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CHANSON


CHANSONS FRANÇAISES DES ANNÉES 60 : SUCCÈS ET MODES

Début des années 60, la période yé-yé laisse éclater ses mélodies sur les transistors. Toute une génération s’identifie à ses chansons, aussi légères qu’éphémères. Frank Alamo chante Maillot 38-37… ‘Allo mademoiselle / Maillot 38-37 / J’ai votre numéro qui chante dans ma tête…’. Le téléphone est en plein essor et inspire les auteurs. Le Téléphone de Nino Ferrer lui répond non sans humour… ‘Gaston y’a le téléphone qui sonne / Et y’a jamais personne qui y répond…‘.


L’ÉPOQUE YÉ-YÉ, ÇA VA DE SOI !

La période yéyé couronne de nombreux tubes en provenance d’outre-Atlantique. Les chansons sont adaptées et arrangées pour convenir aux poulains des maisons de disques. Jacques Loussier et un certain Quincy Jones graviteront dans cet univers musical pendant quelques temps en travaillant pour les disques Barclay. Loussier écrira les arrangements de Da Doo Ron Ron, File, file, file et de Biche, ô ma biche, trois grands succès de Frank Alamo.


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Toutes ces chansons simplettes apportent un peu de légèreté à l’actualité marquée par de nombreuses tragédies : disparitions d’Édith Piaf, de Jean Cocteau, de Marilyn Monroe, suivies de l’assassinat de Kennedy, peu de temps après. L’Algérie devient indépendante tandis que la France célèbre le triomphe de Jacques Brel à l’Olympia et la réélection du général de Gaulle…

Devant leur poste de télévision, les Français découvrent Àge tendre et tête de bois, l’émission animée par l’harmoniciste Albert Raisner. Laissant Jean Nohain et ses 36 chandelles derrière elle, la télévision trouve avec Albert Raisner un animateur de choix, et même si celui-ci est sensiblement plus âgé que ses invités, il conserve bon pied bon œil quand il s’agit de découvrir de nouveaux talents.

Àge tendre et tête de bois contribuera au lancement de nombreux chanteurs yé-yé tels Sheila, Sylvie Vartan, Claude François, Frank Alamo, Richard Anthony et un Johnny Hallyday pas encore bien rock dans ses bottes. Dans un registre différent, Le petit conservatoire de la chanson de Mireille coulera également des jours heureux en aidant les jeunes talents de ses conseils : Françoise Hardy, Yves Duteil, Alice Dona, Hervé Cristiani ou Alain Souchon.

Les chanteurs et chanteuses Monty, Ronny Bird, France Gall, Richard Anthony, Eddy Michell, Valerie Lagrange et bien d’autres vont marquer la période yé-yé dans des styles forts différents. La majorité d’entre eux ne feront que suivre le mouvement imposé par les tubes en provenance des États-Unis ou d’Amérique du Sud. Si certains cherchent à reprendre des chansons rock grâce à des textes adaptés très librement, d’autres se tournent vers le twist et le madison, deux danses très prisées dans les boîtes à la mode.

Si la danse et la musique s’émancipent, la presse également. Un nouveau magazine va faire fureur auprès de la jeunesse : Salut les copains. À l’heure où le tourne-disque fonctionne à plein régime, que les posters s’étalent sur les murs des chambres et que le hit-parade joue les baromètres, Salut les copains va observer et rapporter chaque fait et gestes des idoles yé-yé pour le plus grand bonheur de ses lecteurs. Évidemment, pour les artistes yé-yé, avoir sa photo en couverture du magazine était une aubaine. C’était également la reconnaissance d’une certaine popularité qui aboutissait parfois à la naissance d’un fan-club.

Parmi cette génération de chanteurs, il existait des artistes à contre-courant. Ainsi, quand Salvatore Adamo chante Vous permettez Monsieur, Laisse mes mains sur tes hanches ou Tombe la neige, l’auteur et compositeur Italo-belge signe sa différence avec les autres vedettes de l’époque… Sa personnalité ne répondant pas aux critères du rock’n'roll (même si l’artiste aime le style), ses chansons résonnent plutôt aux rythmes de la marche, du tango et de la valse… Le pari est osé, mais l’artiste finit par s’imposer, car, sous ses airs de gendre idéal à l’allure timide et réservé, Adamo est également un auteur compositeur très inspiré. En quelques années, sa popularité grandit, grandit, jusqu’à jouer d’égal à égal avec les Beatles. Sa chanson Tombe la Neige deviendra un phénomène de société au Japon, un véritable Petit Papa Noël au pays du soleil levant !

Son écriture sait répondre également à des sujets graves. Adamo écrira On se bat toujours quelque part et Inch’Allah, une chanson engagée sur le conflit israélo-palestinien qui prouve que l’artiste, remarqué par Jacques Brel, n’est pas un simple chanteur, mais également un homme doté de valeurs humaines… ‘Mais quand j’ai vu Jérusalem / Coquelicot sur un rocher / J’ai entendu un requiem / Quand sur lui je me suis penché / Ne vois-tu pas humble chapelle / Toi qui murmures : “Paix sur la terre” / Que les oiseaux cachent de leurs ailes / Ces lettres de feu : “Danger frontière” ? / Le chemin mène à la fontaine / Tu voudrais bien remplir ton seau / Arrête-toi Marie-Madeleine / Pour eux ton corps ne vaut pas l’eau… / Inch’Allah / Inch’Allah.


LES CHANSONS SLOW

Dans les années 60, la musique rock a un complice, le slow. Aline, Capri c’est fini, Comme d’habitude sont des chansons sur lesquelles de nombreux couples se sont serrés très fort. Quand Hervé Vilard chante… ‘Capri, c’est fini / Et dire que c’était la ville de mon premier amour. / Capri, c’est fini / Je ne crois pas que j’y retournerai un jour.’, nous sommes en 1965. Alors vendeur dans un magasin de disques sur les Champs-Elysées, le jeune garçon prends des cours de chant pour se perfectionner. Il croit fermement à son destin de future vedette de la chanson. Mais Hervé Vilard est un débutant dans le métier et malgré le soutien de Dalida, son premier disque est un échec. Au lieu de privilégier les reprises qui sont tant à la mode, Hervé Vilard décide de composer lui-même ses futures chansons. Malgré un départ difficile et le rejet de Phonogram qui avait gravé son premier disque, c’est finalement la radio qui met sur orbite la chanson Capri c’est fini. En quelques mois, plusieurs millions de disques seront vendus. Capri c’est fini reste à ce jour la chanson phare de l’artiste.

La même année, le chanteur Christophe chante Aline. Les droits d’auteur s’insurgent pour des raisons de plagiat. Suite au procès, le chanteur est condamné. Les droits de la chanson Aline demeureront en errance pendant près de 10 ans avant que Christophe ne retrouve tous les droits de paternité. Face aux problèmes judiciaires qui n’ont nullement affecté la notoriété de la chanson, celle-ci ressortira en 1979, en pleine vague disco, quelques temps après que le chanteur ait lancé Les mots bleus, son autre slow légendaire.

La chanson Comme d’habitude est une des chansons phares des années 60. En devenant un standard international, grâce surtout à son interprétation par Frank Sinatra, la chanson rebaptisé My Way comptera plus de mille interprétations différentes. DeElvis Presley à Nina Simone en passant par Tom Jones, Ray Charles, Paul Anka et même Luciano Pavarotti, la chanson My Way va se décliner sur tous les tons. Mais avant de devenir un tube dantesque aux États-Unis, Comme d’Habitude est avant tout une chanson bien française et qui trouvera en Claude François son premier interprète. Le chanteur avait remarqué la musique écrite par Jacques Revaux. Tube en puissance, il fallait à présent écrire le texte. Claude François trouva l’idée du sujet dans le chagrin d’amour qu’il vivait alors. Le parolier Gilles Thibaut mit en forme le texte de la chanson pour aboutir à ceci… ‘Je me lève et je te bouscule /Tu ne te réveilles pas comme d’habitude / Sur toi je remonte le drap / j’ai peur que tu aies froid / Comme d’habitude / Ma main caresse tes cheveux / Presque malgré moi / Comme d’habitude / Mais toi tu me tournes le dos / Comme d’habitude / Alors je m’habille très vite / Je sors de la chambre / Comme d’habitude / Tout seul je bois mon café / Je suis en retard / Comme d’habitude / Sans bruit je quitte la maison / Tout est gris dehors / Comme d’habitude / J’ai froid / Je relève mon col / Comme d’habitude…‘ Un texte simple, efficace, touchant au vécu.

Dans les chansons produites dans les années 60, les textes pessimistes ou nostalgiques ne manquaient pas. Lisez plutôt : ‘Dis-moi Céline / Les années ont passé / Pourquoi n’as-tu jamais pensé à te marier ? / De toutes les sœurs qui vivaient ici / Tu es la seule sans mari…’ (Céline, par Hugues Aufray – 1966), ‘Noir c’est noir / Il n’y a plus d’espoir / Oui, gris c’est gris / c’est fini oh, oh, oh, oh… (Noir c’est noir, par Johnny Hallyday – 1966), ‘A sa façon de nous appeler ses gosses / On voyait bien qu’elle nous aimait beaucoup / C’était chez elle que notre argent de poche / Disparaissait dans les machines à sous…’ (Chez Laurette, par Michel Delpech – 1965) ou bien encore… ‘Et j’ai crié, crié, Aline, pour qu’elle revienne / Et j’ai pleuré, pleuré, oh ! j’avais trop de peine…‘ (Aline, par Christophe – 1965), la palme revenant à ‘Et lorsque l’amour s’est noyé dans ses yeux / J’ai cru que je venais d’inventer le ciel bleu. Pour une amourette qui m’avait souri / Je me suis fait honnête, j’ai changé ma vie.’ (Pour une amourette, par Leny Escudero – 1962). L’amour inspire les auteurs d’alors, mais des amours difficiles, voire impossible. Ces messages tout droit hérités des chanteurs dit ‘à texte’ vont se comprimer au fil des années pour devenir comme des slogans. La chanson vérité est encore là, mais prend un autre visage.


LES CHANSONS D’HUMOUR

Heureusement, face à cette détresse par vers interposés, des chansons plus légères et teintées d’humour existaient. Trois chanteurs vont devenir des spécialistes de ces mélodies que l’on reprend parfois dans les colonies de vacances… Pierre Perret, justement pour ses Jolies colonies de vacances, Henri Salvador, qui va signer une quantité importante de chansons destinées aux petits comme aux grands, les plus célèbres étant Le travail c’est la santé, Zorro est arrivé et Minnie petite souris. Le troisième larron est Nino Ferrer, qui se défendra d’avoir épousé la vague yé-yé et qui, par la suite, effacera de sa mémoire ces chansons écrites durant cette période. Dans le même registre, l’humoriste Jacques Martin avait écrit en 1964, en contre-réaction des chansons abêtissantes qui sévissaient sur les ondes, Et vlan, passe-moi l’éponge. Cette chanson, bâclée en quelques minutes dans le studio de la radio avec son pianiste Popoff, avait finalement réussi un tour de force : celui de faire d’un texte improvisé, un chef-d’œuvre de contre-culture. Par la suite, Fernand Raynaud popularisera la chanson… et les gens oublieront son auteur : Jacques Martin.

Volontairement décalé, Jacques Dutronc signera avec son ami l’écrivain Jacques Lanzmann quelques perles au ton singulier : Les plays boys, L’opportuniste, Les cactus, J’aime les filles, Et moi, et moi, et moi. Ces chansons inspirées par un humour fécond seront très populaires. Le Lanzmann d’alors partage sa vie entre l’écriture de ses romans et son poste de directeur du magazine Lui. Pour l’écrivain, pondre des textes dans le style yé-yé est un divertissement, un exercice de style, si tant est que le yé-yé soit un style. Contrairement à la majorité des auteurs qui écrivent leur texte en pensant à l’interprète, Lanzmann va focaliser ses idées en pensant à lui. C’est ainsi que Et moi, et moi, et moi devient une chanson sur l’égocentrisme, tandis que le texte de J’aime les filles se passe de commentaires, vu le nombre de fois où le titre est répété. La collaboration entre Dutronc et Lanzmann va se poursuivre pendant des années. Il y aura bien sûr des chansons plus tendres comme Il est cinq heures, Paris s’éveille ou Le petit jardin dans les années 70, mais la référence reste ses tubes intemporels que sont Les cactus ou Les plays boys.


LES CHANSONS À TEXTE

Fort heureusement, le yé-yé a le souffle léger, si léger qu’il ne peut faire de l’ombre aux ténors de la chanson française ‘à texte’. Les Georges Brassens, Jacques Brel, Léo Ferré, Jean Ferrat ou Charles Aznavour continuent leur bonhomme de chemin aux côtés de cette nouvelle génération d’étoiles filantes. Alors que Léo Ferré encense le temps qui passe … ‘Avec le temps / Avec le temps / Va tout s’en va / Même les plus chouettes souvenirs / Ca t’a une de ces gueules / À la galerie je farfouille / Dans les rayons de la mort / Le samedi soir / Quand la tendresse s’en va toute seule.‘ (Avec le temps – 1960), Jacques Brel poursuit de ses vers l’ivresse des marins d’Amsterdam… ‘Dans le port d`Amsterdam / Y’a des marins qui boivent / Et qui boivent et reboivent / Et qui reboivent encore / Ils boivent à la santé des putains d`Amsterdam / De Hambourg ou d`ailleurs / Enfin ils boivent aux dames / Qui leur donnent leur joli corps / Qui leur donnent leur vertu pour une pièce en or‘ (Amsterdam – 1964). De son côté, Gilbert Bécaud a quitté Les marchés de Provence pour nous prendre par le bras avec son guide Nathalie, voir la place Rouge, mais bien loin de la révolution d’octobre… ‘La place Rouge était blanche / La neige faisait un tapis / Et moi je suivais par ce froid dimanche / Nathalie / Elle parlait en phrases sobres de la révolution d’octobre / Je pensais déjà qu’après le tombeau de Lénine / On irait au café Pouchkine / boire un chocolat…‘ (Nathalie – 1964). Le texte de la chanson Nathalie apportera une image positive, généreuse, du peuple moscovite ; son auteur, Pierre Delanoë, ne souhaitant pas associer sa passion pour les Russes et leur culture à la dureté du régime post-stalinien et aux tensions de la guerre froide.

Questions yé-yé, tous ces artistes n’étaient pas dupes. De la mode vestimentaire à ses messages incompréhensibles, les chansons yé-yé, comme les chansons rock et pop, ne leur étaient pas destinées. Jacques Brel, Brassens ou Ferré ne s’en sont jamais cachés. Ils voyaient les Beatles de loin, sans pour autant sous-estimer l’impact social provoqué par leurs chansons. Quant à Yves Montand, il prenait le chemin de l’école buissonnière à bicyclette… ‘Quand on partait de bon matin / Quand on partait sur les chemins / À bicyclette / Nous étions quelques bons copains / Y’avait Fernand / Y’avait Firmin / Y’avait Francis et Sébastien / Et puis Paulette / On était tous amoureux d’elle / On se sentait pousser des ailes / À bicyclette / Sur les petits chemins de terre / On a souvent vécu l’enfer / Pour ne pas mettre pied à terre / Devant Paulette…’ (À bicyclette – 1969).


UNE CHANSON POUR CONCLURE

Difficile de trouver la chanson qui synthétise l’atmosphère des années 60, d’autant plus qu’à la période yé-yé a succédé la période pop. Je pourrais citer une chanson d’amour, mais laquelle ? L’époque ne s’y prête guère… bien que… quand France Gall remporte en 1965 le prix de l’Eurovision avec Poupée de cire, poupée de son, Serge Gainsbourg, l’auteur de la chanson se marre en coulisse ne croyant pas à l’incroyable. Drôle d’époque en effet ! Une époque à double facette, avec l’une qui pleure et l’autre qui se marre, l’une en paix et l’autre en guerre. Le monde est divisé en deux blocs et d’autres conflits sont en prévision… alors… alors je préfère vous quitter sur un texte de circonstance d’un autre temps… ‘Et je m’en vais Clopin-clopant / Dans le soleil et dans le vent / De temps en temps le cœur chancelle / Y’a des souvenirs qui s’amoncellent… / Et je m’en vais clopin-clopant / En promenant mon cœur d’enfant / Comme s’envole une hirondelle / La vie s’enfuit à tire-d’aile / Et ça fait mal aux cœurs d’enfants / Qui s’en vont seuls, clopin-clopant.’ (Clopin-clopant – 1947).

Par Elian Jougla - 12/2011


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