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MUSIQUE & SOCIÉTÉ


LES CHORALES AMATEURS : QUAND CHANTER DEVIENT UN PLAISIR

Pourquoi chantez-vous ? À cette question toute simple, les chanteurs d’une chorale amateur ont des avis bien partagés : « Pour moi, c’est une occasion de m’arracher de mon boulot », alors que pour d’autres c’est un défoulement : « C’est un plaisir épicurien qui apporte de la détente. ». Aujourd’hui, qu’en est-il ? Quelles sont les motivations de ces chanteurs amateurs qui se lancent, la peur au ventre, dans l'étude d'œuvres ambitieuses, voire à la découverte de morceaux inédits ? Quel est donc l’univers de ces chorales qui ont le vent en poupe et qui sèment aux quatre vents tant de mélodies a cappella ? Partons tout de suite à leur rencontre et tentons de faire le point sur leur fonctionnement et leur ambition.


QUAND LES CHORALES TENTENT DE SE METTRE AU DIAPASON

En France, depuis une trentaine d’années les chorales se sont multipliées. Certains départements en compte aujourd’hui plus de cinquante. Avec ses 8 000 chorales dispersées sur le territoire, sans recenser tous les groupes non constitués en associations, nous obtenons environ 350 000 chanteurs amateurs. Constituées de passionnés, de nombreuses chorales amateurs possèdent toutes les qualités, le sérieux et les performances des professionnelles. La France n’est plus un désert choral. De quoi, vous l’avouerez, susciter l’organisation de nombreux concerts ! Et pourtant…


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On dit souvent que les pays qui réussissent bien dans la musique sont ceux où l'on apprend à chanter en même temps qu'à lire. Pauvre France qui déploie d’énormes moyens pour valoriser la culture musicale, mais qui est incapable d’en assumer pleinement le rôle éducatif qui lui incombe. Commencer par l’apprentissage des chansons populaires et traditionnelles serait certainement un bon début.

Cette pauvreté artistique ou cette négligence ne date pas d’aujourd’hui. Chez les compositeurs du 19e et 20e siècle, le chant choral a longtemps été considéré comme un parent pauvre de la musique d'orchestre. Le chœur était là juste pour la soutenir. Malgré la richesse musicale de l’école française, on négligeait l'enseignement du solfège aux futurs citoyens. Les œuvres de Debussy, Fauré, Poulenc ou Ravel enflammaient les salles de concert, mais réconciliaient rarement - souvent par manque de moyens et de volonté - les petits français à fréquenter les bancs des écoles de musique.

À partir des années 60, l’arrivée soudaine d’une société vouée à la consommation de masse a obligé les pouvoirs politiques français à revoir la question de la place de la musique dans la société. Ils ne pouvaient en être autrement. La musique devenait une manne économique et culturelle incontournable tout en n'ayant de cesse de communiquer. Elle carillonnait, et ne demandait qu’à s’épanouir si on consentait à lui donner les moyens.


LA RÉVOLUTION DU CHANT CHORAL

Le chant étant l’un des plus simples moyens pour s’exprimer musicalement avec les percussions, les Français se sont réconcilier avec lui. Sous les applaudissements d'un public enthousiaste, qui emplit, à chaque concert, les nefs des églises et des collégiales, se cache une nouvelle révolution, celle d’une soif chorale sans limite. La plupart des formations refusent du monde et il faut sans cesse en créer de nouvelles, ce qui n'est guère facile : du fait de son retard, la France manque encore de chefs de chœur.

Un homme est à l'origine de ce renouveau, le musicien et pédagogue César Geoffray. Après la Libération, il conçoit un livret de chansons harmonisées qui ne demande aucune connaissance musicale requise et qu'il intitule A Cœur Joie. De cette idée généreuse, vont naître des chorales de scout dans tout le pays. Elles seront bientôt 80 à prendre le nom de "Chorale à Cœur Joie". (1)

Aujourd’hui, "À Cœur Joie" fédère plus de 600 associations regroupant environ 20 000 chanteurs amateurs. La popularité est si grande qu’elle déborde en Belgique, au Canada et dans plusieurs pays francophones. Même les Anglais, pourtant connus pour leur flegme et leurs âpres différences, reprendront le principe de ces chorales chaleureuses sous le nom de "Sing for Pleasure".

Pour pimenter leur existence et partager le plaisir de chanter, les choristes ne se contentent pas de se réunir une ou deux fois par semaine pour répéter, ils trouvent également quelques compensations heureuses en se produisant un peu partout en France mais aussi à l’étranger. Eglise, esplanade, théâtre… sont autant de lieux qui servent de décor à l’élévation sonore d’une messe, d’un oratorio ou de quelques chansons populaires. À l’occasion, ils gravent des disques, participent à des festivals et à des concours nationaux et internationaux dans le seul but de consolider leur renommée. Evidemment, celui qui participe activement à la vie de la chorale se sacrifie toujours un peu. L’organisation de l’emploi du temps et des moyens de transport peut se révéler difficile quand ce sont plusieurs dizaines de choristes qui doivent converger à un même lieu et au même moment.

1 : A Cœur Joie organise régulièrement des sessions chorales couplées avec des voyages, des activités sportives. Sa manifestation la plus spectaculaire se déroule tous les trois ans à Vaison-la-Romaine.


CHANTER, UN PLAISIR EN VOIE DE DISPARITION

Pour beaucoup, ce plaisir de chanter vibre au-delà de la chorale et se répand à n’importe quel moment de la journée, parfois pour oublier les taches ménagères ennuyeuses, en voiture ou en écoutant un disque. En fait, c’est un besoin qui prend sa véritable justification surtout au moment des répétitions. C’est dans ces moments-là que l’on construit, que l’on avance et que l’on planifie les projets.

Pour le membre d’une chorale, chanter est un plaisir incomparable. C’est une échappatoire à une vie moderne souvent stressante et qui ne donne pas toujours l’occasion de se retrouver. L’homme « moderne » ne chante plus. Le maçon, l’artisan et le commerçant ne fredonnent plus leur air favori. À la place, c’est le transistor qui répand la même chanson aux quatre coins de l’hexagone. L’homme moderne vit en tournant ou en appuyant sur des boutons, et la magie s’opère : dans la journée, la musique s’élève du transistor, le soir c’est au tour de la télévision… quand ce n’est pas Internet qui consomme le maigre espace de temps réservé au silence !

Les veillées d’autrefois ont disparu et l’homme est devenu muet, entraînant à sa perte le chant naturel bienfaiteur, celui qui libère de l’intérieur les nombreuses tensions accumulées. Vous, moi, nous sommes tous responsables. Allez demander à une maman qu’elle vous chante deux ou trois berceuses et vous comprendrez à quel point le chant naturel a foutu le camp ! L’habitude de chanter s’est perdue petit à petit, presque naturellement, comme une fatalité. Même notre cher hymne national à semer ses paroles en route.

À l’école, où sont les enfants qui chantent aujourd’hui ? Passées les maternelles, les maîtres et maîtresses ont peur de s'aventurer. Quels sont les exemples qui pourraient encore frapper nos esprits endormis ? Nous avons oublié que le chant est une « arme » qui conduit à l’unité, à la créativité collective, capable de décupler la foi et l’héroïsme du combattant. Peut-être que dans quelques générations, quand des robots nous remplaceront, chanter deviendra peut-être un délit, une façon de semer le trouble, l’ordre établi. L’histoire, une fois de plus, pourrait étayer ces propos. Par le passé, les chants révolutionnaires comme les chants triviaux n’étaient-ils pas repris en chœur pour défendre une cause ou pour oser l’interdit ? En ayant perdu l’habitude de chanter, c’est le plaisir qui a été oublié en route. La multiplication des chorales est une sorte de contre-réaction à cette apathie, à cette asphyxie des temps modernes.


LE CHANT THÉRAPEUTIQUE

On chante aussi pour des raisons thérapeutiques. De nombreux médecins recommandent aux personnes angoissées de chanter au sein d’une chorale plutôt que de prendre des antidépresseurs. Le chant est un bon moyen pour se décontracter. Il a le pouvoir de canaliser le surplus d'énergie, de développer la capacité respiratoire et de fatiguer sainement le corps et l'esprit.

Chanter demande aussi un effort physique important, c'est pour cette raison que les chefs de chœur commencent toujours les répétitions par des exercices respiratoires. C’est un entraînement comparable à celui d'un sportif qui pratique des échauffements.

En plus d’apprendre à écouter son voisin – c’est préférable ! - la chorale développe une fonction sociale évidente qui conduit parfois à rencontrer l’âme sœur ou à consolider les liens familiaux et les liens d’amitiés. On y fréquente des gens issus de différents milieux : ouvrier, agriculteur, commerçant, chefs d'entreprise, médecin… La contamination existe, au point d’inviter une quelconque relation, qu’on aura entendue chanter un jour par hasard, à partager ce plaisir commun.

C’est vrai, la chorale est une communauté au chacun finit par connaître très bien son voisin ou sa voisine. Au moment de chanter, il faut toujours serrer les rangs pour que le chef de chœur n’entende pas vingt ou trente voix dissonantes s’élever, mais uniquement les pupitres des sopranos, altos, ténors et basses. Dans une chorale, on ne chante pas uniquement des notes, on doit être en mesure d’écouter son voisin comme le pianiste qui reste attentif au jeu distinct de ses deux mains.


LA CHORALE AMATEUR ET SON FONCTIONNEMENT

Pour rentrer dans une chorale amateur, on ne vous demandera pas d’avoir un bagage en solfège, l’important est ailleurs. Il faut d’abord oser se lancer, être curieux et ne pas penser que l’on chante faux. L’oreille cela se travaille avec un peu de volonté. Le chef de chœur est là pour vous aider et votre voisin ténor ou votre voisine soprano vous apportera quelques conseils utiles. Généralement, les phrases sont répétées jusqu’à qu’on soit en mesure de connaître par cœur la mélodie, les paroles et le rythme. Ensuite, vient le travail séparé de chaque pupitre (soprano, ténor…) avant de les superposer par groupe de deux ou en totalité.

Chez lui, le choriste a à sa disposition un enregistrement de la partie qu’il doit travailler. L’important est d’avoir le sentiment de progresser. Des chanteurs vont jusqu’à prendre des cours particuliers pour améliorer par exemple la justesse ou le contrôle de la respiration. Cependant, le but d’une chorale amateur n’est pas de favoriser les performances individuelles. Elle doit conserver un esprit collectif bon enfant. Le mot « élitiste » est à bannir du vocabulaire car il ne reflète pas l’objectif premier de ses participants : «  Chanter est un plaisir. ».

Chorale amateur n’est pas synonyme d’amateurisme. Il existe des stages de formation organisés principalement dans les centres polyphoniques régionaux. De là naissent parfois certaines ambitions, notamment chez certains chefs de chœurs qui, tout en gardant leur idéal et arguant du fait qu'ils sont musiciens de métier, exigent d'être rémunérés, ce qui entraîne les chorales dans des problèmes financiers. De fait, les cotisations annuelles sont plus élevées et dépassent parfois la somme rondelette de 100 euros pour chaque choriste. Ses cotisations sont prévues pour couvrir les frais de déplacement, l’achat de partitions et les assurances.

Vient ensuite le problème de l’acquisition de la salle de répétition. En province, la chorale bénéficie fréquemment de petites subventions municipales (que celle-ci soit une association ou faisant partie d’une école de musique indépendante). Par contre à Paris, il faut souvent la louer, et si aucune subvention n’est possible, reste le mécénat qui peut intervenir si la chorale jouit déjà d’une bonne réputation. A ce titre, France Télécom est l'un des plus solides soutiens d'ensembles vocaux.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 05/2015)

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