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FLEETWOOD MAC : 'RUMOURS', UN CLASSIQUE AU SON CALIFORNIEN

Créé durant l’été 1967 par le guitariste Peter Green, le groupe anglais Fleetwood Mac devait enregistrer 10 ans après sa constitution son meilleur album, Rumours, un album constitué d’une succession de tubes qui ont permis au groupe de pérenniser son existence malgré les vives tensions qui existaient déjà en son sein.


‘RUMOURS’, UN ALBUM LÉGENDAIRE

Cet album est entré dans la légende de la musique rock pour bien des raisons, la première étant sa singularité qui se justifie par la volonté d’afficher au son du blues britannique, l’éclat d'une musique pop californienne découverte quelques années plus tôt avec les les Beach Boys. L’autre raison, celle-ci plus « chiffrée », provient des records enregistrés par le disque. Rumours fait partie de la liste des albums de rock les plus vendus, avec plus de trente millions d’exemplaires écoulés depuis sa sortie en 1977, mais aussi, avec ses 31 semaines non-stop à la tête des ventes aux États-Unis.


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Rumours est le onzième album studio du groupe. L’inspiration du son californien est bien présente alors que les origines musicales de Fleetwood Mac sont à rechercher du côté du blues, son véritable point de ralliement, et ce malgré un parcours artistique des plus chaotique dû à des changements de personnel.

Lors de l’enregistrement de Rumours ne subsiste de la formation originale que le bassiste John McVie et le batteur Mick Fleetwood. Son fondateur, le guitariste Peter Green, a depuis abandonné sa place faute d’avoir trop « goûté » aux paradis artificiels. Le reste du personnel est le même que dans l’album précédent (Fleetwood Mac – 1975) : Stevie Nicks (chant lead), Lindsay Buckingham (guitare acoustique et électrique, banjo, dobro et chant) et Christine Perfect, recrutée en 1970 et devenue entre-temps Mme McVie (claviers et chant).

Au milieu des seventies, le trio composé du couple McVie et de Mick Fleetwood avait quitté la Grande-Bretagne pour vivre de nouvelles aventures à Los Angeles. Sentant qu’un vent favorable soufflait dans leur direction, le trio se mit à rechercher de nouvelles âmes pour faire vivre leur soudaine métamorphose créative. Pour cela, il fallait d’abord trouver une chanteuse dont la voix s‘harmonise avec celle de Christine McVie. Le recrutement de Stevie Nicks correspondait parfaitement à leur attente. Par bonheur et complémentarité, le guitariste Lindsay Buckingham qui vivait en couple avec Stevie Nick finalisait idéalement la structure sonore du groupe. Le nouveau Fleetwood Mac venait de naître.


FLEETWOOD MAC : 'DREAMS'

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L’ALBUM ‘RUMOURS’ DANS SON CONTEXTE

L’album Fleetwood Mac réalisé deux ans avant la parution de Rumours avait rencontré un certain succès. Le groupe avait mis près de 15 mois pour parvenir à la première place du classement américain en inscrivant pas moins de trois tubes, dont Rhiannon. En perte de notoriété et à la recherche d’un second souffle, l’album Fleetwood Mac marquait le retour du groupe au premier plan, un come-back qui allait s’amplifier avec l’album suivant.

Rumours se caractérise surtout par ses nombreux tubes : Dreams, Go Your Own Way, Don’t Stop ou encore The Chain et You Make Loving Fun. De quoi se réjouir étant donné les tensions et ressentiment qui sont nés durant la préparation du disque. Un critique pointilleux pourrait même traduire chaque chanson comme étant le résultat d’une attaque personnelle visant les relations conflictuelles entre les deux couples et un batteur qui, prit en tenaille, et malgré ses efforts pour recoller les morceaux, finissait le plus souvent par succomber à la tentation de se faire une petite ligne entre deux escapades ! L’histoire rapporte que durant les sessions d'enregistrement, les membres avait pris pour habitude de faire la fête tout en consommant de la cocaïne ; ce qui retarda bien évidemment l’achèvement du disque.

Aux dissensions provoquées ou subites venait se rajouter une parution dans un contexte qui n’était pas vraiment favorable, l’année 1977 étant marquée par l’arrivée d’une musique : le punk. Telle une vague déferlante, cette musique aux comportements provocateurs, produite essentiellement en Grande-Bretagne, devait faire table rase de tous les prétendants présents et passés, notamment en s’opposant aux grands groupes et à leur spectacle XXL (Genesis, Pink Floyd, Yes…) ou encore en rejetant la new wave et ses sonorités électroniques. Malgré tout, l’album Rumours, comme un trublion égaré au milieu d’un autre trublion, finira par s’imposer auprès d’une génération entière de jeunes américains qui préfigure les années 90 (le président Bill Clinton qui fera du titre Don’t Stop son hymne durant sa campagne électorale ne sera pas dû au hasard).

La suite, ce sera la parution du double album Tusk en 1979. Ce nouvel opus ne fera qu’entériner le malaise longuement mûri au sein du groupe. Entre les luttes de pouvoir internes, les histoires de « baise » et l’adjonction de quelques prises de cocaïne, le cocktail ne pouvait être qu’explosif (après six mois de tournées sans interruption, les McVies divorceront, mettant fin à huit ans de mariage). Placé sous la direction du guitariste Lindsey Buckingham, Tusk garde néanmoins quelques chansons de qualité comme Over & Over, Sara et Tusk.


FLEETWOOD MAC  : 'DON'T STOP'

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LES POINTS FORTS ET FAIBLES DE ‘RUMOURS’

L’album a été largement acclamé par la critique, avec des éloges centrés sur la qualité de sa production et de ses harmonies. Dans 'The Village Voice', Robert Christgau le décrira comme étant « plus cohérent et plus excentrique » que son prédécesseur. John Swenson du magazine 'Rolling Stone' soulignera l'interaction vocale entre les trois chanteurs, tandis que dans une revue pour le 'New York Times', John Rockwell commentera l'album avec ses mots : « un disque délicieux et on espère que le public le pense aussi. » Mais la déclaration certainement la plus saisissante revient au rédacteur en chef de 'All Music', Stephen Thomas Erlewine, qui conclura restropectivement : « Chaque morceau, chaque phrase retrouve sa puissance émotionnelle brute et immédiate - c'est pourquoi 'Rumours' a touché autant de gens lors de sa sortie en 1977, et qu’il a depuis transcendé son époque pour devenir l'un des albums pop les plus grands et les plus convaincants de tous les temps. » Bien sûr des avis négatifs verront le jour, commentant le côté frustrant, inégal et même ses quelques idées confuses, ce que rapportera Juan Rodriguez pour le magazine 'The Gazette'.

Enregistré avec l'intention de faire "un album pop", la musique de Rumours se caractérise globalement par un son plutôt doux et harmonieux. Ceci est dû à l’utilisation des claviers électriques que sont le Fender Rhodes et l’orgue Hammond. Rumours est construit autour d'un mélange d'instrumentation acoustique et électrique. À l’exception de deux titres, la guitare de Lindsay Buckingham et l'utilisation des claviers par Christine McVie sont présents sur tous les autres morceaux. À ceci s’ajoute une classique basse électrique et une batterie accompagnée de percussions distinctives telles que des maracas et des congas.

Les 12 chansons qui illustrent Rumours marient tantôt la simplicité (Dreams) tantôt la complexité (The Chain). Pendant les différentes étapes qui conduiront à l’achèvement des compositions, Lindsay Buckingham et Christine McVie jouaient de la guitare et du piano ensemble pour créer les structures de base de l'album. Tous deux partageaient une même vision dans la façon de faire sonner les titres. Par contre, à cause des relations humaines qui tendaient le groupe et qui commençaient à avoir des effets négatifs sur la réalisation de l'album, les cinq membres évitaient de se rencontrer en dehors des exigences du studio.

En 1977, bien des années après la fin du mouvement hippie et de ses grands festivals, les drogues continuaient d’affecter la Californie. Il était facile de s’en procurer. Chris Stone, l'un des propriétaires du studio, se lamentait de voir l’attitude destructrice du groupe dont l’activité et le vrai travail ne commençaient qu’à 2 heures du mat, quand chacun n’était plus en mesure d’assurer le strict minimum. Après la fête, le trop plein avait raison des bonnes intentions. John McVie avait tendance à se heurter à Lindsay concernant ses compositions, même s’ils admettaient tous deux avoir obtenu de bons résultats. Fort heureusement, la majorité des prises parvenait à capturer l'émotion sans autre filtre, ce que le disque restitue parfaitement.


FLEETWOOD MAC : 'YOU MAKE LOVIN FUN'

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Les principaux auteurs de Fleetwood Mac (Stevie Nicks, Lindsay Buckingham et Christine McVie) ont travaillé individuellement sur les chansons, mais ont parfois partagé des paroles entre eux. The Chain est le seul titre sur lequel tous les membres, y compris Fleetwood et John McVie, ont participé. Toutes les autres chansons de l’album concernent, de près ou de loin, les relations personnelles souvent difficiles au sein du groupe : You Make Loving Fun parle du petit ami de Christine McVie, le directeur d'éclairage de Fleetwood Mac, après qu’elle se soit séparée de John. La chanson Dreams détaille une rupture traversée par un message d'espoir, tandis que Go Your Own Way est un texte nettement plus pessimiste. Quant à la chanson Songbird, elle comporte des paroles introspectives sous la forme d'une prière. Selon Christine McVie, le fait que les auteurs se concentraient sur leur texte durant les sessions aurait eu pour conséquence d'éclipser les véritables dissensions au sein du groupe et ne seraient apparues que bien plus tard.

Par D. Lugert (Cadence Info - 10/2020)


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