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JAZZ ET INLUENCES


BIOGRAPHIE JEAN-LUC PONTY - PORTRAIT DU VIOLONISTE DE JAZZ

En France, les violonistes de jazz se comptent sur le bout des doigts. La faute, certainement pas à Jean-Luc Ponty qui a toujours porté sur l’instrument un regard très personnel, novateur et passionnant. De stature internationale, il incarne le violon dans toute sa modernité. Aux confins d’une musique savante qui prend racine dans le jazz, sa carrière est jalonnée d’une multitude de rencontres et d’expériences sonores. Grâce à lui, le violon jazz a trouvé une nouvelle jeunesse, pleine d’ardeur et d’inventivité.


LES PREMIERS PAS DANS LE JAZZ

Si le complice de Django Reinhardt, Stephane Grappelli, était un musicien autodidacte, Jean-Luc Ponty a par contre suivi des études de musique classique au Conservatoire national de musique et de danse de Paris d’où il sort avec un premier prix en 1960. À l’époque, pour un violoniste, s’extirper de l’héritage classique et se lancer dans le jazz n’est pas une mince affaire, d’autant plus que la technique de l’instrument est inféodée à tout un pan de l’histoire de la musique classique.


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Apparemment, pour le jeune violoniste, suivre une carrière de concertiste plus ou moins bien tracée au sein d’un orchestre classique ne suffit pas à combler son bonheur musical. Et même s’il devient un des membres de l’Orchestre des Concerts Lamoureux, il se sent très vite attiré par les libertés musicales que lui inspire le jazz. Le soir venu après la représentation classique, c’est parfois le grand écart. Le violoniste n’hésite pas à troquer le smoking pour une tenue plus décontractée et à remplacer l’attitude académique de circonstance par une autre moins zélée quand l’occasion de s’adonner à sa passion se présente…

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, c’est à la clarinette et au saxophone qu’il fait ses premiers pas dans le jazz. Au départ, il transposera sa connaissance du jazz à la clarinette au violon, instrument de prédilection qu’il maitrisait davantage.  Jean-Luc Ponty : ‘j’écoutais des musiciens américains et c’est un jour par accident où je n’avais ni clarinette, ni saxophone, mais seulement mon violon, que j’ai fait la jam et que j’ai découvert que je pouvais aussi jouer du jazz avec cet instrument. C’est à ce moment-là que j’ai effectué des recherches et que j’ai découvert Grappelli. À cette époque, il était dans une période sombre de sa carrière. On ne le voyait plus du tout… Il jouait très peu. À travers lui, j’ai découvert quelques disques, mais comme j’étais attiré par le jazz moderne, et bien que j’avais beaucoup d’admiration pour ce qu’il faisait, rien du son, de sa technique, ne pouvait être adapté au bebop, au jazz moderne qui faisait partie de ma génération. C’est pourquoi j’ai écouté un autre violoniste, un noir américain qui s’appelait Stuff Smith et qui était le premier à faire une rupture en jouant par exemple du violon comme une trompette… Et c’est cela ce que je voulais faire. Donc mon approche était à l’opposée de ce que faisait Grappelli.

Pour le jeune violoniste, jouer du jazz jusqu’à 4 heures du matin dans les boîtes de nuit ne lui fait pas peur. Dans le jazz, il faut beaucoup donner pour, peut-être, aboutir à quelque chose. C’est d’autant plus vrai que cette musique-là est avant tout centrée sur la relation et les échanges, sur des opportunités qu’il faut savoir saisir. Aussi, quand un violoniste classique joue du jazz dans la capitale, la nouvelle se répand très vite, d’autant plus que le jeune musicien montre des dispositions, pour ne pas dire du talent en la matière. Jean-Luc Ponty : ‘je pense qu’au départ le talent c’est un don, c’est inné. Il faut savoir le détecter, mais ensuite il faut savoir quoi faire avec, comment le gérer… Les jeunes musiciens d’aujourd’hui apprennent à jouer en imitant les musiciens principalement américains, or ce qui est important, c’est de pouvoir apporter de la nouveauté, quelque chose de personnel… On entend de plus en plus de jeunes musiciens qui savent improviser, qui peuvent être de bons musiciens de jazz, mais qui n’arrivent pas au stade suivant qui consiste à créer quelque chose de plus original… Et cela, c’est difficile.

Jour après jour, le jazz s’installe dans sa vie, telle une passion dévorante qui ronge sa pensée. Il sait que tôt ou tard il lui faudra choisir entre le classique et le jazz, car mener de front deux carrières aussi dissemblables est très difficile, voire impossible. Le choix est fait, ce sera le jazz. Le modernisme et les côtés aventureux de Miles Davis et John Coltrane serviront de promontoire à son style. Quant aux envolées be-bop, elles incarneront le feu dont le musicien fait preuve.


JEAN-LUC PONTY, LA RÉVÉLATION D’UN NOUVEAU STYLE AU VIOLON

Sorti du swing façon ‘Grappelli’ ou de quelques envolées acrobatiques que l’on peut dénicher dans quelques formations de bluegrass et de blues, le violon demeure un instrument très replié sur lui-même. Sa place légitime dans le jazz est comme ignorée. Ponty va saisir alors sa chance en défrichant des territoires inconnus, jouant de l’instrument avec un aplomb déconcertant, faisant l’affront de contourner l’éternel vibrato et en percutant les cordes à coup d’archet… Un son nouveau est né, passionnant et sulfureux. En quatre ans, Jean-Luc Ponty va devenir la figure de proue d’un violon aventureux, d’un violon au son insoupçonné…

Les festivals de jazz révèlent le jeune musicien : Antibes en 1964, Monterey (Etats-Unis) en 1967 (il sera invité par le Modern Jazz Quartet). Son premier disque, intitulé Jazz Long Playing, sort en 1964. Deux ans plus tard le voici sur scène à Bâle (Suisse), pour un sommet entre violonistes de jazz : Stéphane Grappelli, Stuff Smith et Svend Asmussen. Déjà, le jeu de Ponty éclabousse de sa modernité la vieille école du violon jazz. Une passation de pouvoir s’amorce (disque : Violin Summit – 1966).

La personnalité de sa technique va trouver sa réponse dans un trio composé de Jean-Luc Ponty au violon, de Eddy Louiss à l’orgue et de Daniel Humair à la batterie. Ce trio baptisé du nom de HLP (Humair/Louiss/Ponty) va jouer un ‘jazz hexagonal’ révolutionnaire pour l’époque (de 1966 à 1968, trois disques seront enregistrés), mais aux retombées médiatiques insuffisantes pour que l’aventure se poursuive. La formation sera redécouverte bien des années plus tard. 

En 1967, son succès au festival de Monterey va le conduire à signer un contrat avec la maison de disques World Pacific. Une nouvelle porte s’ouvre devant lui. Il rencontre le pianiste George Duke qui l’affranchit aux rythmes ’soul’ et sort un disque intitulé The Jean-Luc Ponty Experience en 1969. Le ton est donné. Le violoniste be-bop tire un trait sur le passé et répond présent quand un certain Frank Zappa le réclame…


LE VIRAGE POP ET FRANK ZAPPA

A la fin des années 60, la musique pop est à son apogée. Derrière ce terme-valise se cachent de multiples courants, suivant le jazz d’assez loin du point de vue musical, mais le précédant de loin dans la faveur d’un public jeune. Jean-Luc Ponty, alors lassé d’un jazz plus ou moins expérimental, s’oriente vers des musiques nettement plus ‘rock’. Ce changement de cap ne sera pas sans effet sur les puristes de jazz français qui bouderont l’artiste pendant de nombreuses années. Pour beaucoup le musicien devient insaisissable, inclassable. Le violoniste après avoir abandonner sa carrière classique, abandonne à présent un jazz aventureux pour se lancer dans une musique alors considérée par de nombreux amateurs de jazz comme un sous produit d’une extrême médiocrité, faisant briller plus souvent la facilité que l’originalité… Mais enrichi par l’expérience menée avec le trio de George Duke, Jean-Luc Ponty ignore les critiques, bien décidé à poursuivre l’aventure qui, pour le moment, lui sourit…

Le violoniste aborde la musique pop avec Frank Zappa. Celui-ci, lui demande de participer aux séances de son deuxième album Hot Rats (1969). Au sein de l’équipe ‘Zappa and The Mothers of Invention’, Ponty fait à ce point merveille que le guitariste compose pour lui le Concerto pour violon et orchestre à petit budget (album King Kong -1969). A partir de ce moment-là, le violoniste va être régulièrement cité dans les revues de Jazz et de Rock comme le meilleur violoniste au monde. Sollicité de toutes parts, le violoniste participe à des séances de studios inattendues, comme celles de l’album Honky Château d’Elton John en 1972…

Lassé de partager son temps entre Paris et Los Angeles, Ponty décide de s’installer avec toute sa famille en Californie en 1973… Jean-Luc Ponty : ‘à la fin des années 60, j’ai commencé à être invité à jouer en Californie, aux Etats-Unis, par des musiciens et par des producteurs de disques et je m’y suis installé en 1973 parce qu’il y avait beaucoup de demande pour moi, comme celle de tourner avec le groupe de Zappa. J’ai bien sûr rencontré d’autres musiciens et un ‘management’ s’est formé pour ma carrière. Donc, ma vie professionnelle a pris racine en Californie. Et comme à l’époque j’avais très peu d’occasions de travailler en Europe, le choix s’est fait presque naturellement.

Sensible à une musique baptisée ‘jazz-rock’, dans laquelle on retrouve à des degrés divers la coupe des solos et la forme des thèmes propre au jazz, le violoniste quitte la musique faite de collages et de fantaisie de l’ambitieux Frank Zappa pour un autre guitariste plus sensible au karma, John McLaughlin. Jean-Luc Ponty intègre le Mahavishnu Orchestra et enregistre avec le groupe deux albums : Apocalype (1974) et Visions Of The Emerald Beyond (1975). Par rapport au précédent violoniste du groupe, Jerry Goodman, Ponty joue d’égal à égal avec McLaughlin, n’hésitant pas à produire des glissandos et des effets au quart de ton pour intégrer de façon plus efficace les différentes couleurs modales réclamées par le guitariste.

Son passage dans le groupe de Zappa et dans celui de McLaughlin va déterminer la suite de sa vie musicale en provoquant indirectement des choix et de nouvelles ambitions dont celle de conduire une carrière riche et prometteuse aux États-Unis…


JEAN-LUC PONTY ET SES VIOLONS

Ponty est un chercheur, mais pas un provocateur comme l’était Zappa. Sa musique baigne dans un esthétisme constant, cadrée le plus souvent par des écritures aux trajectoires abouties et non décousues. Il est un chercheur en tant que compositeur, mais également en tant que ‘réformateur’ de l’approche technique du violon ainsi que dans le domaine du son et des expérimentations électroniques.

Jean-Luc Ponty : ‘dès que j’ai commencé à jouer du jazz, je jouais avec beaucoup d’énergie. Je voulais jouer du jazz moderne avec des batteurs, mais pour avoir un volume suffisant, il fallait amplifier l’instrument, parce que le violon acoustique n’est pas aussi puissant qu’une trompette ou un saxo. A partir de cette recherche d’amplification, j’en suis venu à transformer le son de l’instrument parce que je découvrais des possibilités différentes de l’exploiter. Par la suite, et étant donné que dans le domaine sonore je ne suis pas un ingénieur en électronique, ce sont des fabricants de violons électriques qui sont venus me trouver pour développer des instruments en adéquation avec mon jeu.

Jean-Luc Ponty sera parmi les premiers utilisateurs du violectra sur scène (ce violon, créé par Barcus-Berry, est accordé une octave au-dessous du violon et se situe entre l’alto et le violoncelle. On peut l’entendre dans le titre Fight For Live de l’album Upon The Wings Of Music). Il adaptera à son jeu les pédales utilisées par les guitaristes de rock, comme la distorsion et la wah-wah, qui deviendront de véritables terrains d’expérimentations sonores. Le violoniste plongera la tête en avant dans la technologie d’avant-garde, allant jusqu’à utiliser un violon cinq cordes que le constructeur Californien, Barcus Berry, lui construira dès 1978. Dès lors, il n’utilisera plus le violon classique à quatre cordes, ne pouvant se passer de cette corde grave supplémentaire. Quelques années plus tard, quand la MAO s’imposera, il raccordera son violon au MIDI pour en étendre les possibilités sonores (violon Zeta). Depuis, il dispose chez lui d’un grand nombre de violons dont certains modèles sont devenus de véritables instruments de collection.


JEAN-LUC PONTY - ENIGMATIC OCEAN


JEAN-LUC PONTY ET LES DISQUES JAZZ-ROCK

1975 est une année importante pour Jean-Luc Ponty. Dès lors, il entreprend une sérieuse carrière discographique en signant avec Atlantic. La société d’édition lui laisse une totale liberté d’entreprise. Il forme son propre groupe et sa propre maison de production. Le premier album, Upon The Wings Of Music (1975), témoigne de ce virage surprenant. Les rythmes binaires appuyés de Fight For Live ou de Polyfolk Dance alternent avec des envolées sonores semées d’écho où seul le violon intervient, Echoes Of The Future. Si le style des compositions se veut personnel et la virtuosité souvent présente, et si le son surprenant de ses violons électriques explose aux oreilles des auditeurs, sur le fond, le violoniste demeure avant tout, et malgré la mode, un authentique musicien de jazz.

Les albums qui suivent sont de la même veine, tout aussi inspirés : Aurora (1976), Imaginery Voyage (1976), Enigmatic Ocean (1977), Cosmic Messenger (1978), etc. Le titre New Country issu de l’album Imaginery Voyage sera souvent diffusé sur les ondes des radios américaines. Un véritable succès que le violoniste jouera en rappel lors de ses concerts. Dans l’album Imaginery Voyage, il tente l’aventure de la suite orchestrale avec succès. L’archange du violon électrique reconduira cette approche notamment dans l’album Enigmatic Océan où figureront deux suites : Enigmatic Océan et The Struggle Of The Turtle To The Sea. Douze albums seront enregistrés chez Atlantic de 1975 à 1985. La production est conséquente, soignée et typiquement jazz-rock. La plupart des disques se vendront bien, surtout aux Etats-Unis où ils figureront en bonne place dans le hit-parade jazz du Billboard américain.

Au fil des albums, Ponty impose ses qualités de compositeur, évitant dans la mesure du possible les démonstrations techniques convenues dans lequel le style jazz-rock aurait pu facilement l’enfermer. Le violoniste façonne ses compositions dans un esprit de groupe. En studio, le re-recording est rare, ce qui apporte une plus grande spontanéité à l’écoute. Les écritures sont construites de façon à pouvoir être reproduites sur scène, quitte à ce que le violoniste délaisse par moment son instrument fétiche pour jouer quelques harmonies au synthétiseur.

Si la musique de Jean-Luc Ponty est structurée, avec des parties écrites que les musiciens doivent respecter scrupuleusement, le violoniste est également un compositeur qui donne sa chance aux musiciens en leur apportant des espaces de liberté. Dans les improvisations, ils ont la possibilité de s’exprimer avec leur technique, leur personnalité et leur culture, tout en ayant le devoir de réintégrer l’exigence des écritures dans l’instant qui suit. Un véritable jeu d’équilibriste qu’il faut apprendre à doser… surtout sans s’emballer !

La course à la technique propre au jazz-rock n’est pas ici ennuyeuse car le violoniste joue sur plusieurs tableaux afin d’en atténuer la démonstration. Ponty conserve une part de son héritage classique dans la construction mélodique qu’il mélange à la force brute des rythmes rock. Quant aux improvisations, bien qu’ayant parfois recours à l’artifice des gammes pentatoniques, elles ne font pas oublier l’ancien jazzman des années 60. Jean-Luc Ponty : ‘je me suis investi dans la musique fusion parce que c’était une possibilité pour moi qui suis Européen et Français d’amener ma culture musicale et d’en faire une synthèse avec la musique américaine. Mon côté mélodique et harmonique est très français, très européen, par contre le côté rythmique, je l’ai appris aux Etats-Unis. Ce style de musique m’a donc permis de réaliser en fait ce que j’avais envie de concevoir musicalement… Casser les barrières, c’est cela que j’adorais et je suis parti à fond là-dedans, y compris avec l’instrument… Cela en a choqué quelques-uns, mais je ne regrette rien !

Au milieu des années 70, Jean-Luc Ponty s’impose comme un des grands leaders du jazz-rock. Le musicien sillonne la planète, mais vient rarement en France, ce qu’il regrette. Il aimerait se produire bien plus souvent chez nous, mais à l’époque, la star du violon électrique jouit d’une renommée bien plus importante aux Etats-Unis qu’en France. Les festivals de jazz français continuent d’ignorer sa musique même quand celle-ci reçoit un accueil chaleureux dans d’autres pays.


LE VIRAGE TOUT ÉLECTRONIQUE

Album après album, la place des claviers électroniques et autres machines devient de plus en plus envahissante. Jean-Luc Ponty ira jusqu’à être le maître d’œuvre des différentes parties jouées sur l’album Individual Choice en 1983. Pour aérer l’album, il fait appel sur quelques plages à d’anciens compagnons de route : le guitariste Allan Holdsworth et le claviériste George Duke. Individual Choice est un album très différent des précédents. Un album diablement provocateur qui ne mise plus sur le jeu en groupe, mais qui fait essentiellement appel à des séquences mises en boucle.

Il ne faut pas oublier que dans le domaine musical, le début des années 80 coïncide avec l’explosion des home-studio et de la musique assistée par ordinateur. Ponty, séduit par cette nouvelle révolution musicale, va exploiter tout le potentiel de cette technologie pour relancer sa carrière dans une nouvelle direction, conscient que la musique jazz-rock de ses débuts est à un tournant (le titre Individual Choice sera à la base d’un clip promotionnel révolutionnaire qui marquera les esprits par sa technique utilisée, produisant des images très accélérées).

Les albums Open Mind (1984), Fables (1985), The Gift Of Time (1987) et Storytelling (1989) exploiteront sensiblement la même approche musicale. Les rythmiques deviennent plus mécaniques tandis que les sonorités profondes du Synclavier s’imposent. Sur ces albums-là, Ponty conserve toujours un ou deux titres possédant des contours mélodiques plus attractifs comme Betwen Sea And Sky dans l’album Gift Of Time ou Tender Memories dans Storytelling. Si Jean-Luc Ponty joue des claviers sur ces albums, il ‘midifie’ également son violon pour poursuivre ses investigations sonores.

Auprès de nombreux violonistes, son style fait école, bien que les master class de l’artiste soient fort rares. Sa carrière avec son groupe et ses activités de compositeur ne l’empêchent pas cependant de se produire en soliste avec des formations classiques : orchestres symphoniques de Montréal, Toronto, Tokyo ou avec le Radio City Orchestra de New York.


LES RYTHMES AFRICAINS DE 'TCHOKOLA'

Autre album à mettre entre parenthèse dans sa carrière, l’album Tchokola (1991). Nettement inspiré par des rythmes d’Afrique de l’Ouest, Jean-Luc Ponty s’entoure alors des musiciens qui lui ont suggéré cette musique, dont le bassiste Guy N’Sangué et le percussionniste Moustapha Cissé qui continueront l’aventure au-delà en intégrant de façon durable le groupe du violoniste en 2001 …

Jean-Luc Ponty : ‘j’étais supposé être musicien classique au départ, j’ai fait du jazz, ensuite j’ai joué avec des groupes de rock et à chaque fois ça a été des rencontres inattendues. Ainsi, lorsque j’étais en tournée en Europe avec mon groupe américain en 1988, j’ai entendu dire qu’il y avait des musiciens africains extraordinaires à Paris. Cela m’a intrigué. J’en ai rencontré et on a joué ensemble…’. Dès lors, le violon électrique s’installe pour un temps aux côtés des mélodies et des rythmes du Sénégal, du Cameroun et de la Guinée. Dans l’album suivant No Absolute Time (1993), des plages comme Dance Of The Spirits ou Speak Out poursuivront la même direction rythmique, mêlant aux rythmes du séquenceur les rythmes africains.

Albums compilations et albums live se succèdent. Entre-temps, Ponty retrouve la grâce du violon acoustique en s’entourant du guitariste Al Di Meola et du bassiste Stanley Clarke pour une série de concerts qui vont les conduire des Etats-Unis en Europe, en passant par l’Amérique du Sud et le Moyen Orient. Sur scène, les trois musiciens éprouvent du plaisir à jouer, cela se voit et cela s’entend. Tour à tour les compositions de chaque protagoniste sont méticuleusement arrangées et le public conquis, plébiscite le trio. Deux albums seront enregistrés. Le premier, paru en 1995, portera le nom du groupe ‘The Rite Of Strings‘ et le second en 2005, sera un album live enregistré à Montreux, à l’occasion d’une nouvelle tournée.


LES ANNÉES 2000 ET LA SAGESSE MUSICALE

À partir de l’album Life Enigma (2001), une fois de plus Jean-Luc Ponty a de nouveaux projets en tête et souhaite s’entourer de jeunes musiciens. Outre les deux instrumentistes africains issus de l’aventure ‘Tchokola’, Guy N’Sangé et Moustapha Cissé, le violoniste fait appel à deux musiciens français, le batteur Thierry Arpino et le pianiste Guillaume Lecomte (encore présent dans le dernier groupe en date). Avec cette formation, le violoniste retrouve quelque part ses racines musicales. La sonorité est globalement plus acoustique. La profusion des sons électroniques a minci à vue d’œil et son dernier album en date, The Acatama Experience (2007), en est le parfait exemple.

Les nouvelles compositions misent sur un certain raffinement esthétique et harmonique. Sur scène, les reprises d’anciens titres comme Imaginery Voyage ne perdent rien au change, bien au contraire. Jean-Luc Ponty : ‘ce qui m’inspire dans la vie se reproduit dans ma musique. Il y a un côté poétique, un côté lyrique ; tout un pan émotionnel, allant de la compassion, de la tristesse à la joie. Mes préoccupations philosophiques et spirituelles dirigent mon style de musique et s’entendent dans mes compositions.

La magie de ce nouveau quatuor est d’avoir trouvé un équilibre entre sonorités acoustique et électrique. Le public ne s’y trompe pas et le groupe reçoit le plus souvent des éloges dans les grands festivals où il se produit. Même le public hexagonal semble apprécier davantage les nouvelles orientations musicales du violoniste, en témoigne l’accueil chaleureux qui lui a été réservé à Avranches, sa ville natale, en 2001.

La musique qu’il produit aujourd’hui recèle toujours une part de mystère, celui d’un univers enchanteur qui nous porte toujours à rêver, une alchimie de mélodies et de rythmes épanouis. Sa musique est-elle plus mature que par le passé ? Possède-t-elle une certaine sagesse ? Peut-être ! Sans nul doute, elle possède la force du métissage stylistique, d’une ‘world music’ aux contours indéfinissables. Elle semble facile, mais il n’en est rien… Tout dernièrement, pour un concert exceptionnel saluant les cinquante années de sa carrière et qui a eu lieu le 11 avril 2012 au Théâtre du Châtelet à Paris, le violoniste a interprété quelques-unes de ses compositions jazz-rock avec un orchestre symphonique (orchestre Pasdeloup). Décidément, du haut de ses 70 printemps, ce maître du violon ‘moderne’ n’a pas fini de nous surprendre !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 06-2012)


NB : En 2015, le violoniste a enregistré en compagnie de Stanley Clarke à la contrebasse et de Biréli Lagrène à la guitare un album acoustique intitulé D-Stringz


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