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ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


JIM MORRISON ET THE DOORS, HISTOIRE ET LÉGENDE

« Je voudrais faire une chanson qui serait le reflet parfait du bonheur, une célébration de l’existence, l’arrivée du printemps ou le lever du soleil, une joie pure et illimitée. » C’est à travers ces mots que Jim Morrison idéalisait l’existence, son existence. Le chanteur des Doors aurait pu coller à l’image du rêve américain en devenant professeur, avocat ou ingénieur, mais il a préféré regarder ce qu’il y avait derrière la façade : la violence, le sexe, la guerre, l’alcool, la drogue…


LA NAISSANCE DES DOORS

L’aventure des Doors commence à l’été 1965, lorsque Jim rencontre sur une plage de Los Angeles un autre diplômé, tout comme lui, Ray Manzarek Ils suivaient tout les deux des études à la section cinéma de l’université californienne U.C.L.A.

Ray Manzarek : « Jim s’est avancé et je lui ai demandé ce qu’il avait fait récemment. Il m’a répondu : "  Quelques chansons ". J’étais musicien, il était poète. Je lui ai proposé de me chanter une chanson… Il s’est mis à chanter… Sa voix était un murmure. Je lui ai proposé de monter un groupe de rock. Il a tout de suite accepté. Je lui ai dit : " C’est génial on va gagner des millions de dollars ! " Mais au fond je pensais : les filles vont toutes adorer Jim Morrison. » (1)


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À l’U.C.L.A, Jim Morrison prend du poids, intériorisant sa colère. Le dernier été avant de rejoindre les Doors, il déménage pour vivre près de Venice Beach et commence à consommer beaucoup de LSD. La drogue, qui n’avait pas encore fait ses ravages, n’altère pas encore son visage angélique. Le chanteur croyait que le chemin qui conduit à la sagesse passe obligatoirement par l’abus de toute chose, au point d’en adopté tous les travers existentiels. À l’université, il avalait le LSD au même rythme qu’un singe à qui on offre des cacahuètes. C’était le trip du moment.

Les Doors étaient au nombre de quatre. Autour de Morrison, il y avait Ray Manzarek. Le claviériste, de formation classique, était un fan de blues. John Densmore, le batteur, possédait une formation jazz. Il avait joué dans des fanfares. Quant à Robby Krieger, il était au départ un guitariste de flamenco, mais certainement pas de rock’n’roll ! Sur le papier, ça ne pouvait pas donner du bon rock, mais par miracle, tous ces musiciens avaient la même sensibilité.

Robby Krieger : « C’était parfois moi qui apportais une chanson, parfois Jim. En général nous partions de là, pour ensuite travailler ensemble. Après nous faisions les arrangements tous les quatre. C’est pour ça que ce sont les quatre Doors qui sont crédités. » (1)

Krieger sera le premier à offrir aux Doors leur premier tube mondial, Light My Fire, au printemps 1967, mais ce sont les textes romantiques et noirs de Morrison qui vont faire des Doors un groupe unique qui fera sensation tous les soirs dans les clubs.

Sans être destiné à la danse, la musique des Doors l’est. À l’époque, on disait même que l’on pouvait rester intelligent tout en dansant dessus. C’était nouveau. L’imagerie poétique des Doors s’inspirait fortement du cinéma, leur symbolisme était très visuel. En 1967, l’époque est au « summer of love ». Les fleurs ont le pouvoir. Les Beatles à Londres, le Grateful Dead et le Jefferson Airplane à San Francisco entérinent un monde qui change. À Los Angeles les Doors succèdent aux Byrds et révèlent le versant sombre de l’autre côté du miroir.

Les années 60 couvent des domaines bien plus vastes que la musique. Chez les artistes, les poètes et même les créateurs de mobilier, on retrouvait les mêmes effets chaotiques. Les auteurs ne cherchaient pas à écrire des chansons différentes ou étranges, ils écrivaient ce qui leur passait par la tête, ce que Morrison traduisait par « expérience dionysiaque religieuse ». Le rock s’était emparé des murs et des espaces pour devenir une religion.


LES DOORS AU FIRMAMENT

En 1967, la rébellion amène aux Doors un succès fulgurant et immédiat. La beauté de Jim Morrison sert de détonateur, alors que ses provocations tétanisent ses admirateurs. Le public découvre un son unique et incomparable, une poésie qui fait hurler une Amérique encore trop puritaine. The Doors était un groupe qui savaient atteindre à l’essentiel comme seuls savent le faire les plus grands.

En quatre ans, ils produiront 6 albums qui feront coup sur coup course en tête. Avec ses chansons Break On Through, Alabama Song, Light My Fire ou The End, le premier album éponyme des Doors est considéré comme un pur chef-d’œuvre. Jamais personne encore n’avait dépeint de cette façon l’univers de Los Angeles, si factice à leurs yeux. L’album suivant (Strange Days - 1967) confirmera la personnalité du groupe, même si ce disque-là n’arrive pas à retrouver toute la perfection du précédent.

En 1968, le groupe tourne eu Europe en compagnie du Jefferson Airplane et sont de nouveau numéro un avec la chanson légère Hello, I Love You. Cependant, malgré les succès qui s’enchaînent, des problèmes commencent à voir le jour au moment où paraît le troisième album (Waiting For The Sun - 1968). Le disque est enfanté dans la douleur. Le groupe avait épuisé le répertoire des tout débuts et ils devaient travailler à présent sur de nouveaux titres. Si les idées étaient plutôt bonnes, Morrison, moteur du groupe, de par son attitude, annonçait le début d’une période difficile. Le tunnel n’était plus sans fin car en fait le groupe venait d’y plonger.

La parution du quatrième album (The Soft Parade - 1969) est très contestée, en raison d’arrangements trop sophistiqués et d’une surproduction qui ne ressemble plus guère à l’esthétisme élogieux du premier album. La descente de Jim Morrison dans l’enfer de l’alcoolisme et de la paranoïa vont vite plonger les Doors dans d’autres affres que le manque d’inspiration, et après de nombreuses frasques conduisant à l’émeute (exhibitionnisme, ivresse publique), Morrison se fera coincer par un juge en quête de réélection, tandis que la presse donnera de lui l’image d’un clochard ou d’un clown.

En mars 1969, les Doors joue à Miami et le concert est une véritable catastrophe. Par la suite, la plupart des villes où ils doivent se produire annule leur venue. Les Doors en tant que groupe de scène ne s’en remettront jamais.

Après l’échec de son premier recueil de poèmes, Seigneurs et Nouvelles Créatures, du double-album Absolutely Live (1970) et de ses deux arrestations à New Haven et à Miami, Jim Morrison, désormais discrédité aux yeux de la presse comme de la critique, se tourne vers le blues et se fantasme en poète maudit.

Musicalement, cela lui réussit plutôt, car l’album Morrison Hotel (1970) est un bon disque. Malheureusement, la flamboyante ardeur à réussir ne dure que le temps de la réalisation de l’album. Le chanteur sombre à nouveau avant de revenir en force une dernière fois pour L.A. Woman (1971), un disque contenant de très bonnes chansons, musicalement au top et bien interprétées. Mais les trois autres Doors savent déjà que c’est le dernier disque de Jim Morrison. Manzarek, Krieger et Densmore comprennent qu’ils doivent poursuivre l’aventure sans lui. Il le leur avait d’ailleurs dit : « Après ce disque, malgré toute l’affection que je vous porte, c’est fini. Ne comptez plus sur moi. »


JIM MORRISON À PARIS

Après l’enregistrement de l’album testament L.A Woman, Jim Morrison part pour Paris en mars 1971 pour rejoindre sa compagne de toujours Pamela Courson, d’abord à l’hôtel George V, puis dans la chambre d’Oscar Wilde de l’Hôtel, rue des Beaux-Arts, et enfin dans un appartement au 17 de la rue Beautreillis, Jim Morrison côtoie l’underground de l’époque sans vraiment savoir s’il est ou non le chanteur des Doors.

Si Jim Morrison vient en France, c’est autant pour fuir les États-Unis que pour prendre de la distance avec son rôle de star du rock. Il avait un appétit de connaissances fondé sur le désespoir et la capitale française l’attirait. Il s’acharnait sur Mallarmé et la poésie en général avec un appétit féroce.

Le poète chanteur n’avait pas choisi d’être reconnu avant tout pour ce qu’il était, ce qui l’a obligé à vivre jusqu’au bout. C’est l’image qu’il avait donnée de lui-même. Malheureusement les moyens par lesquels il avait choisi de s’exprimer l’ont empêché d’aller au-delà de cette image et l’ont tué.

Jim Morrison : « Je ressens une impression de pesanteur, de tristesse, comme si je n’étais pas vraiment moi, comme si j’étais dérangé, comme quelqu’un qui serait conscient de beaucoup de choses, tout en n’étant certain de rien. » (1)

Américain à Paris, sur les traces d’Henry Miller et d’Hemingway, mais surtout de Baudelaire et de Rimbaud, Morrison pratiquait toujours le dérèglement des sens au détriment de sa santé et de sa carrière. Même les trois autres Doors n’y pouvaient rien malgré d’ultimes tentatives. Morrison a choisi la route de la souffrance et de l’excès censée mener, selon Blake, au palais de la sagesse. Or, sa façon de se jeter dans la foule n’est certainement pas une façon d’abolir les barrières entre la scène et le public. L’artiste était provocateur car imprévisible. Morrison apportait à la musique rock une dramaturgie que les trois autres Doors étaient bien en peine de deviner, et c’est cela qui attirait le public.


UNE MORT BIEN MYSTERIEUSE

« Il est le numéro 1, il est excitant et il est mort », titrait le magazine "Rolling Stones" 10 ans après le décès de Jim Morrison.

Cernés par les démons qui le poursuivaient depuis sa naissance, présageait-il sa mort prochaine ? Si ces excès en tout genre ont fait l’objet de tant de spéculations, cela n’est rien en comparaison de son décès survenu à Paris le matin du 3 juillet 1971 ; un décès dont les circonstances assez troubles vont alimenter le mythe aux États-Unis et ailleurs. Pourtant, s’il est mort ainsi, c’est que Jim, de son vivant, ne croyait pas toujours en son propre destin. « De nos jours, surtout aux USA, à moins d’être homme politique ou assassin, on ne peut pas devenir une superstar. » disait-il au moment où la guerre du Vietnam faisait rage.

Bien que la thèse officielle soit celle d’un arrêt cardiaque alors qu’il prenait un bain, des théories et des hypothèses vont s’affronter : assassinat, suicide, qui s’accompagne d’évènements aussi étranges que l’annonce retardée de son décès ou la présence d'un papier retrouvé sur les lieux, et où il était noté : « Il faut éliminer un certain nombre de figures de la contre-culture. » suivis de noms dont Jim Morrison. On a bien sûr évoqué l’overdose d’héroïne, d’autant plus que sa compagne Pamela en consommait depuis longtemps (bien que Jim se défendait d’en prendre… jusqu’à là). On dit même que son corps aurait été transporté des toilettes du club "Rock’n’Roll Circus" à son domicile par des revendeurs d’héroïne et jeté dans sa baignoire.

Seul Pamela Courson connaissait la vérité et a, peut-être, participé à une mise en scène pour se protéger, ainsi que deux personnalités liées à cette affaire. La vérité, personne ne la connaîtra, Pamela Courson l'ayant emporté dans sa tombe trois ans plus tard, ouvrant ainsi la voie à toutes les supputations.



THE DOORS - RIDERS ON THE STORM


THE DOORS EN ÉCLIPSE

Après une longue éclipse les Doors reviennent sur le devant de la scène en 1979 lorsque Francis Ford Coppola ressuscite la chanson The End dans la fameuse scène des hélicoptères du film Apocalypse Now. La musique des Doors inspire le cinéma mais aussi apporte quelque chose à la jeunesse d’aujourd’hui comme à celle d'hier.

Bien des années après le décès de Morrison, à une époque que certains jugeront trop conformiste, les chansons des Doors conservent auprès des adolescents d’aujourd’hui une grande force en raison des textes mais aussi du personnage rebelle qu’était Morrison. Le message essentiel, c’est à travers la chanson Break On Through qu’on l’imagine : « Traverser le miroir, prendre des risques. Remettre en question l’autorité existante. Découvrir ses propres limites. »

Comme toujours, face à une fin tragique, quand l’histoire d’un groupe finit mal, elle finit bien pour ceux qui font de l’argent avec le rock’n’roll. « On veut le pouvoir et on le veut maintenant. » chantait Morrison. La mort l’a accueilli à 27 ans. L’âge qu’il faut pour faire un mythe. Désormais il a 27 ans pour toujours.

1 - Jim Morrison de Pascal Mercier.

par D. Lugert (Cadence Info - 02/2016)

À voir : The Doors d'Oliver Stone (1991)

À consulter : JIM MORRISON ET LES DOORS… When You’re Strange (documentaire - 2009)


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