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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


GEORGES BIZET ET CARMEN, UN OPÉRA TRÈS POPULAIRE

L’opéra Carmen de Georges Bizet est certainement l’œuvre la plus connue du compositeur. Lorsqu’il tente de se faire applaudir comme auteur d’opéra-comique avec les Pêcheurs de Perles, Bizet rencontre un succès d’estime. Ce semi-échec sera contrebalancé par la musique de L’Arlésienne qui démontre les qualités de mélodiste et d’orchestrateur du compositeur (il suffit d’écouter le final de L’Arlésienne pour comprendre son écriture si nette, si claire, si franche).


CARMEN, LA RÉUSSITE D'UN OPÉRA GRAND PUBLIC

Georges Bizet était un jeune loup en possession d’un métier étourdissant. Pianiste remarquable, il était un lecteur infaillible capable de réduire à vue au piano une partition d’orchestre manuscrite avec une très grande facilité, sans oublier ses talents d’improvisateur qu’il partageait avec ses amis dans la fantaisie et l’humour. 


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Cependant, tout ce don naturel, cette facilité propre à Bizet ne caractérise pas l’image du créateur qui lutte, qui franchit un à un les obstacles et qui donne au génie les ailes de l’envol. Bizet ne connait pas les profondes angoisses du créateur face à la page blanche ou l’inquiétude qui développe et décuple ses forces en secouant les barreaux de sa prison. Le compositeur fera preuve pendant sa courte carrière d’un certain opportunisme, d’une docilité constante au contact de ses employeurs. Georges Bizet avait-il une certaine faiblesse de caractère, peut-être bien ! Cependant, on ne peut qu’être interloqué par sa facilité à mettre en musique des décors italiens, espagnols, égyptiens, ceylanais ou écossais. Sa musique, à travers sa singulière puissance de suggestion, a toujours su dépeindre une certaine poésie… Comment ne pas imaginer les décors provencaux en écoutant L’Arlésienne ou la lumière de l’Espagne quand le chant de la ‘Carmen’ s’élance ! Invention musicale d’un autre temps, sa musique a eu l’élégance de traverser les générations et de conserver aujourd’hui encore tout son éclat. 

GEROGES BIZET

Georges Bizet ne cherchait pas à déplaire, bien au contraire, son ego était satisfait quand son écriture répondait à l’attente du public. Personnage ‘commercial’ avant l’heure, il a mené sa carrière de compromis en compromis. Toujours à la recherche de commandes et peu critique face à la qualité des livrets qui lui ont été quelque part imposés, il ne faut pas s’étonner, que de son vivant, ses œuvres n’aient pas fait l’unanimité. Ainsi, ses concessions laissent entrevoir des morceaux parfois stéréotypées, cédant souvent au mirage d’une musique populaire et dont Carmen, à chaque page, en est un miroir fidèle.

En 1875, l’opéra Carmen est créé. La presse, sans être élogieuse, témoigne de la qualité artistique de l’œuvre. Malheureusement, trois mois plus tard, Georges Bizet décède sans avoir connu ni la gloire, ni la reconnaissance. Aujourd’hui, la grandeur du compositeur égale sa popularité. Les connaisseurs comme les profanes se retrouvent dans la musique de Carmen aux accents musicaux frais et tonifiants.


CARMEN… L’HISTOIRE

Le livret est inspiré d’une nouvelle de Prosper Mérimée et adapté par Meilhac et Halévy. L’action se déroule à Séville, dans une Espagne qui vit les premiers jours de sa constitution libérale. Alors que la musique de Carmen laisse échapper ses nombreuses mélodies sévillanes, comme souvent, l’histoire tourne autour de l’amour et de ses tourments, souvent dramatiques…

L’HISTOIRE : Malgré l’amour de sa fiancée Micaëla, le brigadier Don José ne peut se défaire de l’emprise de Carmen, ‘La Carmencita’. Emprisonnée après avoir blessé dans une manifestation une cigarière de la manufacture de tabac, Carmen s’échappe de prison, aidée par Don José … Ne pouvant résister à ce puissant amour, Don José déserte pour la suivre dans un refuge de gitans… Ensorcelé, il se bat au poignard avec Escamillo, son rival, un jeune torero. Seule la nouvelle agonie de sa mère l’éloignera un temps de Carmen qu’il ne retrouvera qu’au moment où son rival triomphera dans l’arène. Dès ce moment là, son désespoir laisse place à la colère. Carmen, qui ne l’aime plus, attise sa jalousie et quand elle veut rejoindre son toréador bien-aimé, que la foule applaudit, Don José la poignarde.


CARMEN… UN DRAME MUSICAL PLUS VRAI QUE NATURE

Si la musique de Carmen est devenu populaire, l’action, également, trouve dans ses décors toute sa justification, notamment lors des scènes populaires. Ainsi, la première scène illustre parfaitement l’atmosphère d’une Espagne écrasée par le soleil, quand les badauds sur la place de Séville flânent en attendant la relève de la garde. D’autres scènes, comme celles du cabaret et de la corrida, sont également les témoins de tout ce folklore si souvent décrit dans les livres.

Pour Georges Bizet, ces différents tableaux viennent en appui pour servir sa musique. La tragédie romanesque est bien là avec son caractère typiquement espagnol. Sa musique illustre avec une grande précision le drame et campe avec franchise les personnages… Carmen, Don José et Escamillo se dessinent dans la clarté des mélodies et des rythmes.

Le succès de Carmen provient du nombre important de thèmes que l’on croirait espagnols, alors qu’un seul (le thème de Habanera) est véritablement emprunté au folklore. La musique de Georges Bizet crée l’émotion mais également l’illusion avec ses orchestrations. En effet, tous les morceaux écrits par le compositeur l’ont été sans qu’il foule le sol où se situe l’action. Bizet aura eu cette capacité musicale de faire croire à tout le monde le contraire, tellement le résultat sonore paraît authentique… L’atmosphère musicale décrite par les deux compagnes de Carmen, tirant les cartes, l’air fameux du Toréador, mais également les danses bohémiennes que ponctuent les castagnettes et la séguedille qui fait tourner la tête à Don José sont autant d’atouts, de cartes maîtresses que dépeint avec brio sa musique. De même, la description précise des différentes scènes du livret et de leur vie intérieure viennent renforcer l’unicité musicale de Carmen.

Quoique non wagnérien, Georges Bizet utilise le leitmotiv, comme le thème de la fatalité qui personnifie Carmen et qui fait présager tout le long de l’opéra le tragique dénouement. La tragédie suit son chemin avec ses moments de doutes, de désespoir comme d’espoir. Dès l’ouverture Don José entonne un chant aux couleurs inquiétantes, alors que l’apparition de Carmen prend des allures provocantes. La scène des cartes laisse augurer des présages de malheur qu’illustrent la scène finale, lorsque Don José, fou de jalousie, finit par poignarder Carmen (son abattement le conduira à se livrer à la foule en colère). Don José campe un personnage qui montre Carmen tour à tour instrument et victime de la fatalité.


LA HABANERA ET L’AIR DU TOREADOR

L’amour est enfant de bohème’ caractérise en quelques mots la légèreté de l’âme de Carmen. La ‘Habanera’ est la mélodie la plus connue. Elle symbolise Carmen, repoussant les galants qui tentent de la courtiser.

La ‘Habanera‘, traduite en français par la havanaise, a ses origines dans la danse. Elle se déploie librement sur un rythme d’une mesure à deux temps. Tout le long de la Habanera, ce rythme s’installe de façon continuelle et introduit ainsi son caractère lascif.

L’air du ‘Toréador‘ s’entend dans la taverne de Lillas Pastia, lieu de rendez-vous des gitans et des contrebandiers. Quand Escamillo pénètre dans la taverne, il répond à l’acclamation des clients en chantant l’air célèbre exaltant les dangers de l’arène et les triomphes de l’amour.

La mélodie charpentée comme son rythme marqué donne à l’air du ‘Toréador‘ des allures de marche triomphale, comme un soldat victorieux qui proclamerait, à qui veut l’entendre, le courage, la bravoure, dont il a fait preuve. Georges Bizet, pour donner encore plus de poids à l’événement qui vient d’arriver, fait intervenir en réponse au chant d’Escamillo le chœur des gitans entre les couplets.


LA MORT DE CARMEN COMME SCÈNE FINALE

AFFICHE CARMEN - FRANCESCO ROSI

L’originalité de la scène finale de Carmen est de conduire deux actions à la fois. La première se déroule dans l’arène de la corrida où une ambiance surchauffée honore le triomphe d’Escamillo, tandis que derrière les barricades se joue une autre scène plus émouvante, portée par un dialogue incisif entre Carmen et Don José. Au fur et à mesure que les acclamations montent de l’arène, le dialogue entre Carmen et Don José se veut plus vif. Le ton monte au moment au Carmen décide d’aller rejoindre Escamillo dans l’arène. Don José l’arrête, alors que les fanfares annoncent la victoire d’Escamillo. Don José poignarde alors Carmen, et Georges Bizet, pour souligner toute la dramaturgie de la scène finale, laisse alors résonner tout la puissance de l’orchestre saluant le thème final de la ‘Carmencita’.


LE CARMEN DE BIZET… UNE ŒUVRE SOUVENT ADAPTÉE

Depuis sa création, Carmen a été de nombreuses fois produites sur scène et continue aujourd’hui encore de l’être pour le grand plaisir des amateurs d’opéra. Chaque représentation donne lieu, le plus souvent, à de nombreux échos dans la presse. Le cinéma a trouvé également dans le sujet, comme dans la musique, les moyens d’illustrer l’opéra de Bizet à sa convenance. Les nombreuses versions réalisés depuis 1915 sont très inégales. Si celle de Charlie Chaplin en version muette laisse éclater la drôlerie, d’autres versions sont plus sombres, voire tragiquement sombre !

La version la plus populaire est celle de Francesco Rosi, sortie en 1984, et qui montre à l’écran une Julia Migenes-Johnson aussi aguichante, sauvageonne qu’espiègle dans le rôle de Carmen. Face à elle, Plácido Domingo campe le personnage de Don José, un être voué à sa cause et qu’elle va torturer jusqu’au moment tragique, jusqu’au moment où l’amour qu’il lui porte ne sera plus capable de lire dans ses yeux autre chose que de l’indifférence…

Par Elian Jougla (Cadence Info - 03/2011)


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