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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LE FESTIVAL DE SALZBOURG, UN MYTHE

Chic, cher et couru. Chaque année, malgré des tarifs souvent prohibitifs, le Festival de Salzbourg attire plus de 200 000 amateurs aussi éclairés que fortunés, venus communier au cœur de la ville natale de Wolfgang Amadeus Mozart.


UN FESTIVAL DE MUSIQUE À L'IMPOSANTE MÉCANIQUE

Niché au flanc de ces montagnes dont les neiges éternelles surplombent la plus italienne des cités nord-alpines, le festival a été porté sur les fonts baptismaux, le 22 août 1920, à l'initiative de parrains prestigieux : Richard Strauss, Max Reinhardt et Hugo von Hofmannsthal. C'est ce jour-là, sur la place de la cathédrale, qu'on joua pour la première fois le Jedermann d'Hofmannsthal, pièce reprise presque sans interruption depuis le triomphe de sa création.

L'époque héroïque passée, le festival a acquis une dimension internationale (allemands, suisses et italiens pour la plupart). Il se tient dans trois espaces somptueux, où l'on donne à la fois des opéras, des concerts et des pièces de théâtre : le Grosses Festspielhaus (la grande salle), inauguré en 1960 avec Le Chevalier à la rose de Strauss, dirigé par Herbert von Karajan ; le Kleines Festspielhaus (la petite salle), inspiré de l'Opéra de Vienne ; enfin, pour le théâtre, le site magnifique de l'Ancien Manège d'été, avec ses 96 arcades creusées dans le rocher du Monchsberg, où l'on a tourné les dernières scènes de La Mélodie du bonheur. Au total, plus de 5 000 places sont ainsi offertes chaque soir.


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Le succès actuel du festival ne doit pas masquer qu'il a failli capoter plus d'une fois, tant ses coûts étaient élevés au regard des modestes moyens dont dispose la cité provinciale. Au lendemain de la guerre, il fallut une loi et une longue bataille au Parlement de Vienne pour que fût créé le Fonds du Festival de Salzbourg - loi aux termes de laquelle les déficits sont pris en charge par l'Etat autrichien, la province, la ville et ses principaux partenaires économiques. Par cette décision, Salzbourg était enfin consacrée vitrine artistique de l'Autriche. Juste retour des choses pour cette ville qui accueillit en 1616 le premier opéra jamais joué au nord des Alpes et où débuta le comique Hanswurst, immortalisé à Vienne sous la figure familière de Papageno.

Un taux de remplissage de 86 %, rien de moins. Le festival est devenu une imposante mécanique et produit en moyenne plus de 150 spectacles en cinq semaines. La principale caractéristique de Salzbourg est de s'autofinancer en grande partie grâce à la billetterie, aux droits de retransmission, à l'Association des amis du festival et aux sponsors. L'Etat, la région et la ville ne subventionnent le festival qu'à hauteur du quart de ses besoins, contribution chichement mesurée et très strictement indexée sur l'inflation.

En fait, les pouvoirs publics font preuve d'une réelle pusillanimité à l'égard de cette manifestation, qui absorbe un budget modeste aussi bien pour le ministère de la Culture de l'Etat autrichien que celui de la ville. Cette attitude oblige les responsables du festival à maintenir une politique de prix des places élevé. Obtenir un siège bien situé pour assister à un opéra coûte très, très cher.


RÊVE DE SALZBOURG

Pour jouir réellement du festival, il faut l'avoir longtemps espéré. C'est comme un premier voyage à Venise. Cela n'a aucun charme si on ne l'a pas attendu, si on ne l'a pas préparé, si on n'a pas lu Marcel Proust ou Paul Morand.

Pour Salzbourg, c'est Stefan Zweig qu'il faut lire. D'ailleurs, on en visite aujourd'hui la maison sur le Kapuzinerberg, là même où il recevait Arturo Toscanini en regardant le paysage au fond duquel, sur la montagne de Berchtesgaden, un vautour avait fait son nid. Ainsi paré et préparé, vous pouvez entrer dans la ville, de préférence à pied, par les berges ombragées de la Salzach.

La première fois, vous vous sentez obligé de poser votre valise dans un hôtel mythique, style Bristol (classique), Osterreichischer Hof (surfait) ou Goldener Hirsch (ruineux). Avec le temps, vous découvrirez des gîtes plus familiaux et agréables. Vous mettrez votre smoking - et votre femme sa robe du soir, encore que celle-ci raccourcisse un peu tous les ans - pour vous rendre au 'Gros Festespielhaus', ou bien au 'Klein', ou encore au merveilleux 'Felsenreitschule' (manège des rochers). Toujours à pied. Vous croiserez les routards en baskets venus de Milan, de Bruges ou de Budapest. Salzbourg est la seule ville au monde où les différences sociales s'affichent avec autant d'insouciance, sans provoquer le moindre incident. Ici, Marx connais pas.

Mozart n'est pas le seul dieu des lieux, à la différence de Wagner à Bayreuth. Le festival s'honore d'être ouvert à toutes les musiques. Depuis la mort d'Herbert von Karajan, en juillet 1989, on va même encore plus loin vers les baroques et les contemporains. Ce qui n'est pas sans conséquences sur la fréquentation : désormais, on n'attend plus des années pour obtenir des places.

Le spectacle se divise en trois parties. Avant, la reconnaissance des célébrités, l'appréciation sur les toilettes (qui n'est généralement qu'un jugement indirect sur celles qui les portent), la lecture laborieuse du programme (en allemand et en anglais). Après, le souper (souvent mauvais) entre amis (bruyants s'ils sont français ou italiens, ces derniers beaucoup plus nombreux). Et, sur le coup de minuit - encore à pied -, le retour à votre hôtel, exténué et enchanté.

À Salzbourg, même si vous ne connaissez rien à la musique, vous l'aimerez ; même si vous avez oublié votre catéchisme, vous irez à la messe ; même si vous ne parlez pas allemand, vous comprendrez ; même si vous êtes trop pauvre pour le Festival, vous serez riche. Parce que le jardin Mirabell ou l'église Saint-Pierre sont à tout le monde et que, dans la rue, un violoneux joue l'air de Papageno.

J. Boissonnat

Visiter le site du FESTIVAL DE SALZBOURG


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