CHANSON


ÉDITH PIAF, SON DERNIER GRAND SUCCÈS : 'NON, JE NE REGRETTE RIEN'

Le temps n'a pas de prise sur Édith Piaf. Toujours aussi immortelle dans le panthéon de la chanson française, celle qui chantait La vie en rose devait offrir au public pour son retour sur scène en 1960, l’un de ses plus grands succès : Non, je ne regrette rien.


‘NON, JE NE REGRETTE RIEN’, JE ME FOUS DU PASSÉ

Le refrain est explicite : « Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / Ni le bien qu'on m'a fait / Ni le mal / Tout ça m'est bien égal / Non, rien de rien / Non, je ne regrette rien / C'est payé, balayé, oublié / Je me fous du passé. » La chanteuse, comme un adieu, enrobe ses souvenirs d’un voile épais jusqu’à les oublier. Enregistrée il y a 60 ans, en octobre 1960, la chanson Non, je ne regrette rien est devenu pour le public une chanson mythique.

En 1960, l’époque n'est pas encore adossée aux mots ‘tubes’ ou ‘hits’ comme aujourd’hui, pas plus qu’elle ne succombe à des ‘success stories’ racontées par des magazines peoples. En France, le rock vient juste de débarquer sur les ondes et la vague yéyé n'est pas encore là. Piaf appartient à la génération des Mouloudji, Yves Montand et Charles Trenet. Pour elle, point d’enfantillage ou de résonance médiatique déplacée, ce sont ses interprétations qui prédominent, quand sa voix chante l'amour et les sentiments éternels, quand elle dessine des personnages ou quand la souffrance s'étale sur scène comme autant d'émotions vécues.

© Archive Nationale - Édith Piaf en concert à Amsterdam (Hollande - 13/12/1962)

Paradoxalement, ce n’est pas sur scène que Non, je ne regrette rien va se révéler, mais sur le petit écran, dans le magazine d’actualité ‘Cinq colonnes à la une’. Les animateurs Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Pierre Lazareff l'avaient invitée pour présenter la chanson. Édith Piaf, qui était un monument de la chanson française et internationale, faut-il le rappeler, allait saisir d’émotion les rares téléspectateurs présents devant leur poste. Fidèle à l’image que l’on retient d’elle, elle était apparue à l’écran toute frêle dans sa fidèle robe noire. Son visage, aux traits accentués par le noir et blanc du petit écran, ne pouvait masquer les souffrances accumulées par une santé chancelante.


UNE INTERPRÈTE HORS DU COMMUN

Chez Piaf, dès que le chant s’élevait, tout autour le silence s’invitait. L’intensité de l’interprétation comme les mots entraient en résonance dans la salle. C’était comme une lecture à livre ouvert. La chanteuse se métamorphosait. C’était tout ou rien, comme si plus rien n’existait, si ce n'est le désir de se livrer totalement, sans retenue.

Édith Piaf savait s’entourer d’auteurs et de compositeurs compétents, capables de déchiffrer parfois ses désirs profonds. Écrite par Michel Vaucaire sur une musique de Charles Dumont, à qui l’on doit entre autres Mon Dieu et Les amants, la chanson Non, je ne regrette rien arrivait au bon moment dans l’existence de la chanteuse. « Non, je ne regrette rien a été comme une sorte de révélation en moi, c'est-à-dire que j'ai senti qu'il fallait que j'efface tout, que je recommence tout, que je me renouvelle tout à fait. » dira-t-elle plus tard. Aujourd’hui, avec le recul, il est difficile d’imaginer que cette chanson a bien failli ne jamais exister. Charles Dumont n’y croyait pas, et il faudra toute la persuasion de la chanteuse Cora Vaucaire pour que la chanson soit présentée à Piaf.

En plus de ses qualités d’interprète, Piaf pressentait tout de suite ce qui pouvait lui convenir tout en saluant la qualité du texte et de la musique qu’on lui présentait. Dans ce sens, c’était une grande professionnelle. Elle voyait juste, et Non, je ne regrette rien appartenait à cette catégorie de chansons vouées à devenir éternelle. « Quand une chanson lui plaisait, elle la faisait écouter à tous ses amis. » devait raconter Charles Dumont du jour où il lui présenta la chanson.


ÉDITH PIAF : 'NON, JE NE REGRETTE RIEN'
Interprétation de la chanson dans son intégralité, sur scène, avec orchestre.

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LE GRAND RETOUR DE PIAF

© Archive Nationale - Édith Piaf en concert à Amsterdam (Hollande - 13/12/1962)

Fragilisé par son addiction à l’alcool mais aussi par l’administration de morphine (suite à un accident de voiture survenu en 1953), Édith Piaf s’était retirée de la scène en 1959, exténuée, mais le succès rencontré par Non, je ne regrette rien allait l’inciter à faire son grand retour.

En décembre 1960, à l’Olympia, c’est le Tout-Paris qui se presse pour la voir. Se présentant sur scène dans sa robe noire, un tonnerre d’applaudissement devait jaillir durant 16 minutes avant que la moindre note soit chantée ! Le journaliste Jacques Plessis raconte : « Piaf n'a jamais rien regretté et surtout pas son retour à la scène en 1960 alors que tout le monde pensait qu'elle ne pourrait pas sortir de son lit. Grâce aux trois ans qui ont suivi sur scène, elle a prolongé sa vie, elle ne vivait que pour la scène. »

Aujourd'hui Non, je ne regrette rien est à classer avec La vie en rose, Hymne à l’amour, L’accordéoniste, Padam, padam, Mon manège à moi, Milord, Mon légionnaire ou Sous le ciel de Paris... Toutes ces chansons sont représentatives d'une époque révolue et pourtant !

Depuis sa disparition en 1963, elles ont traversé plusieurs générations. Dans la plupart, il existe ce petit détail, cette chose insignifiante qui veut dire beaucoup. Il peut s’agir de cette simple idée portée par une mélodie prenante ou de cette parenthèse imagée qui donne du sens à la vie et au vécu.

Rien n’est dû au hasard. Une jeunesse misérable, la rue, où elle a grandi, puis le succès, les nombreux amants, les addictions, la maladie… Un drôle de tableau pour une existence digne d’un roman de Victor Hugo ! Doit-on alors s’étonner si par le passé la Piaf a su toucher par ses mots et ses interprétations un aussi vaste public, fidèle et reconnaissant. Aujourd’hui, la « môme » continue de vivre à travers les nombreux artistes qui continuent d’adapter son répertoire, tout comme le cinéma. Ce qui est certain, c’est que sans sa présence en filigrane, la plupart de ses chansons n’aurait pas aujourd’hui la même saveur ni le même aura dans le cœur du public qui les découvre ou redécouvre. À ce jour, les originaux n'ont jamais été égalé, et Édith Piaf demeure cette « môme » pour l'éternité.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2021)

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