ROCK, POP, ELECTRO...


LA MUSIQUE GRUNGE ET SON HISTOIRE, UN STYLE ÉPHÉMÈRE DES ANNÉES 80

Née au cœur des années 80 à l'initiative de Bruce Pavitt et Jonathan Poneman, la musique grunge viendra à point nommé pour contre-attaquer le rock gothique anglais. Des groupes comme Nirvana, Melvins, Soundgarden ou Supersuckers, populariseront le son rudimentaire et paresseux de cette musique balançant entre metal et punk.


UN CERTAIN LABEL "SUB POP"


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Au début des années 80, un bouillonnement musical commence à pointer le bout de son nez à Olympia et à Seattle dans l'État de Washington. Alors que les rythmes issus du rock gothique anglais prospèrent, intellectuel peut-être mais lugubre certainement, quelques musiciens influencés par « l'école punk » décide de passer à l'offensive. Des fanzines tels que Atrophy, Op, Desesperate Time, les labels K-Records, C/Z Records ou encore les radios KAOS et KCMU font surgir des groupes aussi violents qu'éphémères. Une vague de démos plus ou moins improbables produites avec seulement quelques dollars en poche font leur apparition. Des dizaines de groupes s'activent dans leur coin et un mouvement prend forme.

En 1986, le promotteur de spectacles Jonathan Poneman et le journaliste Bruce Pavitt s'associent pour fonder le label "Sub Pop" à Seattle, du nom du fanzine Subterranean Pop. Aussitôt, une compilation est éditée sous le titre Sub Pop 100 avec notamment des artistes de rock indépendant tels que Sonic Youth, Skinny Puppy ou U-Men. La parution de cette "compil" sera, pour nombre d'entre eux, une première rampe de lancement. Quant à la suivante (Sub Pop 200 - 1988), elle sera déterminante à la mise en route définitive du mouvement et pour tous ceux qui en feront partie, à l'exemple de Nirvana, Soundgarden ou Screaming Trees.

C'est le "Tacoma News Tribune" qui va s'intéresser le premier au développement artistique du label "Sub Pop" en 1988. Jonathan Poneman et Bruce Pavitt ont un certain flair. Outre celui d'être de redoutables chefs d'entreprise, ils n'ont pas peur d'affronter les structures établies du showbiz américain. Le point fort de leur label est d'apporter une image artistique visuelle attrayante répondant à l'attitude rebelle du mouvement qu'ils cherchent à défendre. Leur stratégie commerciale prend forme en produisant le plus souvent des pochettes en noir et blanc, sombres et tranchantes, accompagnées d'une production de vinyles collectors et de compilations à édition limitée.


"GRUNGE", NAISSANCE D'UN MOT TRÈS SALE

C'est grâce au producteur Jack Endino et au studio "Reciprocal Recordings" que naissent en 1987 les disques Screaming Live de Soundgarden et Dry As A Bone des Green River (groupe composé des futurs membres de Pearl Jam et de Mudhoney). « J'avais besoin d'une accroche pour présenter le disque de Green River. Comme ils s'habillaient comme des dodos et que leur son de guitare était très sale, j'ai cherché un mot qui symbolise tout ça. "Grunge" sonnait juste... » devait déclarer Bruce Pavitt en 1993 à Rock et Folk.

Grunge désigne, à l'origine, les mycoses entre les doigts de pied. Le mot n'est certainement pas flatteur, toutefois, artistiquement, il prend un tout autre sens en désignant à la fois une musique située entre le désespoir et l'énergie. Bien souvent, les chansons de Nirvana revendiquent ainsi un refus du matérialisme et des règles de bonne conduite, voire des responsabilités ; la pochette de leur album Nevermind (1991) l'exprime parfaitement en montrant un bébé sous l'eau perverti par la puissance du dollar. Kurt Cobain, le leader de Nirvana, tire ainsi le signal d'un véritable appel à la contre-culture.


"GRUNGE" ET GÉNÉRATION X

De Seattle, un mélange de pessimisme, de désenchantement et de sauvagerie émane de la majorité des groupes. Les musiciens qui les composent sont des blancs issus du « petit peuple ». Ayant commencé dans le désintérêt général, ils doivent désormais apprendre à gérer le succès. Face à eux  la génération X, une jeunesse désillusionnée née à cheval des années 60/70 et qui, tout en ayant réussi à engranger des millions de dollars, trouve dans ce punk frêle et fêlé une certaine réponse à leur existence.

Entre apathie et puissance, passivité et agressivité, la musique grunge rythme le vécu. Moins rapide que le "Hardcore", le "Grunge" plonge ses racines locales dans le rock garage des années 60, des Standells au Velvet Underground, sans oublier les chansons de Neil Young, mentor incontestable et respecté.

Pour la majorité des groupes, le premier album des Melvins, Gluey Porch Treatments (1987) est « LA » référence, le point de départ en ce qui concerne l'expérimentation sonore. À l'écoute, la musique sonne le retour du rock abrasif et hargneux. Le son saturé est à son maximum, les musiciens sont inappliqués tandis que les notes d'une basse prédominante accentuent le côté paresseux et languissant de leur musique.

Portées entre autres par le succès de Nirvana, d'autres formations sauront s'affirmer et populariser ce son rudimentaire, notamment le groupe Mudhoney avec son simple Touch Me l'm Sick (1987) qui fera l'effet d'une bombe.


MODE FULGURANTE MAIS ÉPHÉMÈRE

Le mouvement ayant vite dépassé les frontières de l'État de Washington, de nombreux majors vont flairer la bonne affaire. Nirvana, qui avait vendu près de 300 000 albums avec Sub Pop, signe chez Geffen, tout comme Mudhoney et, plus tard, Hole. La plupart des groupes ralliés au "Grunge" déserte alors le circuit alternatif et intégre une major qui met à leur disposition le circuit promotionnel nécessaire à leur expansion et popularité.


GREEN RIVER : BABY TAKES


Le "Grunge" aura séduit en un temps record l'industrie du disque, mais aussi celle du spectacle et de la mode. Partout, des top models en guenilles s'affichent en couverture des magazines branchés. On peut tout à coup s'acheter un look grunge à "La Redoute". Dès lors, on évoque l'effervescence d'une « culture grunge »... tandis que ses "héros" se noient dans des océans de bière et mettent à sac leurs chambres d'hôtel. De nos jours et beaucoup d'héroïne plus tard, le mot « grunge » n'est plus dans la bouche que de quelques fans animés par la rage ou le désespoir. La mode « grunge » s'est éteinte, mais peut-être pas la flamme qui l'avait animée.

Par A. Gil (Cadence Info - 10/2019)


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