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BLUES, SOUL, REGGAE, RAP, WORLD MUSIC...


HISTOIRE DU RAP FRANÇAIS, LES MOMENTS CLÉS

Depuis 25 ans, le rap déchaîne les passions en France. Le genre est populaire mais il ne bénéficie pourtant pas de la même considération que d’autres musiques. Le rap dérange quelque part. Ferait-il peur ? Les rappeurs devraient-ils exercer leur art dans une sorte de clandestinité ? Le bouillonnement artistique est pourtant là, mais sous évalué et incompris. Serait-ce une question de bizness ou s'agirait-il d'un mauvais procés ? Là où le rythme prévaut, les phrases déroulent leur tempo saccadé...


AU COMMENCEMENT ÉTAIT LE HIP HOP

Depuis les années 80, le rap a toujours été en prise directe avec les réalités urbaines. Tout comme les graffitis, il est là, présent, jusqu’à provoquer et déranger. Il vient d’abord du bronx, des communautés afro-américaines et latines. On a cru que cela serait une mode sans lendemain. Grossière erreur !


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Si à ses débuts, les médias et plus particulièrement la télévision ont bien du mal à s’adapter, cette culture venue des States sera fondamentale pour tous les jeunes français de banlieue.

Au milieu des années 80, le DJ et musicien Sidney sera le premier à tester le hip hop à travers son émission télévisée "H.I.P. H.O.P.". Mais le hip hop tout comme le rap se trouve vite sur la touche. Seules quelques radios – comme Radio Nova – pensent que ce mouvement-là n'est pas prêt de mourir.

Des confusions naissent, des idées toutes faites se répandent. Le rap est associé au tag, synonyme de violence et mode d’expression sauvage qui dégrade plus qu’il ne fédère autour de lui. La presse crie au scandale et dénonce les jeunes de banlieue comme étant toujours prêts à répondre à la violence par la violence. Le rap = banlieue = délinquance = violence. Le rap est subversif et donc incontrôlable. C’est une musique de rebelle qui dérange les bien-pensants.

Comme le fut le rock’n’roll au tournant des années 60, malgré les protestations et les portes qui se ferment, rien n’est finalement assez puissant pour entraver la progression et l’implantation de cette culture. La réputation des rappeurs dépasse enfin les limites des terrains vagues. Les maisons de disques conçoivent ou plutôt admettent qu’il y a matière à faire (Virgin sera l’une des toutes premières). Les majors s’ouvrent timidement au rap hexagonal et signent les premiers artistes représentatifs au début des années 90 : Ministère A.M.E.R, Rapatitude !, New Generation MC, Assassin, IAM, etc.

Si les premières compils réussissent amplement leur mission, la culture issue des banlieues souffre toujours d’un manque de reconnaissance. En premier lieu la SACEM qui a bien du mal à reconnaître les rappeurs comme de véritables auteurs. Seule la chaîne télévisée M6 démontre avec l’émission Rapline, de 1990 à 1993, que tout retour en arrière est désormais impossible, que le hip hop et le rap sont là, qu’ils font à présent partie du paysage culturel hexagonal.

L’audience du rap français grandit. Les disques commencent à se vendre, tout en faisant grincer des dents. Au conflit interne du mouvement (1) s’ajoutent désormais les pressions politiques et juridiques. Elles apparaissent au grand jour en 1993 avec le titre « J’appuis sur la gâchette » de Suprême NTM. Une polémique naît autour de ce texte évoquant le suicide. Le message est clair et suscitera un bon nombre de réactions. La liberté d’expression est au centre des débats. Ce sujet-là et d’autres, tout aussi explosifs, entraînent des dérives au cœur des milieux artistiques et politiques. Le rap devient l’ennemi de l’État. Des procès ont lieu. Les uns condamnant les messages prônés par les rappeurs tandis que d’autres rappellent que ces polémiques autour des mots et des idées sont vieilles comme le monde et qu’il s’en produira encore et encore.

Le rap révèle plus que jamais le malaise des banlieues. Il devient le révélateur d’une montée du racisme que personne alors ne veut vraiment voir. La course au faciès, celui du Noir ou de l’Arabe, la presse en parle à l’occasion, mais ailleurs c’est bouche cousue. Au milieu des années 90, alors que les rappeurs en place sont finalement des « gentils », ceux qui suivront ne chercheront qu’à exprimer par des mots bien plus virulents ce qu’on leur reproche Cette nouvelle génération ne répond en fait qu’à une situation toujours plus tendue dans les banlieues. Au regard de ce qu’ils ont à perdre, ils ont tellement de choses à dire !

1 - Pendant un temps, la presse relaiera la soi-disant opposition entre les groupes IAM et NTM Les clichés foisonneront : les gentils contre les méchants, les intelligents contre les brutes… IAM et NTM s’affronteront par musique interposée dans une sorte de compétition/domination.


QUAND L'HISTOIRE DU RAP FRANÇAIS A DES CHOSES À DIRE...

Les choses à dire, elles se graveront via des labels indépendants. Le seul moyen, peut-être, pour affirmer sa différence, ses revendications et se faire connaître. Un nouveau rap explose, moins misérabiliste et plus entreprenant ; un rap indépendant qui se prend en main. Tandis que les IAM et NTM deviennent des groupes populaires, d’autres naissent à chaque coin de rue : Arsenik, X.Men, Lunatic, Secteur Ä avec Doc Gynéco… Une nouvelle génération de consommateur se presse pour écouter tous ces artistes qui ont visiblement des choses à raconter.

L’âge d’or du rap s’installe. À la fin des années 90, les sorties d’album se comptent par dizaines et dizaines tous les mois. Des concerts gratuits voient le jour sous la houlette de quelques labels tandis que les médias relayent les évènements en ne relatant, encore et toujours, que le chaos des débordements et des dérapages. Malgré tout, le rap fait vendre et devient le genre musical préféré des français de moins de 25 ans. Des radios concèdent des horaires ou se spécialisent, telle Skyrock.

En banlieue, le rap commence à faire rêver les plus jeunes qui voit dans cette musique un moyen de gagner de l’argent et d’avoir une belle voiture, or le pouvoir est entre les mains d’un puissant monopole et dans lequel chaque gros média joue un rôle. Dès lors, au sein des rappeurs nait une fracture. Pour les uns, la marginalité s’impose comme une évidence, tandis que pour les autres la construction d'un flow plus accessible et généreux coule de source. Tant pis alors pour le côté rue et sa culture.

Signe des temps : le groupe "113". Les lignes semblent vouloir bouger. Formé autour de Rim'K, AP et Mokobé, "113" est récompensé en mars 2000 aux "Victoires de la musique" dans la catégorie « Album rap, reggae ou groove de l'année » au nez et à la barbe des cadres de la variété française. "113" incarne parfaitement le paradoxe du rap français d’alors en étant à la fois populaire et ignoré du monde du showbiz.

Cette prise de distance, cette méfiance envers cette expression venue de la rue, trouvera son compte quelques années plus tard au moment des émeutes de Clichy-sous-bois. Face aux événements, la politique s’enflamme et ravive les discours d’un grand nombre de parlementaires de droite qui finissent par poursuivre "113" et huit autres groupes pour atteinte à la dignité de l’État.

Presque par habitude, les textes exprimés sont sorties de leur contexte et viennent appuyer les propos, faisant le lien entre rappeurs, émeutes et racisme anti-blanc. La différence fait peur et les fils d’immigrés doivent rentrer dans le rang et ne plus exprimer une forme de rejet du système, quitte à sacrifier au passage une génération tout entière.

Cependant le procès le plus indigeste entre l’État et le rap se manifestera de 2002 à 2010 à travers le groupe "La Rumeur" et ses deux rappeur Ekoué et Hamé. Les bavures policières seront la principale raison de ce long procès lancé par le ministre de l’intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy.


LE RAP FRANÇAIS ET L'EMBALLEMENT POUR LE WEB

Au milieu des années 2000, le rap est au sommet des ventes. Booba et Soprano engendrent les disques d’or, tandis que Diam’s écoule ses disques jusqu’à devenir la Reine des ventes. Pour autant, les problèmes ne disparaissent pas, car le rap conserve une mauvaise réputation et les médias n’ouvrent pas davantage leurs portes à cette musique. Gestuelles contestataires, prises de position revendicatrices, le cocktail détonnant du rap continue de faire mouche.

Les années 2000 seront celle du Web. Place est donnée prioritairement à l’image et au clip vidéo. En s’emparant d’Internet, le rap entreprend une autre révolution : celle de la liberté qui devient le maître mot d’une création tout azimut. Placé sous contrôle, le rap cherche à conduire sa destinée avec plus d'assurance. C’est la course au buzz, mais aussi la course sur des routes dangereuses et parfois glissantes, à l’image du chanteur Orelsan et de sa chanson « Sale pute » relatant l’histoire d’une séparation de l’amour à la haine. La Toile fait resurgir des chansons oubliées et une fois de plus la machine médiatique s’emballe : déprogrammation, annulation de concerts jusqu’au Ministère de la Culture qui s’en mêle.

Même si le rap est devenu un genre populaire auprès du public et que de nouveaux talents voient le jour, les problèmes subsistent. Qui pourrait dès lors s'étonner de voir des artistes rappeurs continuer de faire allégeance à la rue. Il n’est alors plus question de marketing. Drogue, détention d’armes, violence, la rue c’est aussi cela. Ils le savent bien, comme ils savent qu'il n’existe pas de protection assez efficace pour s’en protéger. L’argent, la popularité n’y font alors rien !

Vingt-cinq ans après la rencontre du rap et de l’industrie, les grands médias ont toujours une grande frilosité à l’égard de cette musique. La question devient même cruciale pour certains artistes : peut-on être grand public sans oublier la rue ? Peut-on faire du marketing sans lâcher le terrain ? Des questions auxquels les artistes ne répondent pas vraiment, quitte à frôler parfois la schizophrénie. Les rappeurs font avec ce qu’ils ont, et si ça se diffuse, alors c'est tant mieux ! Il n’y a pas chez eux, à proprement parler, de calcul scientifiquement préparé. Être un exemple pour les autres sans faire de concession, peut-être est-ce là leur seule mission. Celui qui hier baptisé ses chansons à coup de slogans et de mots rentre-dedans recherche aujourd’hui la reconnaissance de ses pairs. Oui, le combat continue encore !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 05/2018)


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