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LES BEATLES : LA RÉVOLUTION MUSICALE ET CULTURELLE DE QUATRE GARÇONS DANS LE VENT

Sans les Beatles, y aurait-il eu les Rolling Stones ? Des critiques laissent même entendre que sans eux les Birds et même Dylan n’auraient jamais goûté aux instruments électriques. Quand les Beatles font irruption dans le monde musical en 1963, leurs attitudes comme leurs chansons bousculent les codes de la musique populaire, mais personne encore ne se doute que ces quatre jeunes artistes anglais vont avoir une influence majeure auprès d'autres groupes et artistes des années 60/70 et même au-delà.


LE POURQUOI DES BEATLES

Quatre prénoms résonnent encore aujourd’hui dans l’histoire de la rock Music : John, Paul, George et Ringo. Ces quatre prénoms sont associés au plus fabuleux groupe du 20e siècle : les Beatles. Dans les années 60, toute une jeunesse est galvanisée par leurs chansons. Nous pourrions dire – sans dénigrer nullement la qualité de leur répertoire – que les Beatles sont arrivés dans un contexte qui leur était favorable.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le Royaume-Uni vit des temps économiques difficiles. Malgré les "Trente Glorieuses", le pays cherche toujours à se reconstruire et à trouver un nouvel essor. La jeunesse anglaise réclame des changements, pas seulement musicaux ou vestimentaire, ils réclament de l’indépendance et de l’autonomie. C’est comme une émancipation à vivre autrement, sans retenu, face à une société de consommation qui pointe déjà le bout de son nez de l'autre côté de l'Atlantique. La classe supérieure et moyenne ne semble plus avoir le droit de dire à la classe ouvrière comment il faut vivre ; c’est comme un « coup de pied » de la part de ses sujets envers Sa Majesté la Reine.

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© Roger (flickr.com) - Les Beatles avec de g à dr : George Harrison, John Lenon, Ringo Starr et Paul McCartney

La « bonne société » est encore trop prude et vieux jeu face à toutes sortes de sujets, dont le sexe. Au début des années 60, ce vent de liberté, toujours en sommeil, va vivre une première avancée avec le roman érotique L’amant de Lady Chatterley ; une histoire d’amour qui balaye devant sa porte les différentes classes sociales. Mais si le côté chaste des mœurs britanniques évolue, c’est surtout l’arrivé de la « Beatlemania », dès 1963, qui va produire cet effet irrésistible, envahissant et libérateur des adolescentes qui assistent à leurs concerts. Cris, pleurs et même évanouissement, rien ne sera épargné à ces quatre jeunes garçons dans le vent et qui deviennent malgré eux les catalyseurs d’un mouvement aux aspects insondables, d’une sexualité presque « freudienne » en raison des hystéries provoquées par leurs chansons.

Les jeunes hommes seront également touchés par la « Beatlemania ». L’exemple donné par les Beatles a permis à de nombreux adolescents de suivre une autre voix que celle de leur père. Faire du grabuge dans les rues et s’habiller en « Teddy boy » n’étaient certainement pas la meilleure façon d’exprimer son identité, mais c’était certainement l’une des façons de la trouver !


THE BEATLES : 'PLEASE PLEASE ME' (1964 – remastered 2009)

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Si la première transgression venu des États-Unis, et qui s'appelle le rock’n’roll, fait danser la jeunesse anglaise, il faut reconnaître que les premières chansons signés par les Beatles apportent une certaine fraîcheur. Avec eux, tout semble nouveau, jeune et à la page. Les manifestations de ce changement se voient aussi dans la rue. Sur les façades, l'art "pop" fait des siennes. Le gris et le noir commencent à laisser place à des couleurs vives. Les jupes des femmes raccourcissent, bien au-dessus des genoux, tandis que les hommes, encore avec les cheveux courts, oublieront bientôt leur rendez-vous quotidien avec leur coiffeur. De nombreux repères éducatifs s’envolent et ce ne sont plus les parents ou les grands-parents qui donnent alors la direction, mais la jeunesse elle-même ; cette jeunesse qui se fait entendre avec sa voix rebelle. Les Beatles vont vite représenter cette forme de contre-culture si attendue et auront une influence directe sur les idées et comportements à faire naître.

© Tom (flickr.com) - Pochette du super 45 tours 'Odeon / EMI. MEO 112' où figure 'I Want To Hold Your Hand'

À l’exception de Lennon, les autres membres du groupe sont issus du milieu ouvrier et ils incarnent des valeurs sociales et culturelles bien précises en ayant grandi dans une ville portuaire en pleine récession économique. Les Beatles ne sont pas des révolutionnaires dans l’âme, sauf peut être Lennon qui s’apparente volontiers à un jeune homme marginal. Ces quatre jeunes artistes sont surtout instruits et ont pour eux l’audace, un zeste de provocation, un désir d’indépendance face à l’establishment et surtout beaucoup de talent !


UN GROUPE COMMERCIAL D’ABORD

Dès leur début, les Beatles sont de gros vendeurs de disques, jusqu’à 250 000 exemplaires par semaine ! Ils restent l’exception en ayant chamboulé le monde économique du disque, demeurant des semaines et des semaines en tête des ventes. Même Presley n’arrivera pas à un tel niveau. Leur musique est alors considéré comme commerciale et définir leur style comme 'rock' ou 'pop' n’a au fond pas grande importance. Le plus correct, envers ce qu’ils ont apporté, serait plutôt d’avoir été un groupe expérimental qui savait prendre toute la mesure d’une société en plein bouleversement et d’avoir su éclairer l’esprit des gens par la musique qu’ils produisaient.

En 1963, Please Please Me est le premier signal, I Want To Hold Your Hand sera le suivant. Paradoxalement, les Beatles sont considérés comme des « artistes rebelles » par le marché musical grand public. Lors de leur concert, les cris et autres réactions épidermiques se font entendre couvrant la faible amplification. Face aux caméras, les Beatles sont encore bien sages avec costume et cravate, et ils n’ont ni le look ni l’attitude des rockers pur et dur « Made in America » serrés dans leur blouson de cuir ; c'est surtout leur musique positive et entraînante qui l'emporte sur tout le reste. Même si à leur début, leur prestation scénique est encore loin d’être parfaite, le groupe sait tirer avantage de leurs différentes influences : le rock’n’roll avec tout ce que cela représente culturellement et socialement, et les harmonies vocales provenant des groupes vocaux afro-américains.


THE BEATLES : 'I WANT TO HOLD YOUR HAND' (1964 – remastered 2015)

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Il est vrai qu'en 1963, la flamme du rock’n’roll des années 50 n’est plus vraiment la même et les Beatles offrent un paysage sonore nettement différent. Le manager Brian Epstein et l’ingénieur du son George Martin sont déjà là qui les entourent. De plus, John Lennon et Paul McCartney sont deux artistes complémentaires qui excellent dans leurs rôles d’auteur et de compositeur… ce qui est plutôt rare à une époque où la plupart des musiciens créatifs écrivent ou adaptent encore la plupart des titres pour des interprètes indépendants. Cette collaboration/partage qui perdurera jusqu’en 1968 entre Paul et John donnera un premier signal à d’autres groupes de rock de passer à l’action en écrivant et interprétant eux aussi leur propre chanson.

Succès après succès, disque après disque, les Beatles deviennent vite incontournables, d’autant que la qualité de leur production est toujours constante. Rares sont les titres à bannir. Comme pour les ventes, les Beatles peuvent être fiers de détenir cette autre exception. Pour de nombreux britannique, ce sont encore de gentils garçons qui affrontent avec beaucoup d’humour, d’intelligence et de réparties les médias. Quand ils se rendent aux États-Unis pour la première fois dans un pays encore meurtri par l’assassinat de leur président John Kennedy, les Beatles ne changent pas d’attitude. Ils réussissent même le parie d’importer la « Beatlemania » avec eux et d’imposer à la première place des charts américains leur dernier succès I Want to Hold Your Hand.

Cette différence de ton et de comportement qui fait leur charme si « British » va également rejaillir dans le cinéma. A Hard Day’s Night de Richard Lester, en 1964, est le premier film où le groupe apparaît. Contrairement à d’autres films musicaux destinés aux adolescents, A Hard Day’s Night crée un langage tout à fait original. Il ne s’agit plus de jouer des personnages fictifs comme souvent dans les films consacrés aux artistes musiciens, mais de présenter les "quatre de Liverpool" dans leur propre rôle. Voici à titre d'exemple deux courts et savoureux extraits issus du film quand les membres du groupe sont interviewés et font preuve d’irrévérence envers eux-mêmes :

  • Un journaliste à John Lennon : « Comment avez-vous trouvé l’Amérique ? »
  • Lennon : « En tournant à gauche au Groenland. »
  • Une journaliste à Ringo Starr : « Êtes-vous ‘mod’ ou ‘rockeur’ ? »
  • Starr : « Non, je suis moqueur. »

LA RÉVOLUTION CULTURELLE DES BEATLES PREND DE LA HAUTEUR

Malgré les différentes tournées qui les ont épuisés et la célébrité qui les accable constamment, les Beatles sortent leur quatrième album, Beatles for Sale (les signes évidents d’épuisement se lisent sur la pochette où les quatre musiciens apparaissent les traits tirés). C’est durant cette période que McCartney multiplie ses contacts dans le milieu artistique, contrairement aux autres membres du groupe qui demeurent dans la banlieue londonienne vivant une existence douillette avec leur famille.

McCartney s’intègre dans différents cercles culturels et explore de nouvelles sonorités et de nouveaux concepts avec Barry Miles, un personnage d’avant-garde du milieu underground londonien. Ce regard porté sur ce qui est considéré comme "In" lui permet d’être au fait des tendances les plus branchées et de devenir, courant 1965, le moteur principal des Beatles. Une grande partie de la longueur d’avance du groupe, c’est à Paul que les autres membres la doivent. Cette avance est très perceptible sur l’album Rubber Soul et surtout nécessaire car, contrairement à leur début, les Beatles sont soumis désormais à une forte concurrence, à commencer par les Rolling Stones.


THE BEATLES : 'THINK FOR YOURSELF' (1965 – remastered 2009)

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Pour réaliser Rubber Soul, les Beatles exigent d’autres conditions de travail lors des séances dans les studios d’Abbey Road. Il n’est plus question de se soumettre aux conditions restrictives habituellement pratiquées lors des séances. George Martin et Les Beatles réclament plus de souplesse et finissent par imposer une autre façon de travailler, sans limites horaires, afin de s’assurer un contrôle artistique total. Rubber Soul est le premier album de la Rock Music à avoir été traité comme une œuvre d’art en demandant un mois de travail dans les studios d'Abbey Road.

Cette nouvelle façon de travailler un album a provoqué une véritable révolution dans la façon de produire de la musique, tout en démontrant que la musique « pop » peut avoir aussi des capacités créatives insoupçonnées. Cette reconnaissance aura quelques effets... À la suite de la sortie de l'album Rubber Soul, les Beatles sont enfin reconnus par l’establishment et sont invités en octobre 1965 au Palais de Buckingham pour y rencontrer la Reine Elisabeth et recevoir l’Ordre de l’Empire Britannique, un ordre de chevalerie hautement honorifique en Grande-Bretagne.

À SUIVRE... LES BEATLES SECONDE PÉRIODE : LES INNOVATIONS MUSICALES SOPHISTIQUÉES

Par Elian Jougla (Cadence Info - 08/2020)

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