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CHANSON


GILBERT BÉCAUD BIOGRAPHIE/PORTRAIT DE M. 100 000 VOLTS

Disparu le 18 décembre 2001, Gilbert Bécaud appartenait à la génération des Brel, Brassens et Ferré. Ce géant de la chanson française était un excellent mélodiste à qui l’on doit quelques standards internationaux : Je t’appartiens (Let It Be Me), Et maintenant (What Now My Love), C’est en septembre (September Morn)… Entouré d’une solide équipe d’auteurs, Bécaud avait tracé sa route comme si tout découlait de source. Sa personnalité et son énergie débordante sur scène l’avaient affublé du surnom de Monsieur 100 000 volts…


GILBERT BÉCAUD, LE TALENT QUI ÉLECTRISE

Tous ceux qui ont assisté aux premiers concerts de Gilbert Bécaud s’en souviennent encore. Le chanteur, qui ne manquait ni de punch ni de charme, arpentait la scène comme un beau diable. Dans sa façon qu’il avait de maltraiter le piano, on aurait pu croire que cet instrument-là était son pire ennemi, alors qu’il n’en était rien. En 1954, lors de son passage à l’Olympia en première partie de la chanteuse Lucienne Delyle et du chef d’orchestre Aimé Barelli, Gilbert Bécaud va produire sa petite révolution en retenant toute l’attention du public par sa prestation ponctuée d’une énergie folle, à tout rompre. Un chanteur encore inconnu venait de sauter le pas, prenant ses distances avec les formes classiques de la chanson française alors dessinées par Georges Brassens, Léo Ferré ou Jacques Brel. De ce premier passage sur la scène mythique, l’histoire retiendra surtout les sièges cassés par une jeunesse étudiante débordant d'enthousiasme


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Bécaud était un artiste en avance sur son temps. Qui aurait soupçonné, d’ailleurs, que derrière cet ancien pianiste timide, alors accompagnateur du chanteur Jacques Pills, se cachait un tel homme ? Edith Piaf, fidèle à elle-même, toujours prête à aider le talent des musiciens qui ont croisé sa route, le présente à Aznavour. Son protégé, alors en pleine ascension, remarque le talent imaginatif de ce musicien qui, en plus d’être un bon pianiste, et de surcroît un bon mélodiste ; un élément essentiel à toute prérogative chansonnière qui va faciliter la collaboration entre les deux artistes. Des chansons naissent. Je t’attends, Mé-qué mé-qué, Viens et bien d’autres ritournelles s’installent et deviennent des « succès ». Entre Bécaud et Aznavour la complicité devient comme une rime sans fin. Au fil du temps, une amitié profonde s’installera entre les deux hommes malgré quelques rivalités sous-jacentes qu’une certaine presse se fera plaisir de relever.

Gilbert Bécaud (1972)

Avant de se lancer dans la chanson, Gilbert Bécaud s’était préparé à devenir un pianiste concertiste. Il avait suivi un enseignement classique rigoureux au conservatoire de Nice avec le secret espoir d’affronter un jour les plus grandes œuvres du répertoire pianistique. Malheureusement ou à cause de ce désir impatient de tout contrôler, mais aussi à cause de cette nervosité latente qu’il essayait de contenir avec plus ou moins de bonheur à coup de cigarettes, il devenait difficile pour lui, voire impossible, d’accorder sa technique avec la rigueur d’une interprétation de Chopin ou de Brahms. La route tant désirée devait alors bifurquer à tout jamais. Toutefois, gardant pour lui un cœur attaché à la « grande musique », tout en osant quelques ambitions musicales (l’Opéra d'Aran - 1962), l'occasion lui sera donné de glisser quelques vers de Pierre Delanoë à la gloire de Chopin dans la chanson Le pianiste de Varsovie : Je ne sais pas pourquoi / Cette mélodie me fait penser à Chopin / Je l'aime bien, Chopin / Je jouais bien Chopin / Chez moi à Varsovie / Où j'ai grandi à l'ombre / A l'ombre de la gloire de Chopin.

Dans sa vie privée, l’homme enfin débarrassé de sa légendaire cravate à pois faisait feu de tout bois. Il aimait rire, comme il aimait bien boire et manger. Bon père, il aura deux garçons et trois filles (dont la dernière, Noï, qu’il adoptera en 1993) issus de différentes unions. On lui comptera quelques aventures plus ou moins avérées, semées de ruptures amères mais aussi de quelques pages de bonheur ; autant de chapitres qu’il n’hésitera pas à mettre en couleurs et en émotions : L’aventure, Quand tu danses, Je reviens te chercher, sans oublier Et maintenant qui sera l’un de ses plus grands succès en France, mais aussi à l’international où la chanson sera reprise par de nombreuses stars de la variété américaine, du rock et de la soul  : Shirley Bassey, Ray Conniff, Aretha Franklin, Judy Garland, Ben E. King, Roy Orbison, Elvis Presley, Frank Sinatra, The Supremes, Sarah Vaughan, etc.


GILBERT BÉCAUD, DES TEXTES TAILLÉS POUR LA SCÈNE

Si Gilbert Bécaud est exigeant envers les musiques qu’il compose, il portait une attention toute aussi grande aux textes et à leur poésie. Outre Charles Aznavour, trois plumes essentielles vont servir ses ambitions et lui permettre d’étoffer son répertoire. Leur nom : Maurice Vidalin, Pierre Delanoë et Louis Amade. Si le premier est chargé d’écrire des textes plutôt sombres ou nostalgiques (Le bain de minuit, C’est en septembre, L’indifférence), Pierre Delanoë s’occupera du thème affectif (Et maintenant, Je t’appartiens, Nathalie). Quant à Louis Amade, son style poétique devait s’insérer parfaitement dans les chansons aux contours humanistes (La ballade des baladins, L’important c’est la rose, Les marchés de Provence…). Par la suite, Bécaud fera appel à d’autres auteurs, surtout en fin de carrière. Citons : Serge Lama (Le train d’amour), Claude Lemesle (Madame Roza, Désirée, Desperado), Didier Barbelivien (De Only You à maintenant) ou encore Luc Plamandon (La fille au tableau).

Grâce à ses différents auteurs, Bécaud va aborder toute la littérature que la chanson peut offrir. Sa qualité d’interprète faisant le reste, il s’affranchira de tous les thèmes érigés en hypothétiques obstacles : la ballade sentimentale (C’est en septembre, Marie, Marie), les souvenirs heureux (Les marchés de Provence), la vie d’artiste (Et le spectacle continue, Quand il est mort le poète), les chansons humanistes (L’important c’est la rose, La solitude ça n’existe pas) ou encore celles pétillantes d’humour et de joie de vivre (Alors raconte, Les créatures de rêve, Quand Jules est au violon, Silly Symphonie).

Dans ses spectacles, Bécaud savait entraîner son public là où il voulait. Sous le costume impeccable au bleu intense existait aussi celui d’un arlequin, d’un personnage taillé façon « commedia dell’arte » qui amusait le public en dansant, en sautillant, passant du micro au piano pour frapper quelques accords ou quelques notes improvisées. Bécaud était sur scène une flamme incandescente qui virevoltait. Il avait le talent de dérouler à vitesse grand V des textes gais et pétillants sur des musiques profilées par ses soins. En ce sens, La vente aux enchères est un très bel exemple de cette capacité à se surpasser ; une véritable performance physique tant le chanteur courait après chaque mot, aussi bien sinon mieux que le moindre des commissaires priseurs.

Une fois qu'il avait quitté le devant de la scène, derrière les rideaux, l’attendait un traditionnel verre de scotch et une cigarette. Une gorgée, une bouffée, et le spectacle repartait pour un tour. Bécaud s’en expliquera en ces termes : « Le mètre que vous parcourez, c’est un monde. Entre les coulisses et la scène, c’est un monde. C’est un univers total. Il vous rembourse de tout… C’est un gros cadeau, même si ce mètre est difficile à passer. »

Installé en haut de l’affiche depuis quelques années, la quarantaine trébuchante, l’artiste brûlait son existence tout en gardant un œil sur les commentaires de la presse écrite. Savoir durer, rester au premier plan, n’importe quel artiste un jour ou l’autre est confronté à cette dure réalité. A la fin des années 70, Bécaud cherche un nouveau souffle, de nouvelles inspirations dans ses musiques. D’une certaine façon, le texte écrit par Serge Lama dans la chanson Le train d’amour fait allusion à ce retour impossible : « Un train manqué, des pas perdus / Sur le quai de la gare du temps / Un train manqué, rien ne va plus / Les trains s' font rares à quarante ans. »

Gilbert Bécaud voyait aussi en chaque jeune chanteur un concurrent, une personne qui pouvait prendre un jour sa place. En 1969, dans sa maison d’édition ‘Le rideau rouge’, se trouvait Julien Clerc. Le jeune chanteur, du haut de ses vingt ans, est alors perçu comme la future vedette de la chanson française grâce à ses premiers tubes (La cavalerie, Ivanovitch, La Californie, Des jours entiers à t’aimer…). Invité par Bécaud pour passer en première partie de son spectacle à l’Olympia, Julien Clerc devait à son tour en être la vedette l’année suivante. Or, Bécaud, pour qui la scène de l’Olympia est l’enfant chéri, le sanctuaire sacré qui l’a vu débuter, voit d'un mauvais œil cette réussite sur les chapeaux de roues de ce chanteur au charme désarmant, si bien qu'il cherchera à imposer - selon quelques « on dit » - des limites au contrat concernant le nombre de jours que Julien Clerc devait rester à l’affiche. Ainsi, tout comme avec Aznavour à ses débuts, le caractère impétueux de Bécaud venait de clarifier la situation par un autre « divorce », certes d’une autre nature, mais bien réel.


GILBERT BÉCAUD, L’ARTISTE OUBLIÉ

© Joost Evers / Anefo - Gilbert Bécaud (1965)

Jusqu’à ses derniers jours, Gilbert Bécaud donnera tout ce qu’il a sur scène comme sur les plateaux de télévision. Atteint d’un cancer, la chanson Faut faire avec (1999), sur des paroles de Claude Lemesle, témoignera du regard qu’il portait sur sa maladie. Une grande pudeur que soulignent ces quelques vers : « On peut pourtant / Défier le temps / En regardant / La mort en face / Puis sans un cri / Payer le prix des cigarettes / Faut faire avec... » Pour la profession, Gilbert Bécaud aura conservé jusqu'au bout cette image de "cogneur intransigant", un personnage quelque peu atypique que la chanson française recherche aujourd’hui désespérément, mais qu’elle ne trouve pas.

De tout temps, l’artiste a toujours su ce qu’il voulait. Attentif, fin observateur, il ne laissait rien au hasard, allant jusqu’à exiger des musiciens qu’ils s’habillent de noir pour renforcer l’aspect scénique et théâtral. Bécaud écoutait aussi toutes sortes de musiques, même celle de la jeune génération jusqu’au rock le plus avant-gardiste.

À la fin de sa carrière, les pas de Bécaud seront guidés par cette crainte de ne plus être dans le coup, de ne plus plaire. Certaines de ses chansons en pâtiront. Peut-être avait-il tout simplement peur de la redoutable traversée du désert, de celle que tout artiste redoute un jour ou l'autre. Avait-il passé un mauvais deal avec quelques souvenirs ? Bécaud, n’en fera pas allusion ou du moins esquivera la réponse. Dans son for intérieur, le chanteur regardait toujours devant lui. C’était un pur créateur, un de ces êtres doués qui cherchait de nouvelles aspérités pour tout donner.

Salué par la jeune garde d’artistes interprètes, le chanteur conservera aussi, jusqu’aux dernières représentations, un public fidèle, un noyau sachant répondre à chacun de ses codes, de ceux qui consistent à plaire, séduire, conquérir et à chanter la vie en chœur. Mais aujourd’hui, plus de quinze ans après sa disparition, sans faire grand bruit, les souvenirs s’estompent et les magnifiques chansons de Bécaud disparaissent dans la brume. À l’heure où le moindre tube est bazardé en un temps record, les chansons de « M. 100 000 volts » ont malheureusement suivi le même chemin, sans autre explication, sans autre destiné que d’être inadaptées aux modes du temps présent.

Le dernier grand événement de sa carrière sera son passage dans un Olympia flambant neuf, reconstruit à l’identique en 1997, à quelques mètres du précédent. En toute logique, Bécaud devait en être son premier hôte. Ce fut fait.


LES CHANSONS INCONTOURNABLES DE GILBERT BÉCAUD

  • Les croix (1953)
  • Mé-qué, mé-qué (1953)
  • Viens (1953)
  • Alors, raconte (1955)
  • Je t’appartiens (1955)
  • Les marchés de Provence (1957)
  • Mes mains (1958)
  • La ballade des baladins (1958)
  • L’enterrement de Cornélius (1960)
  • Le rideau rouge (1960)
  • Et maintenant (1961)
  • Miserere (1961)
  • Dimanche à Orly (1963)
  • Les tantes Jeanne (1963)
  • Quand Jules est au violon (1963)
  • Le pianiste de Varsovie (1964)
  • L’orange (1964)
  • Nathalie (1964)
  • Quand le spectacle est terminé (1964)
  • T’es venu de loin (1964)
  • Quand il est mort le poète (1965)
  • Le petit oiseau de toutes les couleurs (1966)
  • Les petites mad’maselles (1966)
  • Mademoiselle Lise (1966)
  • L’important c’est la rose (1967)
  • Marie, Marie (1967)
  • Au magasin d’antiquités (1968)
  • Les cerisiers sont blancs (1968)
  • La cavale (1969)
  • Les créatures de rêve (1969)
  • Monsieur Winter go home (1969)
  • Silly Symphonie (1969)
  • Vivre (1969)
  • Charlie, t’iras pas au paradis (1970)
  • L’homme et la musique (1970)
  • Et le spectacle continue (1972)
  • Kyrie (1972)
  • L’hirondelle (1974)
  • Le bal masqué (1974)
  • L’amour c’est l’affaire des gens (1976)
  • L’indifférence (1977)
  • C’est en septembre (1978)
  • Le train d’amour (1978)
  • Madame Roza (1996)
  • Faut faire avec (1999)

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2017)


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