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CHANSON


MICHEL POLNAREFF GOODBYE MARYLOU, UNE HISTOIRE DE "MINITEL ROSE"

Alors que l'auteur de Love Me Please Love Me vient de sortir au mois de novembre Polnareff chante Polnareff, un album constitué de reprises interprétées en piano-voix, et qu'une tournée est en préparation pour le printemps 2023, nous avons saisi ces rares occasions de saluer l'artiste pour revenir sur l'histoire de la chanson Goodbye Marylou et son contexte particulier.


DES VERS SCÉNARISÉS PAR LE MINITEL

La chanson Goodbye Marylou, pour peu que l'on connaisse le répertoire de Michel Polnareff, est encore dans toutes les têtes. Ce tube, sorti en 45 tours, n'annonçait pas la fin de carrière du chanteur, mais cela y ressemblait étrangement depuis que ses problèmes financiers l'avait conduit à s'exiler, loin de la Mère-Patrie. Ce n'est qu'en 1992, que naîtra l'espoir d'un retour sur le sol natal à travers la chanson à double sens, Lettre à France. Depuis, l'artiste n'a au fond que joué avec ses fans et la presse, d'autant que vis-à-vis de ses publications discographiques, la rareté ne rime pas nécessairement chez cet artiste avec excellence et caractère, comme en témoigne l'album Enfin !, sortie en 2018. En revanche, il existe un terrain qui n'a jamais fait défaut à Polnareff, c'est sa voix, sa façon de la poser et d'enflammer les mélodies qu'il compose.

© Epic - (pochette du 45 tours 'Goodbye Marylou')

Nous sommes en 1988 et, à cette époque, le chanteur travaille avec le parolier Jean-René Mariani sur la réalisation d'un nouvel album (Kâmâ Sutrâ -1990). Pour pimenter l'histoire, on ne sait des deux, celui qui a eu l'idée de "scénariser" Goodbye Marylou. Si l'intention première devait porter sur le Bottin, Mariani, en explorant le sujet, trouva plus à propos de l'oublier pour introduire à sa place cet outil informatique apparu avec les années 1980, le Minitel.

Replacé dans son contexte, le Minitel représente la première révolution technologique qui a permis d'ouvrir les gens à l'informatique. Cet objet, aujourd'hui hasbeen, n'en demeurait pas moins utile pour obtenir des renseignements téléphoniques, mais aussi pour rendre des services qui dépassaient allègremment le cadre du bon vieux annuaire en papier.

Au moment de l'écriture de la chanson, le parc Minitel, comme la télévision, équipe un nombre important de foyers. Son essor devait conduire à proposer des services parfois discutables, à l'exemple des "36-15 Minitels roses". Toutefois, l'idée que cette machine rudimentaire puisse intervenir dans la vie intime des gens séduisait le chanteur. D'un commun accord, Polnareff et Mariani savaient qu'ils avaient là l'idée, le point de départ, et qu'il ne restait plus qu'à concrétiser la chanson en y joignant des paroles et une musique.


DES PAROLES QUI NE MANQUENT PAS DE SENS ÉQUIVOQUES

Mariani, en fin observateur, va parvenir à saisir les mots qui font mouches. Le texte de Goodbye Maylou est un petit chef-d'œuvre car il dépeint parfaitement, et en quelques vers, les désirs et les phantasmes sexuels d'un homme en proie à la solitude et visiblement dépendant de Marylou, animatrice d'un service de rencontre. Voici deux extraits symptomatiques au sens équivoque :

« Quand l'écran s'allume, je tape sur mon clavier /Tous les mots sans voix qu'on s'dit avec les doigts. », puis : « Quand j'ai caressé son nom sur mon écran /J'me tape Marylou sur mon clavier /Quand elle se déshabille, je lui mets avec les doigts. ». La chanson surfe bien évidemment sur le "Minitel rose" avec malice. Les fantasmes s'aiguisent, et pour peu que le cinéma érotique d'Emmanuelle ou d'Histoire d'O soit en mémoire, on saisi tous les sous-entendus des paroles et on néglige la fonction première du Minitel, of course !


GOODBYE MARYLOU (version album Kâmâ Sutrâ - 1989)

DANS L'HÔTEL ROYAL MONCEAU

L'autre originalité de la chanson proviendra de la « mise en boîte » de la musique. En 1988, l'artiste vivait dans la suite d'un palace parisien, l'hôtel Royal Monceau. Plutôt que de se déplacer dans un studio d'enregistrement, le chanteur préféra que ce soit le matériel qui vienne à lui (tout ou partie de l'album Kâmâ Sutrâ sera réalisé dans ces conditions particulières). Ce caprice de Star lui a permis de produire l'enregistrement dans les conditions d'un home-studio, enfin presque, puisque les prises de voix seront réalisées au bar de l'hôtel (et non dans la suite, comme le laisserait supposer le déroulement de l'histoire).

Cette excentricité avait nécessité que tous les clients du Royal Monceau daignent remonter dans leur chambre ou quitte le lieu pour que le chanteur interprète de sa voix haut perchée « Goodbye Marylou Goodbye / Marylou / Goodbye ! » Reste que d'après l'auteur Fabien Lecœuvre, le personnage féminin de cette histoire aurait été lié à un souvenir personnel du chanteur ; une projection en forme d'hommage envers l'artiste Ricky Nelson, interprète d'Hello Mary Lou en 1961 (Fabien Lecœuvre, 1001 histoires secrètes de chansons).

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2022)

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