JAZZ ET INFLUENCES


RAGTIME ET BOOGIE-WOOGIE, SOURCES DE MUSIQUE ENTRAINANTE ET JOYEUSE

En 1895, le pianiste Tom Turpin fait éditer un morceau intitulé Harlem Rag dont la particularité est de proposer quelques nouvelles tournures propres à la musique noire. De syncopes en cassures rythmiques et interludes, cette musique interpelle et éveille la curiosité d’autres pianistes. L’année qui suit la parution de Harlem Rag, un autre pianiste noir, Scott Joplin, publie Maple Leaf Rag


LE RAGTIME, UNE MUSIQUE FRANCHE ET JOYEUSE

Fortement syncopé, se prêtant bien à la danse, le ragtime épouse parfaitement le jeu du piano tout en réclamant une bonne adresse technique. Sa construction, si particulière, séduit les pianistes au point de devenir pour eux une source de créativité féconde. Pourvu de riches mélodies, le ragtime et ses deux, trois ou même quatre thèmes distincts séparés d’interludes offrent, il est vrai, un terrain fertile pour des musiciens en quête d’originalité.


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Né dans le Missouri, le ragtime gagne rapidement Saint-Louis, Kansas City et La Nouvelle-Orléans avant de remonter au nord vers Chicago et New York. Séduisant le public blanc, il franchit l'Atlantique où il est fort bien accueili, jusqu'à être servis par les compositeurs classiques tels Debussy, Ravel, Satie ou Stravinsky.

La principale raison de cette conquête au royaume de la « musique savante » provient de l'allure générale du ragtime, de son originalité qui n'aurait pas été si singulière si elle n'avait pas été interprétée par des Noirs. Alors que le spiritual et le blues trouvent leurs racines dans le chant primitif des esclaves, le ragtime développe des connaissances et une culture toute autre en présentant des courbes mélodiques et des harmonies qui sont proche de la musique européenne. Aux États-Unis, des musiciens Blancs ont certes participé au développement du ragtime comme Percy Wennick, Joseph Lamb, William Krell ou Zez Confrey, mais ses plus grands créateurs ont été des Noirs. Outre Tom Turpin et Scott Joplin, il y aura Louis Chauvin, Eubie Blake, John Starks, Lucky Roberts, puis James P. Johnson et Jelly Roll Morton.


TOM TURPIN : ST. LOUIS RAG (enregistré sur pianola -1903)

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Cette musique franche, joyeuse et bien construite demande une grande technique du piano et seuls de grands solistes sont en mesure de donner des versions satisfaisantes, même lorsque l'on suit la partition sans donner vie à des improvisations. Au fil des années le style s'affinera et de nombreux pianistes, pas seulement blues ou jazz, joueront avec talent des rags. Citons : Tony Jackson, Jelly Roll Morton, Willie Smith « the Lion », James P. Johnson, Fats Waller, Joe Turner, Hank Jones et, en France, Claude Bolling et plus récemment Jean-Pierre Bertrand.


LE BOOGIE WOOGIE

D’une toute autre nature que le ragtime et bien qu’apparenté au blues par sa construction harmonique, le boogie-woogie est un style qui rivalise d’inventivité. Les pianistes de La Nouvelle-Orléans vont apporter différentes orientations musicales à cette musique qui se définit généralement par son côté euphorisant. Comme contre-exemple, nous avons le ‘low-down’ qui, joué très lentement, permet aux danseurs de s'étreindre chaudement. Néanmoins, pour le commun des mortels, un boogie-woogie s’apparente à des rythmes plus « sauvages » à même de faire « sauter la baraque » par l'extrême rapidité du tempo.

Historiquement, c'est vers le début du 20e siècle que, dans les environs de Chicago, une forme pianistique particulière du blues de douze mesures voit le jour. Dénommé boogie-woogie, le style possède une caractéristique que l’on reconnaît dès les premières mesures par la façon de jouer les accords pour soutenir la mélodie. Ceux-ci, au lieu d’être simplement plaqués comme dans un blues classique, utilisent des schémas répétitifs correspondant à des motifs ou lignes mélodiques joués avec la main gauche. Ces basses mouvantes, fondant les contours harmoniques en même temps qu'elles donnent une chaude impression rythmique, permettent à des pianistes, même débutant, de plonger au cœur de l’histoire du jazz et de ses musiques de danse.

L’origine des rythmes particuliers et répétitifs du boogie-woogie semble avoir été suggérée par le rythme du train, c’est du moins ce que l’imaginaire des musiciens ambulants aurait ressenti et que l’on perçoit à l’écoute de certains morceaux. Honky Tonk Train Blues, par exemple. D’autres spécialistes y voient une survivance de danses africaines telles qu'elles s’expriment sur un seron (instrument d’Afrique de l’Ouest similaire à la kora).

Les premiers spécialistes de ce style ont depuis été oubliés, mais le plus ancien qui fait référence est certainement Cow Cow Davenport. Ce pianiste, né dans l'Alabama en 1894, sera à l’initiative de cet engouement pour le boogie-woogie en entraînant à sa suite d’autres pianistes issus du ragtime ou par filiation du blues. Citons : Charles Avery, Henry Brown, Blind Leroy Garnett, Charlie Spand, Wesley Wallace, Jabo Williams, et Pinetop Smith, le compositeur du morceau le plus célèbre ayant simplement pour titre Boogie-woogie.

Cette musique, de part sa construction et contrairement au ragtime, offre de grandes perspectives dans le domaine de l’improvisation. On peut en entendre des significatives chez les pianistes précités ou, par exemple, à travers le célèbre Honky Tonk Train Blues de Meade Lux Lewis.


MEAD LUX LEWIS : HONKY TONK TRAIN BLUES (1927)

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Le boogie-woogie sera un style imité, plagié à différentes époques. Pas toujours de qualité, prisonnier de ses apparences, il servira d’excroissances commerciales dans les années cinquante et soixante en propulsant le rhythm and blues, le rock’n’roll et plus tard le twist. Ray Charles ou Fats Domino sont de bon exemple de cette récupération et, dans un registre plus excentrique, Chuck Berry et Jerry Lee Lewis, serviront finalement que son apparence. Seuls les spécialistes du blues seront en mesure de conserver la nature profonde du boogie-woogie. À ce titre, les pianistes Big Maceo, Memphis Slim, Jimmy Yancey ou encore Pete Johnson, Albert Ammons et Meade Lux Lewis sont des exemples à retenir. Ces pianistes-là, à des degrés divers, possédaient un jeu puissant avec une main gauche solide qui leur faisait rarement défaut.

Enfin, même si le boogie-woogie reste l’apanage des pianistes, le style séduira également les grands orchestres de jazz et de danse de l’époque swing qui ne pourront s’empêcher de s’en inspirer en les mettant à leur programme. Citons le jovial Count Basie, le tonitruant Lionel Hampton ou le sage Glenn Miller.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 05/2020)

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