physique, et derrière les sourires crispés se cachait un tout autre personnage, souvent maniaque et d’un perfectionnisme sans bornes.


DES MOMENTS DIFFICILES

À son arrivée en France en 1956, Claude François n’a qu’une passion : la musique. Il ne connaît personne. C’est un véritable inconnu des maisons de disques et pourtant, à force de persévérance, il va réussir un coup de maître en enregistrant une chanson intitulée Belles, belles, belles, un tube qui va lancer sa carrière et son destin…

Mais en attendant, il doit se rendre à l’évidence : il devra se battre pour s’imposer. Pour gagner un peu d’argent, le jeune Claude fait des petits boulots à droite et à gauche. La situation familiale n’est guère brillante. Son père, sans emploi et dépressif, ne lui adresse plus la parole depuis qu’il sait que son fils veut faire un métier de saltimbanque. Il en sera ainsi jusqu’à sa mort en 1961. Pour le jeune homme, les blessures sont profondes, au point qu’il attendra l’année 1976 pour chanter une chanson destinée à réconcilier le passé, 17 ans. Cette chanson émouvante évoque les drames de sa jeunesse, son départ d’Egypte pour la France, de la vie dorée à la vie de misère, où il devra, pendant cinq longues années, batailler pour nourrir sa famille.

De ces traumatismes, Claude François va conserver une certaine obsession du travail. Exigeant envers lui-même, il sait que s’il veut réussir une carrière dans la chanson, personne ne lui fera de cadeaux. Pour lui, la musique, c’est une revanche sur la vie. Il doit alors prouver à sa famille, à ses amis, qu’il a la capacité d’en vivre, voire d’être un grand qu’on reconnaîtra dans la rue.

Pour lui, chanter, composer, créer, rien d’autre ne compte. Plus tard, quand la réussite sera là, la forte personnalité de l’artiste déteindra sur ses collaborateurs qui verront en lui un être caractériel, méticuleux, anxieux, coléreux et excessif. Pour Claude François, c’était une face cachée de l’artiste que le public devait ignorer. Un brin ‘mégalo’, certainement, car tout n’était pas dans la lumière, même si, à l’occasion, il était capable d’élans de générosité, le cœur sur la main.

Au début des années 70, il connaîtra des passages à vide, des malheurs. Le destin s’acharnera. Le chanteur incarnera bien ‘Le mal-aimé’ de la célèbre chanson. Une dépendance de sa propriété de Dannemois brûle, il subit des contrôles fiscaux… En 1972, il se sépare de la mère de ses enfants. Sentimentalement au plus mal, il se sentira incompris. La chanson ‘Le téléphone pleure’, écrite quelques temps après par Eddy Marnay, sonnera comme un écho à sa souffrance.

Dans son malheur, la chanson touchera le public à cause de son texte faisant référence aux familles recomposées, un des sujets brûlants de la société des années 70. Quatre vingt mille exemplaires se vendront par jour. Un véritable raz-de-marée. Le téléphone pleure sera le plus gros succès de sa courte carrière. Elle s’imposera d’elle-même, sans réelle promotion, de façon presque naturelle.


‘BELLES, BELLES, BELLES’, UN DÉPART FRACASSANT

Sa prise de contact avec la musique se fera dans les bals, sur la Côte d’Azur, où il deviendra un quelconque musicien accompagnateur (il jouera des congas dans l’orchestre d’Aimé Barelli). Il possède quelques rudiments en piano, mais son instrument fétiche c’est la batterie qu’il pratiquera dans une petite formation de jazz.. Claude François adore le rythme qu’il associe à la danse, son autre point fort (il enseignera le twist, le madison, et autres danses à la mode). Il a un goût prononcé pour toutes les musiques venant des States, surtout celles qui possèdent des ossatures rythmiques prononcées comme le rhythm and blues, la soul et la pop.

Son premier 45 tours, il le signe sous le nom de Kôkô. Ce sera un échec parce que personne ne croit en lui. C’est le début d’un engagement féroce. A une époque où la musique yéyé fait ses ravages sur la scène et devant les caméras, il doit arriver à convaincre les directeurs artistiques qu’il a du talent. L’énergie, la force et même le désespoir de réussir cohabitaient, mais Claude avait un charisme, un comportement scénique qui fascinait. Ah… Si j’avais un marteau / Je cognerai le jour / Je cognerai la nuit / J’y mettrai tout mon cœur, chante-t-il déjà (Si j’avais un marteau – If I had the hammer - 1963). C’est une reprise certes, mais la chanson est joyeuse et va servir de catapulte pour le chanteur. Un million d’exemplaire se vendra, bien mieux que la version des Surfs !

Claude a 23 ans lorsqu’il sort une nouvelle chanson intitulée Belles, belles, belles (1963). Il sait que les femmes rêvent justement d’être Belles, belles, belles comme le jour / Belles, belles, belles, comme l’amour. Il devient alors le chouchou du magazine des ados ’Salut les copains’. Quant aux jeunes femmes, elles ne rêvent que de lui !

Premier témoignage d’une chanson simple et à la construction mélodique percutante, ‘Belles, belles, belles’ passe tous les jours sur les ondes des radios. Son texte est d’une telle évidence qu’elle ne peut que marcher. Le jeune réalisateur Claude Lelouch donnera dans le scopitone de la chanson l’image d’un jeune homme sympathique entouré de trois jeunes femmes dansant le twist dans la neige. Fallait oser, mais l’époque veut ça !

Au début des années 60, la grande vedette auprès des jeunes c’est Johnny Hallyday. C’est la star du moment, un brin rock'n'roll, un brin yéyé. Pour Claude François, Johnny est un concurrent, un obstacle qui se dresse devant lui. Il ne peut pas exister deux ‘numéro 1’ ! Claude François est un ‘anti-Johnny’, un chanteur pour midinettes. Il le sait et il le revendique. À cette époque de folie, il croque la vie à pleines dents, comme l’illustre sa chanson La ferme du bonheur en 1964 : Et quand le soir, je monte / Sur ma colline en fleurs / Je respire dans le silence / La paix et le bonheur / Shalala, shalala… / Soyez les bienvenus / A la ferme du bonheur.

De la même façon que Salvatore Adamo, Claude François incarne alors le gendre idéal. Avec son look BCBG, il n’est pas du tout rock’n’roll le ‘Cloclo’ ! Il a l’allure d’un gentil, pas d’un méchant ou d’un révolté. Il dénote dans le paysage musical et c’est justement à cause de ça qu’il attire de nombreux regards sur lui.

Au début de sa carrière, les albums s’enchaînent au rythme de deux 33 tours et quatre 45 tours par an, bien plus que la moyenne des artistes. Il passe son temps avec ses musiciens à trouver de nouveaux ‘plans’, de nouveaux arrangements, de nouvelles mélodies. Il a besoin de travailler, de travailler, parce qu’il sait que la réussite est à ce prix là…

L’ÉPOQUE DES TOURNÉES

Dans les années 60, les dates des tournées se succèdent à un rythme effréné. Claude François se sacrifie pour ses fans qui, à chaque concert, l’attendent depuis des heures, debout, serrés les uns contre les autres. Il se laisse aller, allant jusqu’à la limite de ses forces. Il donnerait tout pour eux…

Plus tard, au volant de sa voiture, il roule à tombeau ouvert en pleine nuit pour rejoindre la ville du prochain concert. Deux cents ou peut-être trois cents kilomètres sont à faire. La voix est prise, la fatigue est là, mais la vitesse soulève un air frais revigorant. Claude aime rouler vite au point de détester se faire doubler par d’autres véhicules. Il n’aime pas non plus avoir de chauffeur. Pour lui, les tournées sont comme des matchs de boxe où chaque date devient un round qu’il faut assumer.

♪ chaque concert, devant la scène, c’est l’hystérie collective. Le public tend les mains frénétiquement. Chaque fan veut toucher, embrasser l’artiste, quitte à se faire repousser violemment par la sécurité. A la musique, se mêlent les cris et les hurlements. Claude François électrise les foules jusqu’au moment où il jette sa chemise devant un public en transe. Ses chansons, sa voix, ses pas de danse, ses attitudes scéniques… tout contribue à la naissance d’un nouveau phénomène : la ‘Cloclomania’…




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