MUSIQUE & SOCIÉTÉ.


LE PUNK, UNE DIMENSION MUSICALE ET GRAPHIQUE SUBVERSIVE

Né dans un contexte de crise économique et de faillite des idéologies, et dans un monde en proie à une menace protéiforme et confuse (nucléaire, totalitaire, terroriste), le punk est un mouvement aussi paradoxal que fondamental ; une révolution sans cause, ambiguë et chaotique qui fera usage de provocation et de l’art du second degré.


LES ÉLÉMENTS REPRÉSENTATIFS

Le punk prônait le « no future » tout en proposant à chacun de changer le monde. Son injonction, « Do it yourself », exaltait les vertus de l’action autonome et faisait de chacun un potentiel sujet créateur. Entre 1976 et 1980, parallèlement à ce qui se produisait aux États-Unis, le punk a d’abord agité le Royaume-Uni avant d’envahir l’ensemble du continent européen.


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Enfant illégitime de Dada et de Fluxus, cette contre-culture qui rejetait l’Art aura en effet réussi, au mépris des canons esthétiques, à imprégner profondément et durablement tous les domaines de la création : la musique, mais aussi les arts plastiques, la mode, le cinéma et la bande dessinée... sans oublier les tracts, affiches, fanzines, collages et pochettes de disques ; une vitalité doublée d’une liberté créatrice qui ont fait du mouvement punk une véritable révolution artistique, célébrant les noces barbares de l’énergie et du désespoir.

On ne peut évoquer le mouvement punk sans devoir légitimement citer ces quelques éléments représentatifs :

Les Sex Pistols : sans doute le groupe le plus emblématique du punk. Malgré leur carrière qui ne dura que trois années (1975-1978), les Sex Pistols ont exercé une influence décisive, tant du point de vue musical qu’iconographique, avec la complicité des stylistes Vivienne Westwood, Malcolm McLaren et du graphiste Jamie Reid.

Le collectif Bazooka : formé par des élèves des Beaux-Arts de Paris dont Olivia Clavel, Lulu Larsen, Kiki Picasso, Loulou Picasso, Bernard Vidal, rejoints plus tard par T15-Dur et Jean Rouzaud, ce collectif a fonctionné à la manière d’un groupe de rock, croisant une multiplicité d’influences extrêmement hétérogènes, du pop art à la B.D. Ils se sont distingués aussi par leur stratégie d’occupation des médias, infiltrant notamment en 1977 les pages du jeune quotidien Libération.

DIY (Do It Yourself) : force artistique radicale, le punk propose une approche révolutionnaire des images, suivant un unique principe : l’urgence. Les moyens élémentaires que sont les affiches, tracts, fanzines, pochettes et vêtements, sont élaborés sans souci des conventions, en renouvelant les codes graphiques et visuels et en inventant de nouveaux modes d’expression comme de production.

WtF (What the Fuck) : par sa dimension subversive, la régression est une des stratégies essentielles d’un nihilisme punk qui a usé du détournement de signes forts : étoile de David, croix gammée nazie, symboles terroristes… sans compter la pornographie ou la scatologie comme autant d’armes contre l’ordre établi. Cette violence verbale et visuelle au mauvais goût assumé, conduira à l’interdiction de plusieurs créations punk.

L'anarchie : désillusion à l’égard des idéaux révolutionnaires, fascination pour la violence et le terrorisme, compromission ou radicalisation : le punk s’est construit sur des postures politiques contradictoires. Dès 1976, et sous l’influence de groupes comme Crass ou The Clash, commence à s’afficher une imagerie punk solidement engagée à l’extrême gauche, utilisant les images comme autant d’instruments de propagande pour changer la société.

New Wave : dès 1976-1977, en Angleterre, en Allemagne ou en Italie, le punk est également nommé new wave. Dès son origine, avec l’esthétique du chaos coexiste une remise en ordre des formes et des images. Des réalisations de Malcolm Garrett, revisitant une période constructiviste où géométrie rimait avec utopie, à la nostalgie d’un Peter Saville avec Joy Division, cette propension expérimentale va s’amplifier à mesure que le mouvement punk constate sa récupération commerciale. Sur le plan musical, les synthétiseurs et les boîtes à rythmes vont jouer un rôle déterminant dans cette nouvelle tendance créative.


THE CLASH : TOMMY GUN (1978)

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HÉRITAGE ET SURVIVANCE PUNK

Indéniablement, le punk a produit quantité d’images et d’objets qui ont une densité et une qualité extrêmement fortes ; éléments qui ont exercé une influence importante et durable sur toute production et la pensée artistiques des années 80 jusqu’à nos jours. Le punk est un mouvement artistique majeur, l’une des dernières avant-gardes du 20e siècle, dont le fonctionnement rappelle celui d’autres grandes avant-gardes comme le futurisme ou le dadaïsme.

« Le punk a refusé de poser la question de l’art. Il ne l’a pas nié, il a dès le départ décidé que la question ne se posait pas. Il a su produire à son insu des objets qui retiennent l’attention, qui frappent par leurs qualités visuelles et sonores. Il est un des grands mouvements qui a porté cette idée de transformer le monde, même s’il ne savait pas très bien en quoi. […] On a du mal à imaginer aujourd’hui combien la société de l’époque était fermée, combien le contexte politique et social pouvait sembler bloqué. Cela paraît déjà très loin. Parmi cette génération qui prenait acte de l’échec des utopies révolutionnaire de la génération précédente, celle de Mai 68, certains ont tout simplement décidé de faire des choses globales. C’est le cas du collectif Bazooka en France, ou des Sex Pistols en Angleterre. », précise l’historien Eric de Chassey (Cité de la musique - 2013).


QUELQUES GROUPES OUTSIDERS

Buzzcocks : en juillet 1976, Buzzcocks fait ses débuts en première partie du concert des Sex Pistols à Manchester. En décembre de la même année, le groupe enregistre son premier disque, un maxi qui contient la chanson Boredom, dont le solo de guitare pousse le minimalisme jusqu’à répéter quarante fois le même motif de deux notes. En 1977, le single Orgasm Addict est censuré par la BBC, avec ses paroles scandaleuses qui sont un véritable hymne a l’onanisme. Plusieurs fois dissous et reformé, le groupe incarne la fidélité à l’esprit punk des premières années.


SEX PISTOLS : PRETTY VACANT (1977)

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Cheveu : composé d’Olivier Demeaux aux claviers et autres machines, Étienne Nicolas aux guitares distordues et David Lemoine maltraitant ses micros, Cheveu sera consacré outre-Atlantique ambassadeurs du mouvement underground shitgaze. Le groupe a sorti ses deux premiers albums sous le label Born Bad Records (Cheveu en 2008, suivi de 1000 en 2011).

Frustration : un post-punk « revêtu des sombres habits de la cold wave », lisait-on dans Le Monde à l’occasion de la sortie de Uncivilized, le deuxième album de Frustration, paru début 2013 chez Born Bad Records. Le magazine Technikart prévenait que « ce groupe de Franciliens barbares » fondé en 2002 est « à écouter dans un espace suffisamment grand pour se (dé)battre ».

Holograms : « Ça sent la ferraille et la crasse », écrivaient Les Inrocks en août 2012 pour qualifier avec admiration l’intransigeance du « post-punk délabré » des quatre Suédois du groupe Holograms, formé en 2011.

Kap Bambino : depuis 2001, le duo formé par Caroline Martial et Orion Bouvier, sillonne le monde. Il orchestre pour elle des déferlements de rythmes a gogo, de distorsions et de sons électroniques sur lesquels Caroline pose sa voix qui n’est pas sans rappeler X-Ray Spex, avec une touche de vulnérabilité en plus. Devotion est le titre de leur troisième album, sorti en 2012 : « dédiés à nos rêves et à cet entêtement », disaient-ils. En 2019, Kap Bambino publiait Dust, Fierce, Forever, chez Because Music.

Public image Limited : « J’ai appris comment écrire des chansons avec les Pistols, et ensuite comment déconstruire avec PiL. », raconte John Lydon. C’est en effet juste après la dissolution des Sex Pistols que leur chanteur John Lydon (connu sous le pseudonyme de Johnny Rotten), fonde en 1978 un nouveau groupe qui deviendra bientôt 'Public Image Limited'. Plus expérimental que les Sex Pistols, PiL enregistrera des albums qui feront date, comme le mythique Metal Box en 1979. Le groupe se sépare en 1992 et il faudra attendre 2009 pour que Lydon retrouve deux anciens, le batteur Bruce Smith et le guitariste Lu Edmonds, avec lesquels il reforme PiL en embauchant également le bassiste Scott Firth. En 2012, à l’occasion de la sortie du disque This Is PiL, produit par le label PiL Official, le chanteur déclarait dans Rock&Folk : « Je suis un jeune de 50 ans prêt pour les 50 à venir. »

QUELQUES FILMS ET DOCUMENTAIRES À LA GLOIRE DU PUNK

Dégénération punk : documentaire français de Claude Santiago (1997). Ce film décrit les années essentielles du mouvement punk (de 1976 à 1979), le chaos d’une scène anglaise et américaine où se croisent musiciens, graphistes, fashion designers et « escrocs » du showbiz.

La Brune et Moi : film français de Philippe Puicouyoul (1980), avec Anouschka et Pierre Clémenti et des musiques de Astroflash, Edith Nylon, The Questions, Marquis de Sade, Dogs, Go-Go Pigalles... Le film culte de la scène punk new wave française.

Punk : court-métrage français de Georges Rey (1977) avec des musiques de Electric Callas, Marie et les Garçons et Starshooter.

Rude Boy : film anglais de Jack Hazan et David Mingway (1980), avec Ray Gange et The Clash. The Clash et son rock militant à travers l’histoire de Ray, adolescent à la dérive et fan du groupe.

Par D. Lugert (Cadence Info - 08/2020)
(source : Expo Europunk - Cité de la musique, 10/2013)

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