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PORTISHEAD, UNE BIOGRAPHIE EN FORME DE PORTRAIT

En 1994 sortait le premier album du groupe anglais Portishead. C’était la première fois que l’on entendait le chant torture de Beth Gibbons et la musique complexe de Geoff Barrow. Aujourd’hui, Portishead est devenu un groupe culte du trip hop au côté de Massive Attack.


DUMMY, LE TRIP HOP REVISITÉ

Portishead est une petite bourgade du Somerset situé à une vingtaine de kilomètres de Bristol en Angleterre. C’est là-bas, en 1991, dans une agence pour l’emploi que Geoff Barrow, musicien, rencontre Beth Gibbons, chanteuse. À cette époque, Barrow est assistant ingénieur du son et travaille à l’enregistrement du premier album de Massive Attack, Blue Lines. Mais pour ce natif de Portishead, le domaine sonore ne semble pas lui suffire, car le bonhomme a pleins d’idées créatives qui lui trottent dans la tête, et de là à monter son propre groupe, il n’y a qu’un pas... Portishead venait de naître.

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En 1993, leur première production s’articule autour d’une musique d'un court-métrage qui passera inaperçu (To Kill A Dead Man), sauf pour le label londonien 'Go! Discs' qui, séduit, leur fait signer un contrat. Le duo formé par Beth Gibbons et Geoff Barrow va être renforcé par la présence d’un guitariste et bassiste venu du jazz, Adrian Utley, du batteur Clive Deamer et de l’ingénieur du son Dave Mc Donald. L’année suivante sort un premier album Dummy

Album aphrodisiaque, semé d’ambiance mélancolique et indescriptible, l’album Dummy frappe les esprits. À la voix fragile de la chanteuse se mêlent des mélodies possessives soutenues par des sons samplés – dont l’emploi est encore récent – et des accords de piano Rhodes et d’orgue Hammond.

La pochette de l’album est une capture du court métrage To Kill A Dead Man (un film que vous pouvez visionner sur Internet). Barrow n’hésite pas à « pirater » quelques idées venues d’ailleurs : Isaac Hayes (Ike’s Rap II pour le titre Glory Box) ou Lalo Schiffrin (Danube Incident pour le titre Sour Times), et qu’il fond avec malice dans sa musique. Ces cartes de visite sonores vont propulser Dummy, qui va alors s’écouler à deux millions d’exemplaires. Le disque se vendra même très bien à l’export (150 000 exemplaires en Europe et aux États-Unis, avant même que le groupe ne vienne s’y produire). La presse se déchaîne pour louer leur performance, et du disque seront extraits trois singles : Numb, Sour Times et Glory Box.

Avec Dummy, le groupe Portishead devient le labo expérimental qui redéfini les lignes du trip hop et l'album sera considéré comme l’un des meilleurs disques du genre. Puis ce sera un long silence. Le groupe n’aimant pas fréquenter les médias, il tourne fort peu au regard de leur notoriété naissante. Portishead se retire alors de la scène pendant trois ans jusqu’à leur second album éponyme, Portishead, sorti en 1997. Le perfectionniste Barrow prend son temps. Chaque détail compte et il espère bien faire sensation avec ce second opus.


PORTISHEAD PAR PORTISHEAD

Portishead est un album moins velouté et plus complexe que le disque précédent. Malgré quelques bons titres, Portishead promène ses expérimentations aux frontières d’un trip hop que certains trouveront de moins bonne qualité. Pourtant, sur le fond, rien n’a changé. Le mode d’emploi est resté le même. Le groupe utilise toujours des samples et des scratchs. Le chant de Beth Gibbons est toujours aussi touchant, et si l’album possède des allures plus sombres, il n’en reste pas moins passionnant.

Certainement pour donner plus d’envergure à leur musique, pour gagner en profondeur et sonder d’autres territoires, en juillet 1997, Portishead se produit dans la salle Roselland Ballroom de New York avec des membres de l’orchestre philharmonique de New York. À cette occasion, de nouveaux arrangements de chansons récentes ou plus anciennes sont alors proposés au public. Immortalisé sur l’album Roseland NYC Live qui sort en 1998, la prestation de l’ensemble donne toute sa raison d’être au son de Portishead, grave et tout à la fois généreux (une version en DVD sortira en 2002). L'année 1998 s’achèvera par une suite de concerts dans divers festivals européens.


LES ANNÉES 2000, LES ANNÉES SOLO POUR PORTISHEAD

Les années 2000 vont devenir les années solos pour Portishead, malgré quelques rumeurs qui laissent courir qu’un troisième album est déjà en préparation en Australie. L’une des plus remarquables prestations de cette période est celle de Beth Gibbons avec l’album Out of Season en 2002, où sa voix, toujours aussi touchante et fragile, fait mouche. La chanteuse, à qui tout semble lui réussir, prolonge ses expériences musicales en collaborant avec des artistes comme Jane Birkin et Tom Jones.

C'est suite au ravage provoqué par le tsunami qui a frappé l’Asie du Sud, que le public retrouve Portishead en compagnie de Massive Attack. Les deux groupes se produisent alors pour un concert exceptionnel le 19 février 2005 à Londres en faveur des victimes. Suite au succès rencontré, le même concert sera reconduit le lendemain. Cependant, ce retour seulement provoqué par les évènements et qui annonce aux dires de Barrow la sortie d'un nouvel album maintes et maintes fois reportée, ne fait qu'alimenter les rumeurs...

En août 2006, si le groupe propose sur sa page MySpace deux titres (Key Borred 299 03 et Greek Jam) et s'il contribue à l’album rendant hommage à Serge Gainsbourg (Monsieur Gainsbourg Revisited) , ce n’est qu’en 2008, soit onze ans après leur second album studio, que Portishead publie Third. Plus expérimental, plus dense, Third séduit tous ces auditeurs qui attendaient, il va sans dire, avec une certaine impatience sa sortie. Pour la première fois de son histoire, le collectif de Portishead pénètre alors le top 10 des charts américains.

Le troisième album est aussi accessible que l’œuvre de Goethe, et même si les expérimentations du groupe rallient à leur cause tout le monde, la presse comme les fans, ce sera le dernier disque à être enregistré par le groupe. Depuis, Portishead se fait toujours aussi rare, même si occasionnellement il continue de se produire un peu partout en Europe (portishead.co). Entre-temps, le groupe aura eu la générosité de dévoiler un nouveau titre intitulé Chase the Tear, disponible en téléchargement légal, et dont les bénéfices sont directement reversés à Amnesty International.

D. Lugert (Cadence Info - 07/2015)


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