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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LE RETOUR DES CHANSONS TUBES

Quand le marché du disque bat de l’aile, les rééditions discographiques sont toujours les bienvenues. Très souvent mariées à des dates anniversaires ou à l’usage de nouvelles technologies, les rééditions trouvent une place naturelle quand il s’agit de relancer un produit.


CHANSONS TUBES ET LIFTING

Généralement, personne ne vient contester une réédition car chacun y trouve son compte, aussi bien les auditeurs et les artistes que les producteurs, les maisons de disques et les distributeurs. Cependant, depuis quelques années, une nouvelle tendance est venue renforcer les parutions discographiques : l’utilisation d’anciennes chansons tubes remises au goût du jour.

La reprise de chansons n’est pas un phénomène nouveau. Déjà dans les années 70, David Bowie et Brian Ferry avaient repris des chansons rendant hommage aux artistes qui les avaient influencés. Mais aujourd’hui la démarche artistique est toute différente. La crise économique et l’influence grandissante des nouveaux médias comme Internet ont bouleversé notre façon d’écouter. Le regard que nous portons sur la création a également changé. La critique d’hier a tendance aujourd’hui à se diluer dans un confort d’écoute inodore et incolore. La confusion règne dans ce qu’il est convenu d’appeler ‘la créativité’, surtout quand la soi-disant ‘nouveauté’ se résume à une simple réadaptation de chansons oubliées ou de tubes décrépits relookés au tout numérique.


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L’industrie du disque, n’ayant pas l’âme altruiste, voit d’un bon œil cette activité pseudo créative qui conduit à relancer la machine économique. Même si cette tendance est critiquable à bien des égards, ces ‘chansons reprises’ agissent directement ou indirectement sur le comportement des artistes comme sur celui du public. De nombreux chanteurs, et non des moindres, puisent dans le patrimoine discographique des succès passés, sans vergogne, espérant positionner en tête d’affiche une vieille chanson oubliée, témoin d’un autre temps.

À la façon d’un cycle sans fin, chaque chanson redécouverte est reprise en cœur de part et d’autre. Les spectacles des ‘Restos du cœur’ sont un parfait témoignage de cet engouement nostalgique pour les tubes anciens. Le public adore ce genre de mise en scène, alors pourquoi nier cette évidence et ne pas aller de l’avant en nous resservant tous les tubes des années 70/80 à la sauce des techniques d’aujourd’hui ?

Pour contrebalancer cette tendance qui pourrait nuire à la création, la télévision et la radio encensent à l’occasion les découvertes artistiques du Net. Si par le passé le petit écran révélait les artistes au grand public, chanteurs et musiciens démarrent parfois leur ‘carrière’ à travers un autre petit écran, celui du Net.

La télévision passerait-elle alors le flambeau, comme si elle reconnaissait certaines vertus à ce nouveau média ? Pas si sûr, car tout comme la radio, elle prend toujours soin de se démarquer, de montrer ‘patte blanche’ au cas où. Bien obligée, elle informe… mais cela s’arrête là ! Pour un artiste, un passage médiatique à la télévision conserve toujours une certaine dimension, une crédibilité. Avec Internet, et malgré sa toute-puissance, personne n’est en mesure de prédire un quelconque avenir à tel ou tel artiste, étant donné qu’Internet est quelque part un média insaisissable, voire incontrôlable !


QUAND LE TUBE INSPIRE SON INTERPRÈTE…

Si du côté jazz la reprise de chansons est souvent exploitée, elle s’inscrit naturellement dans un langage improvisé. On ne peut reprocher à cette musique d’utiliser la chanson quand celle-ci lui sert de moteur pour sa propre évolution créative. Cette prise en main, cette possession passagère d’une mélodie n’est pour le jazzman qu’un support, un moyen de lancer l’improvisation…

Par contre, il est plus rare d’assister à des reprises de chansons chez des artistes rock dont la renommée s’est illustrée surtout dans une recherche de créativité intemporelle. Ainsi, quand Peter Gabriel (ex Genesis) sort son album ‘Scratch my back’ en 2010, son audace ne se résume pas à un chapelet de mélodies et d’harmonies aux couleurs étranges dont l’artiste est friand, mais à travers des reprises de chansons dont les formes sont épurées de leurs substances originelles. Des chansons de David Bowie, Paul Simon, Neil Young et même de Bon Iver et Radiohead, sont relookées suivant la ‘gastronomie musicale’ de Peter Gabriel.

N’étant pas l’unique témoin de cette tendance, dans un autre genre, le chanteur Garou a également versé dans la reprise, mais en choisissant des auteurs plus populaires, aussi bien français (Aznavour, Dutronc, Gainsbourg) qu’irlandais (U2) ou américain (Simon and Garfunkel). Parfois, il arrive que la reprise de chansons réserve d’heureuses surprises en invitant l’insolite, l’inattendu. Une des meilleures illustrations est l’adaptation aux couleurs bossa de quelques tubes new wave par le duo français ‘Nouvelle Vague’.


BRUEL ET LE PHÉNOMÈNE ‘ENTRE-DEUX’

Quand en 2002, Patrick Bruel reprend de vieilles chansons françaises avec son disque ‘Entre-deux’, il ouvre dans la chanson française une brèche. Grâce à cette approche intelligente, le chanteur va amener à l’oreille des plus jeunes des chansons oubliées qui ne passaient jamais sur les ondes. Les chansons choisies par Bruel ne tombent pas dans une mièvrerie au ton enfantin. C’est vers Yves Montand ou Mouloudji qu’il cherche son inspiration. Si les chansons épousent la forme d’antan, leur remise au goût du jour se fait avec un minimum d’aménagement sonore, et c’est peut-être là, la véritable réussite de cet album qui va marquer l’année 2002 de la chanson française. La ’Bruelmania’ des années 90 entama alors un virage à 180° entraînant dans son sillage de nouveaux auditeurs souvent médusés par la performance de l’artiste.


LES CHANSONS TUBES, DES CHANSONS CALIBRÉES

Les chansons sont le plus souvent choisies pour ce qu’elles symbolisent : une époque, un style, un hommage artistique, une rengaine populaire. Peu importe le décalage, peu importe si le chanteur dessert ou sert la chanson qu’il revisite. Pour lui, l’important est de conquérir un public grâce à son talent d’interprète ou de le reconquérir, quand l’inspiration n’est pas au rendez-vous ou que sa popularité fléchit.

Lors des émissions de variété, la télévision sert souvent de marche-pied avec ses reprises enrobées de nostalgie, poussées par de jeunes chanteurs prêts à tout pour obtenir un peu de notoriété, un peu de succès. Pour l’artiste, il est toujours plus facile d’arranger et d’adapter un morceau déjà existant que de s’adonner à de la création pure, plus risquée et plus hypothétique. Reprendre des chansons populaires de Gainsbourg, Bécaud ou Aznavour, c’est servir sur un plateau un répertoire déjà connu du grand public. Pour les producteurs et les chanteurs, la prise de risque est minime et la solution confortable. Seule la lassitude du public pourrait influencer négativement tout ce florilège de chansons à succès reprises sur tous les tons et dans tous les styles…

Fidèles lecteurs soyez rassurés, pour le moment cette activité lucrative, à défaut d’être réellement créative, n’a pas dit son dernier mot ! Des artistes continuent d’entrer dans la ronde les uns après les autres… Côté français, Eddy Mitchell et Hugues Aufray ont suivi les traces d’artistes comme Rod Stewart ou Jimmy Somerville. La nostalgie continuera d’alimenter les bacs à disques, de s’exporter et de s’importer des deux côtés de l’Atlantique pendant encore de nombreuses années.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 08/2011)

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