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(source AW Stats)

MUSIQUE DE FILMS


PORTRAIT LOUIS DE FUNÈS, PIANISTE DE BAR ET COMÉDIEN

Avant de devenir une figure populaire du cinéma, Louis de Funès dut, pour des raisons alimentaires, exercer de nombreux petits boulots, notamment celui de pianiste de bar qu’il pratiqua pendant plus de 15 ans dans différents cabarets de la capitale. Or, un jour de 1944, sous l’impulsion de son ami Daniel Gélin, Louis de Funès allait entrevoir une autre profession, celle de devenir acteur…


LOUIS, LE BOUTE-EN-TRAIN

C’est durant son séjour dans le pensionnat du collège Jules-Ferry de Coulommiers que Louis de Funès aborde le piano au début des années 20. Louis n’est pas bon élève et souffre de l’éloignement de sa famille. Il est malheureux et s’isole au lieu de jouer avec ses camarades. Seul le dessin, pour lequel il a quelques dispositions, l’intéresse. Le piano est une autre distraction qui ne durera pas, faute de moyens. Il n’aura même pas le temps de se familiariser avec le solfège. Fort heureusement, Louis est doté d’une bonne oreille... Il fera avec !

Dès son plus jeune âge Louis de Funès aime faire le pitre. Les études ne l’intéressent pas vraiment, au point qu’arrivée à l’adolescence ses parents s’en inquiètent, car le jeune Louis a bien du mal à trouver une voie professionnelle qui lui convienne. Ainsi, après avoir abordé l’enseignement des métiers de la fourrure, sans succès, et avoir - sans mauvais jeux de mots - écarté la soutane (Louis était très croyant), c’est le métier de photographe qu’il apprend, mais pour un temps seulement, car si Louis a tout du fils de famille, il a tout sauf de l’ambition et des idées, du moins c’est ce qu’il croit. C’est avant tout un boute-en-train, un amateur de plaisanterie et de grosses blagues, ce qui lui causera bien des soucis avec ses professeurs.


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En 1930, à l’âge du service militaire, l’armée ne veut pas de lui, à cause de sa petite taille (1m 64) et de sa maigreur. Que faire ! si ce n’est éplucher les petites annonces : aide-comptable, étalagiste… il signe des engagements que quand le poste fait appel à de la créativité ou à de l’imagination. C’est à cette époque de vaches maigres que de Funès utilise ses facultés à jouer correctement du piano et à dénicher des places dans les bars. Rien de bien glorieux, mais au moins une pitance qui aide à survivre.

© Photoshistos - 1943 : le jeune Louis de Funès est devenu pianiste de bar par défaut, faute de trouver un emploi plus valorisant


LOUIS DE FUNÈS, PIANISTE DE BAR SOUS L’OCCUPATION

En 1936, à Saint-Etienne, Louis de Funès épouse Germaine Carroyer. Elle a 21 ans et Louis tout juste un an de plus. Le couple végète…

Pianiste de bar peut être un métier, mais pour combien de temps ? Une année, dix ans ! De toute manière, chaque fois qu’il tente d’entrer dans le rang des professions dites sérieuses, il lui est impossible de tenir le coup. De Funès n’a au fond pas de chance, et sa seule idée fixe n’est autre que celle de ne pas crever de faim. Sa seule distraction est d’aller de temps en temps au cinéma avec Germaine pour rire aux pitreries de Laurel et Hardy, Chaplin, Keaton, W. C. Fields ou Max Linder. C’est d'ailleurs à travers ces héros-là qu’il prend inconsciemment ses premières leçons de comédie.

Les grands maîtres du « cinéma comique » sont alors rythmés sur la musique du Front populaire, d’une paix fragilisée par la puissance grandissante d’Adolf Hitler et de la guerre d’Espagne. Les évènements s’accélèrent, et en août 1939 le pacte germano-soviétique met fin aux illusions qui pouvaient encore subsister. Le 1er septembre, c’est la mobilisation générale.

Durant l’occupation, pour survivre, Louis de Funès continue de faire ses gammes sur les pianos qu’il trouve sur sa route. Pianiste de bar, c’est un emploi qu’il occupe sans fausses notes. Il a de l’oreille et joue fort bien. Il connaît tous les airs à la mode. Sa mère qui vient parfois l’écouter est ravie… Au moins, se dit-elle « J’aurai un fils qui ne se fera pas tuer ! » (NB : Carlos, le frère aîné de Louis est mort sur un champ de bataille dans les Ardennes).

En 1942, après six années de mariage, le couple De Funès bat de l’aile et se sépare. Louis continue de courir l’embauche. Un matin, à la Butte Montmartre, une pancarte attire son attention : « Cherchons pianiste ». Il entre dans la boîte de nuit, s’installe au piano et obtient un engagement à 700 francs la soirée. Dans ce club baptisé L’Horizon, Louis de Funès s’installe au clavier et joue de cinq heures de l’après-midi jusqu’à quatre heures du matin, sans discontinuité ou presque. Un « esclavage » qu’il accepte car, outre son salaire, le jeune pianiste profite de la bonne gastronomie de l’établissement à une époque où le ticket de rationnement fait loi.

C’est à L’Horizon qu ‘il fait connaissance d’Edouard Raux, futur Eddie Barclay. Edouard, comme Louis, ne déchiffre pas la musique, mais ensemble ils improvisent en jouant parfois à quatre mains. Amor, Amor, La Tour Eiffel est toujours là, Paris sera toujours Paris, J’attendrai ou encore L’accordéoniste sont des chansons alors populaires. Les grandes vedettes de l'époque que sont Edith Piaf, Maurice Chevalier et Rina Ketty composent l’essentiel du répertoire.

Parfois, De Funès et Edouard Raux se hasardent à jouer du jazz, une musique normalement proscrite sous le régime de Vichy, mais que la censure semble vouloir ignorer. Pour la première fois, il a l’impression de gagner sa vie. Le futur acteur commence à se faire un nom et il trouve parfois des remplacements de courte durée. Ainsi, aux Trois Baudets, pendant une semaine, il tentera de faire oublier Robert Valentino, un pianiste compositeur qui aura bientôt sa période de gloire à la tête de son orchestre en proposant notamment La polka du Roi ou Sérénade portugaise.

Quand de Funès est au piano, il fait rire le public par ses pitreries, ses tics, ses attitudes. C’est pour lui une façon d’attirer le regard. De Funès en prend conscience au point de prendre des cours de comédie chez René Simon. Un luxe qu’il s’offre et qui lui permet d’affiner et de travailler des personnages divers ; seule sa petite taille semble vouloir lui faire ombrage. Néanmoins, c’est au cours Simon que Louis rencontre Daniel Gélin, et les deux piliers de la troupe des Branquignols, Robert Dhery et Colette Brosset.

Malheureusement, les horaires de cours sont peu compatibles avec ceux d’un pianiste de bar. Louis doit faire un choix. Ce sera le piano. Bien décidé à s’améliorer, il fréquente assidûment le conservatoire de Charles Henri. Les leçons coûtent cher, mais tant pis ! Fort heureusement, le professeur de conservatoire, sensible à cette musique qui vient de l’autre côté de l’Atlantique, trouve chez ce petit homme beaucoup de talent. « Il joue du jazz comme un dieu » dira-t-il. Henri est si enthousiaste qu’il en parle à l’une de ses élèves. La jeune fille l’écoute et, à son tour, succombe non seulement à la maestria du pianiste, mais aussi à sa bonhomie. En retour, De Funès l’invite là où il se produit pour lui faire la cour. Elle, dont la formation est classique, trouve amusant cet insolite pianiste qui se consacre uniquement à jouer des rengaines. Or Louis pianote pour elle seule quelques musiques qu’il affectionne, et en avril 1943, à Paris, il épouse Jeanne, Augustine Barthélemy de Maupassant.

Tandis que la descendante du célèbre écrivain tire des plans sur la comète, Louis continue son métier de pianiste de bar. Voyant que l’argent manque cruellement, Jeanne se propose d’ouvrir une école de danse, mais Louis, par jalousie, refuse tout net alors qu’à L’Horizon ses demandes d’augmentation sont systématiquement refusées. A cause d’une fierté peut-être mal placée, il refusera aussi toute aide financière venant de sa belle-famille.


1954 : Louis de Funès pianiste, mais aussi commissaire de police inquisiteur dans Ah ! Les belles Bacchantes


LOUIS ET LES PREMIERS ESSAIS SUR SCÈNE

Quelques mois avant la libération de Paris, la famille de Funès se prépare à accueillir un nouveau membre dans la famille, Patrick. Une bouche de plus à nourrir. Louis de Funès, qui a désormais la trentaine, se met en quête de trouver encore plus de travail. Outre L’Horizon, il exerce son talent à L’Ascot sur les Champs-Élysées, au Gavarny à Pigalle ou encore Chez Lauby, rue de la Ferme.

Un matin de l’année 1944, après avoir passé une longue nuit à exercer son métier de pianiste, Louis rencontre par un pur hasard Daniel Gélin aux abords de la station de métro Villiers. D’abord hésitant, Louis de Funès répond favorablement à la proposition que lui tend Gélin, celle d’avoir un petit rôle dans une pièce de Marc-Gilbert Sauvageon, L’amant de Paille. Sur scène, le pianiste devenu momentanément comédien est mort de trac. Cependant, dans les coulisses, Sauvageon observe cet inconnu et le trouve formidable, si bien qu’il lui propose un petit rôle dans sa prochaine pièce, Au petit bonheur.

Malgré son manque de confiance en lui, Louis accepte, sans pour autant abandonner le piano. À présent, cette idée de devenir un jour comédien lui trotte en tête. En attendant, Louis de Funès continue de courir après les notes comme il court de club en restaurant, de Montmartre jusqu’aux Champs-Élysées, assistant parfois à des règlements de compte entre truands tandis qu’il enchaîne les blues pour donner le change avec un air naïf et décontracté.

Pour la famille de Funès, l’horizon demeure toujours aussi obscur. Pour Louis, le rêve de devenir un jour comédien semble s’éloigner. Seul son ami Daniel Gélin le persuade de tenir bon. Puis, un jour, c’est une première figuration dans un film, La tentation de Barbizon de Jean Stelli. Un second rôle, peut-être, un jour…

Après la libération naît un second fils, Olivier. En 1945, Louis de Funès continue de se donner au piano, mais seulement au piano. Pas l’ombre d’un petit rôle à l’horizon. Une fois de plus son fidèle ami Daniel Gélin pense à Louis pour une pièce adapté par Marcel Achard, Winterset. Une seule réplique est au programme, mais rien qu’une !

Dans les années qui suivront, Louis de Funès ne sera qu’un éternel figurant. Bien avant d’incarner l’homme d’affaire du film Pouic-Pouic, l’armateur à la poursuite du Petit-Baigneur ou l’homme complètement dépassé par la situation dans le film Oscar, le pianiste-comédien jouera dans d’innombrables productions de série B, attendant patiemment que son tour arrive, comptant, pour chaque participation, la longueur du texte et le nombre de répliques. Ce n’est qu’en 1947 avec le film Croisière pour l’inconnu, que son nom s’inscrit enfin, pour la première fois, au générique.

Mendiant, guerrier, avocat, psychiatre, peintre ou cuistot, Louis aura connu tous les types de déguisement et les rôles de « statue » que la figuration impose parfois. Au regard de ce triste bilan, seul le piano est en mesure de le consoler. Le piano justement... Pourquoi l’instrument n’aurait-il pas sa place ailleurs que dans les lieux enfumés de Pigalle ou de Montmartre ? En 1947, Louis découvre l’univers de Max Revol. Ce dernier a fait appel à quelques jeunes comiques prometteurs : Jean-Marc Thibault, Roger Pierre, Jean Richard et Darry Cowl ; ce dernier ayant comme Louis connu dans sa carrière les exigences du pianiste de bar. Louis est mal payé, mais son jeu sur l’instrument et son côté burlesque attire les regards. Le piano, il en sera question aussi dans le film Je n’aime que toi (1949) où Louis se transforme en pianiste répétiteur pour un Luis Mariano qui chante son amour à Martine Carol. Certes, si les cachets sont là, à la nuit tombante, Louis n’en retrouve pas moins les touches ivoires du piano pour une soirée non-stop à La Tomate, rue Pigalle ou ailleurs.


LOUIS DE FUNÈS  : COMME UN CHEVEU SUR LA SOUPE

Extrait : Comme un cheveu sur la soupe (1957), Louis de Funès au piano et l’actrice Noëlle Adams


LOUIS ET LE BOUT DU TUNNEL

Louis le sait à présent, pour faire son trou dans le métier d’acteur, il faut un coup de pouce, un coup de chance ou bien une providentielle étoile. Cette aubaine surviendra en 1956 dans La Traversée de Paris, année où il se verra confier le rôle du charcutier Jambier dans la scène mémorable où Jean Gabin mécontent criera à tue-tête : « Jambier ! Jambier, rue de Poliveau ! »

Entre 1945 et 1956, Louis de Funès aura participé à plus de 80 films. Un record pour un acteur encore méconnu du grand public. La suite de l’histoire, nous la connaissons tous et toutes : le départ inespéré d’une grande carrière, d'une filmographie qui aura été enrobée d’expériences comme autant de sacrifices. Ni vu ni connu (1957), La belle américaine (avec les Branquignols - 1961), Le gentleman d’Epsom avec Jean Gabin (1962), Faites sauter la banque (1963), Pouic-Pouic avec Jacqueline Maillan (1963) et enfin Le gendarme de Saint-Tropez (1964) qui est le point de départ de sa grande popularité.

L’acteur avait alors la cinquantaine et les cheveux grisonnants. Un exemple à méditer, pour les jeunes comédiens qui prennent la grosse tête un peu trop rapidement au bout de deux ou trois films. Quant au métier de pianiste de bar, Louis de Funès lui fit sa révérence en 1952, quand il n’eut plus besoin, ni davantage le temps, d’aligner des notes sur un clavier.


LOUIS DE FUNÈS ET LE PIANO AU CINÉMA

Dans une interview précédant une représentation, Louis de Funès évoque le métier de pianiste de bar et ses goûts musicaux : Louis de Funès et la musique.

Dans Je n’aime que toi (1949), le film nous permet de voir un Louis de Funès pianiste de jazz et répétiteur auprès de Louis Mariano.

Dans le film des Branquignols, Ah! Les belles Bacchantes !, de Robert Dhery (1954) Louis de Funès incarne un commissaire de police, mais trouve le temps, lors d’une courte scène, de jouer du piano.

Dans le film Comme un cheveu sur la soupe, de Maurice Régamey (1957), une courte séquence montre Louis de Funès au piano en compagnie de l’actrice Noëlle Adams.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 06/2017)


LOUIS DE FUNÈS : WHEN THE SAINTS GO MARCHING IN

En 1981, lors d’une soirée anniversaire,
Louis de Funès entouré d’une pléiade de comédiens improvise sur When the saints go marching in.



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