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JOE COCKER, L'APÔTRE DU SOUL-ROCK (BIOGRAPHIE/PORTRAIT)

Il existe peu d'artistes qui peuvent se vanter d'être à l'origine d'un style musical. Joe Cocker sera celui qui aura su le premier fusionner le rock et la soul. Ce chanteur anglais, dont on retiendra la fabuleuse interprétation de With a little help from my friends au Festival de Woodstock en 1969, possédait, à l'image de son idole Ray Charles, une voix au timbre semblable à celui d'un homme noir buriné par la vie...


UN AMOUREUX DE LA MUSIQUE SOUL

Né le 20 mai 1944 à Sheffield, une région ouvrière du nord de l'Angleterre, Joe Cocker a seize ans quand il quitte l’école d'apprentissage où il apprenait la plomberie pour se consacrer à la musique et à la chanson. Avant qu'il ne devienne l'un des héros de la bande-son des années 60/70, Cocker perfectionnera son éducation musicale en écoutant les artisans incontournables du blues et du rhythm and blues.

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Bien que faisant partie de cette génération de Britanniques sensibles au son du rock'n'roll et du skiffle (genre musical au croisement du jazz, de la country et du blues), Joe Cocker était visiblement attiré par la musique noire. Ses journées, il les partagera entre petits boulots et soirées passées dans des clubs jamaïcains, des lieux animés qui lui permettront de performer ses premières références, les chansons de Ray Charles et de Sam Cooke.

© Carl Guderian (flickr.com) – Joe Cocker, en concert à Amsterdam (Hollande, juillet 1972).

Se contentant d'être une notoriété locale, la voix de ce chanteur britannique blanc, à la chevelure blonde, mais aux intonations d'un noir, avait tout pour séduire. Dans les pubs de Sheffield, sa gesticulation convulsive est déjà là, comme ce chant rocailleux qui s'élèvera quand il prendra le nom de Vance Arnold pour immortaliser le groupe "Vance Arnold and the Avengers", une formation qui tournera notamment avec les Hollies et les Rolling Stones.

Au début des années 1960, les maisons de disques gardent un œil sur ce jeune artiste anglais qui s'agite nerveusement sur scène, comme traversé par des spasmes incontrôlables ; les âmes critiques s'accordant à souligner sa personnalité pleine de fougue et les caractéristiques de sa voix. Un premier simple est enregistré chez Decca qui réunit Georgia on my mind de Ray Charles et l’Il cry instead des Beatles. Cet enregistrement mémorable rapporte à Joe en tout et pour tout, un dollar et vingt-huit cents ! Une misère sans égal, malgré une interprétation remarquable.

Cet échec ne désarme pourtant pas le moral de Joe, surtout quand l'époque sourit aux audacieux et qu'un vent de folie s'empare du Royaume-Uni avec la "Beatlesmania". Aussi, quand en 1965, il constitue l’un des premiers groupes anglais funk, "The Grease Band", le chanteur à bien l'intention d'exploiter à son avantage le répertoire soul en parcourant les terres du Nouveau Monde.

Poursuivant cette idée, il enregistre un 45 tours au King Mojo de Sheffield, avant d'émigrer dans le sud de l'Angleterre à la demande de Denny Cordell, le manager de Procol Harum et des Moody Blues, qui lui fait graver Marjorine, une composition cosignée par Joe et son ami d’enfance, Chris Stainton. Avec cette chanson, Cocker parvient à intégrer le hit-parade anglais.


JOE COCKER : "WITH A LITTLE HELP FORM MY FRIENDS" (live 1990)

DE "WITH A LITTLE HELP FROM MY FRIENDS" À WOODSTOCK

La rencontre avec Denny Cordell est décisive pour la suite de sa carrière. Joe forme le "Joe Cocker's Big Blues Band", groupe qui sera remarqué au Festival de jazz et de blues de Subunry en 1968. Et c'est en novembre de la même année qu'éclate sa version de With a little help from my friends, chanson des Beatles "Lennon/McCartney", orchestrée par le claviériste du groupe, Tommy Eyre.

Concernant cette illustre chanson, Cocker ne se contentera pas d'une simple reprise. Sans changer les paroles, il va réinterpréter le tube sacré en éclipsant l'esprit original pour le remplacer par une performance vocale éraillée, soutenue par un chœur de gospel à la Ray Charles ! Ce titre sera intégré dans un 33 T du même nom dans lequel apparaissent quelques illustres musiciens anglais comme Jimmy Page (de Led Zeppelin) et Keith Moon (des Who).

Joe devient dès lors l’un des grands de la Pop anglaise, mais pas encore une star du rock à l'international. Cela est si vrai, que quand il posera un pied dans l'État de New York, en août 1969, il sera contraint de jouer des coudes pour se faire une place sur l'affiche du Festival de Woodstock, entre les Who, Jimi Hendrix, Janis Joplin et Carlos Santana. Cependant, c'est devant une marée humaine envoûtée, au troisième jour du festival, que Joe Cocker, entouré de son groupe et gorge déployée, interprète un « With a little help from my friends » qui entrera dans l'histoire de la Pop Music. Le film fleuve Woodstock, qui retrace les moments intenses du festival, montrera un Joe Cocker en chemise hippie, au souffle coupé, certes, mais qui marquera à tout jamais l’inconscient collectif par son passage sur scène.

© Red Romero Ramos (flickr.com).

Ainsi débute à peine l'écriture de son histoire. Grâce à « Little Help », Cocker émerge en Amérique. Durant l'été 1970, il parcourt avec les "Mad Dogs and Englishmen", un super-groupe formé par le chef d'orchestre-pianiste et chanteur Leon Russell, le vaste pays. Cette tournée, restée comme l’une des plus mémorables de la Pop, a fait l'objet d’un double album et d’un film, Mad Dogs and E, dans lequel l’on peut voir un Joe Cocker interprétant ses grands succès : Cry me a river, She came in through the bathroom window ou Honky tonk women.

Épuisé par ce gigantesque circuit au pays de l'oncle Sam, Joe Cocker ne reparaîtra pas sur scène avant avril 1972, date à laquelle il entreprendra une nouvelle tournée américaine en compagnie du "Chris Sainton Band". Les participations se multiplient également, comme celle du 25 mai 1972 au "Great Western Festival" de Lincoln en compagnie des Faces et des Beach Boys. Un mois plus tard, c'est sur le sol français qu'il se produit pour la première fois (il reviendra dans notre pays quatre ans plus tard pour l'unique festival "Riviera 76" organisé par Michael Lang, à qui l'on doit le mythique "Festival de Woodstock").

J. Robert Cocker fait un retour discographique remarqué en 1973 et 1975, mais une nouvelle absence prolongée renforce l'idée généralement répandue d'un Cocker fini. Durant cette période, on aura tout entendu et tout imaginé sur le personnage, en particulier le timbre de sa voix qui était dû à son addiction à l'alcool et à la cigarette, une "fake news" avant date, mais qui lui coûtera néanmoins un cancer du poumon et la vie, et ce, malgré un sevrage entamé dès 2001.


JOE COCKER : "UNCHAIN MY HEART" (1987)

LA FIN DE L'HISTOIRE

© LyonnenFrance.com (flickr.com).

Durant les années 1980 et 1990, Joe Cocker continue de faire des tournées dans le monde entier, chantant devant un public toujours nombreux, que ce soit en Europe, en Australie et aux États-Unis, enregistrant à l'occasion des albums remarquables tels qu'Unchain my heart, en 1987 et One night of sin, en 1989.

À partir des années 2000, ses apparitions se font plus rares et l'enregistrement d'albums studios s'espace dans le temps. L'artiste a cependant droit à de la reconnaissance de la part des médias et de la presse, jusqu'à devenir membre de l'Ordre de l'Empire britannique en 2012.

La star « Joe Cocker » est désormais solidement installée dans le paysage de la musique rock pour l'éternité, surtout au Royaume-Uni, où l'artiste aura inscrit son nom sur les affiches durant cinq décennies ponctuées par plus de 20 albums studios. Fréquemment comparé à Ray Charles, Cocker est probablement le seul chanteur blanc anglais d'importance qui se soit révélé avec un répertoire "soul-blues".

Dans les dernières années de son existence, sa figure, arrondie par les excès et une vie tourmentée, avait fini par faire oublier le jeune loup de Woodstock. Joe Cocker nous a quittés le 22 décembre 2014. Une nouvelle biographie, fort bien documentée, mais en anglais, a été publiée en novembre 2023 sous le titre : « Joe Cocker : With a Lot of Help from His Friends ». Écrit par Mark Bego, l'ouvrage sera prochainement adapté pour le cinéma sous la forme d'un biopic (actuellement en préparation).

Par Elian Jougla (Cadence Info - 06/2024)


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