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ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


LE HEAVY METAL ET SON HISTOIRE, DU SOMBRE AU TRANSGRESSIF

Ils sont là dans la salle, fans par milliers, avec leur tête qui bouge dans tous les sens, cheveux longs ou pas, à l’écoute d’une musique qui se propage depuis plus de 40 ans comme une traînée de poudre, le heavy metal. Jamais vraiment à la mode, cette musique ne s’est pourtant jamais développée en souterrain. Malgré les critiques, les polémiques ou les caricatures, le metal s’est imposé jusqu’à contaminer les styles qui le combattaient. Que celui qui n’a jamais écouté un morceau de hard rock ou de heavy metal lève le doigt !


LA COULEUR DU HEAVY METAL


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Le heavy metal a créé dans son sillage une véritable communauté de fans, avec ses codes, ses rites, ses dieux vivants. Une religion qui ne s’embarrasse pas de superlatifs, projetant fureur et agressivité jusqu’à l’excès ; une façon de montrer la violence de façon théâtrale. De Black Sabbath à AC/DC jusqu’à Metallica ou les Guns N’ Roses, le heavy metal a imposé ses styles.

Quelques questions bien innocentes s'imposent. Pourquoi le heavy metal est apparu au début des années 70 et comment a-t-il envahi peu à peu la culture populaire ? Comment a-t-il construit une communauté de fans aussi soudée ?

Certains spécialistes prétendent que le premier morceau à posséder la couleur du heavy metal serait You Really Got Me des Kinks en 1964. Certes le son de guitare saturé est déjà là ainsi que les riffs taillés au couteau, mais est-ce vraiment du heavy  ? Si l’on écoute la même chanson sortie 14 ans plus tard par Van Halen, celle-ci ne sonne plus vraiment de la même façon...

Le gros son qui caractérise le heavy est arrivé pour imposer sa loi avec un tempo qui ne cesse de jouer la surenchère. Les guitares rugissent et les watts s’alourdissent. Nous sommes en 1978 et depuis presque 10 ans, le hard rock a commencé à envahir le paysage musical en profondeur. Le hard rock des débuts, qui faisait la part belle aux mélodies, s’est petit à petit orienté vers un déluge de technique dont Van Halen, côté guitare, a été le premier représentant.


LED ZEPPELIN, OF COURSE !

Pour comprendre l’origine de ce mouvement musical, il faut tout d'abord remonter à la toute fin des années 60, quand quelques groupes fondateurs vont marquer dans le marbre le son du heavy metal. On pense tout de suite à Led Zeppelin et on enterre aussitôt l’épopée des Beatles et le monde hippie. Un autre son vient de naître, une autre façon de chanter aussi. Led Zeppelin est la nouvelle sensation rock du début des années 70.

C’est tellement neuf que les compositions sophistiquées laissent perplexes les médias anglais. Dès lors, lors des interviews, de drôles de questions fusent et provoquent chez les musiciens du groupe rires et étonnements. Led Zeppelin va justifier la logique du bruit et de la fureur dans un condensé sonore de quelques minutes. Jimmy Page et Robert Plant deviennent les nouvelles stars d'un rock en pleine mutation.

Led Zep sera le premier groupe à définir les contours du style hard rock, à savoir : une voix haut perchée, quelques cris et une guitare forcément bruyante. Led Zeppelin mettra fin à sa carrière en 1980 suite au décès de son batteur.

La brusque augmentation de volume que Led Zep a imposée n’est pas un hasard, c’est le fruit des crispations de la société de l’époque, une révolte contre l’ordre établie d’après 68. L’énergie de l’outrance, enrobée d’une créativité féconde, a justifié pleinement l’envol de cette musique. Le hard rock rentre en révolte contre une société conservatrice mais également contre un rock aseptisé, trop sage et convenu.

À la même époque, l’autre groupe star est Deep Purple dont le riff de guitare joué par Ritchie Blackmore sur Smoke On The Water suffit à évoquer l’identité musicale du groupe. Deep Purple, qui continuent encore aujourd’hui de se produire sur scène, a suscité chez les jeunes musiciens des années 70 bien des vocations ; le batteur de Metallica, Lars Ulrich, fut un de ceux-là.


LE HEAVY METAL, DU SOMBRE ET DU SATANIQUE

Si le son du heavy metal se défini progressivement avec Led Zeppelin et Deep Purple, c’est une autre formation, là aussi anglaise, qui va imposer son imagerie, Black Sabbath amené par Ozzy Osbourne. Les Black Sabbath seront les premiers à faire mouche auprès d’ados en jouant des « songs » sombres et sataniques ; un véritable revers pour ceux qui portaient encore les fleurs en estime !

BLACK SABBATH

Les Black Sabbath sont à la source de ce que seront par la suite les styles Black metal, Death metal et autre intitulé. L’imagerie diabolique, tendancieuse et forcément interdite attire, et quand Black Sabbath implore les ténèbres, ils ne font que porter musicalement ce qui, dans le cinéma, fait déjà fureur : Massacre à la tronçonneuse, Rosemary’s Baby, Vendredi 13, etc. Le message est clair : la musique doit aussi faire peur que le cinéma effraie. Les pochettes de Black Sabbath sont sans équivoques et illustrent parfaitement ce que l’auditeur pourra entendre une fois le pick-up posé sur le disque.

En surfant sur une imagerie ambivalente et en enfonçant le clou album après album, Black Sabbath rentrera par la grande porte dans l’histoire du heavy metal. Plus de 30 ans après, le magicien Ozzy Osbourne continue de chanter et demeure pour les fans la figure emblématique du mouvement. A-t-il vendu son âme au diable ? Peut-être bien ! En tout cas, l’aventure continue…


DE L’AUTRE CÔTÉ DE L’ATLANTIQUE, IL Y A KISS

De l’autre côté de l’Atlantique, des artistes vont aussi se mettre à durcir leur son et leur image pour ancrer le hard rock dans un univers visuel totalement neuf et à part, un univers dans lequel va s’engouffrer une communauté de fans tout entière dévouée à la cause du heavy.

Dans les années 70, un drôle de personnage va se faire remarquer, c’est Alice Cooper. Dès 1973, ses concerts ressemblent à des pièces de théâtre sanguinolentes (illustrées parfois par de fausses décapitations ou de fausses pendaisons). La provocation est sur scène comme jamais, tout comme le « gignolesque » qui n’est jamais bien loin.

KISS

Côté groupe, le premier à être remarqué pour avoir transporter le heavy metal dans le royaume du cirque et du business n'est autre que Kiss. Peinturluré de la tête au pied avec des tenus improbables, Kiss sera le premier groupe à valoriser le jeu scénique comme étant l’atout majeur du nouveau heavy metal. Mais ce n'est pas tout ! Avec Kiss, la grande messe des shows prend un nouvel essor en étant associé à un merchandising effréné. Dès lors, le heavy metal s’accompagne de produits à l’effigie de ses stars : jeux, bibelots, figurines, etc. Pour de nombreux groupes, ce business deviendra le moyen le plus efficace et rentable pour accompagner toute sorte de promotion : disque, passage radio, concert...

Ce merchandising lancé par Kiss devient rapidement la culture indispensable pour pérenniser la communauté metal qui ne cesse de grossir. Tout se conserve, du billet de concert aux magazines spécialisés en passant par le tee-shirt ou le poster. Aux concerts pharaoniques et aux images ténébreuses vient se rajouter une richesse de produits dédicacés. Les nouveaux groupes de métal ont ainsi à leur disposition de nombreux moyens pour communiquer avec leur public et faire parler d’eux. Néanmoins, les groupes de métal sont confrontés à un paradoxe, car malgré les millions de disques vendus, les concerts qui font salles combles, les médias refusent de s’étaler sur leur prospérité et leur actualité.


LA FAUSSE/BONNE IMAGE DU HEAVY METAL

Le heavy metal est confronté à l’image renvoyée par ses acteurs. Catalogué simples d’esprit ou perçus comme des individus dangereux ou instables, les musiciens ou chanteurs de heavy metal n’ont pas bonne presse. Les médias se sont opposés pendant des années à voir ou à ignorer dans le hard et le heavy la source d’une véritable culture à défaut d’y trouver une authentique musique. Le plus souvent, c’est sous le couvert de la dérision que les commentaires s'étalent. Dans la presse, les mauvaises critiques ne manquent pas que ce soit à l’occasion de la sortie d’un disque ou d’une tournée.

Dans les années 70 et au-delà, les artistes de hard rock ont toujours vécu leur art en étant partagés entre une presse méprisante, qui ne comprenait pas leur musique, et une jeunesse conquise par leurs shows dantesques.

Les groupes Iron Maiden, Judas Priest et Motörhead ont eu une grande importance dans l'histoire du heavy metal. Lemmy Kilmister, le bassiste chanteur de Motörhead décédé récemment, était une des personnalités les plus respectés et peut-être la plus rock’n’roll du hard rock. Ces artistes qui vouent éternellement leur cause à cet art scénique produisent auprès de nombreux jeunes des prises de position sur un mode de vie auquel ils croient. Le metal a fabriqué une société imbriquée dans une autre société sans être vraiment à la marge du système économique, mais une société authentique qui conduit à de la fidélité.


AC/DC AU TOURNANT DES ANNEES 80

Mode vestimentaire à part, courant musical passé sous silence par les médias généralistes, le hard rock se développe à contre-courant tout au long des années 70, créant dans son sillage une armée de fans prête à tout pour défendre la cause ; des adeptes d’une religion noire facilement reconnaissable.

Mais à la fin des années 70, les codes changent quand arrive Judas Priest. Le look se radicalise. Les costumes imposent le cuir et les ceintures à clous. De là à ce que chaînes et fouet suivent, il n’y a qu’un pas ! Avec Judas Priest, le public pouvait voir et entendre quelque chose de particulier. Durcissement du son, radicalisation du look, Iron Maiden sera l'autre groupe à définir le metal à la fin des années 70.

Quand arrive les années 80, les fans assistent médusés à un tout autre spectacle sur scène… Les musiciens d'AC/DC branchent les amplis, et les décibels s’envolent… tout comme leur musique qui se propage enfin dans les médias généralistes. La chanson Highway to Hell ouvre la voie. Malheureusement leur chanteur Bon Scott décède quelques mois après, suite à un coma éthylique. Brian Johnson le remplace et le groupe sort un nouvel album Back in Black qui va faire la différence grâce à des titres comme Hells Bells ou You Shook Me All Night Long.

Back in Black, le 7e opus d’AC/DC, va devenir le deuxième album le plus vendu de l’histoire de la musique après Thriller de Michael Jackson. Le hard rock est en train d’envahir la planète !

AC/DC

C’est donc AC/DC, groupe inclassable venu d’Australie et n’utilisant pas l’imagerie habituelle des groupes de metal, qui place dès le début des années 80 le hard rock au centre de toutes les attentions. Dès lors les tubes s’enchaînent à l’image de Thunderstruck avec une mise en place exemplaire et un groove bien présent.

AC/DC n’est pas le seul groupe de cette époque à avoir placé le hard rock sur le devant de la scène. L’arrivée d’un nouveau média va propulser cette musique dans une autre sphère : la vidéo et sa cohorte de clips, que des chaînes spécialisées comme MTV - ou M6 en France - vont s’empresser de diffuser. Sans crier gare, le vidéo-clip va révolutionner en un temps record l’image du hard auprès des médias et des sponsors.

L’arrivée de chaînes musicales et leur insatiable besoin de clips va permettre à de nouveaux groupes de métal de diffuser leur musique comme jamais auparavant. C’est ainsi que les formations Mötley Crüe ou Twisted Sister bénéficieront des avantages de la vidéo sans prendre trop de risques du point de vue musical. L’usage de la vidéo pousse également les groupes à adopter d’autres tenues vestimentaires bien plus « conventionnelles », ce qui va attirer une toute autre clientèle, notamment féminine.


LE TEMPS DES SLOWS

Les années 80 coïncident avec l’époque des grands slows. Ces musiques à danser vont permettre à des groupes de hard d’accéder aux hits. Le grand public ne connaîtra vraiment jamais le répertoire de Scorpion, mais il connaîtra forcément Still Loving You (1984) ou Wind of Change (1990). Une aubaine dans laquelle de nombreux groupes s’engouffreront, alternant à leur répertoire musclé quelques sirupeuses mélodies comme Don’ Cry par Guns N’ Roses (1991), groupe OVNI de la scène hard, ou Nothing Emse Matters (1984) par Metallica, alors considéré comme la référence du Trash metal.

Mais voilà, quand la mélodie prend trop de hauteur, elle fait grincer quelques dents ! Pour le metal, c’est la fin de l’âge d’or. La décennie entière aura été certes marquée par de nombreux passages sur les ondes, mais aussi par trop de récupérations à des fins publicitaires, de la boisson aux assurances jusqu'aux parfums. Les vrais « glorieuses » du métal s’achèvent avec l’arrivée des années 90. Le hard rock aura beau vouloir s’installer avec force dans la décennie suivante, cela ne va pas empêcher ses détracteurs de se déchaîner contre lui. Le mal est déjà fait !


LA FIN D'UN RÈGNE

Une des polémiques célèbres explose au moment où le groupe Judas Priest est en procès pour sa chanson Better By You Better Than Me, censée contenir le message subliminal « Do It » (Fait-le) quand on passe la bande à l’envers. Pour certains, un tel message ne peut être qu’une incitation au suicide. La musique metal retrouve ses vieux démons. Elle intrigue toujours et ne trouve pas de réponses sans produire quelques équivoques. Finalement, les membres de Judas Priest seront disculpés, mais la polémique qui consiste à écouter un disque de metal à l’envers pour y trouver des messages aussi subliminaux que dangereux pour la jeunesse perdurera.

Les incitations à la violence ne seront pas les seuls reproches que la musique metal subira. Un autre amalgame voit le jour quelque temps après et qui consiste à mélanger hard rock et extrême droite. La particularité de la police de caractère des deux « S » accolés sur les pochettes ou sur scène au nom du groupe Kiss suffira à enflammer la mèche en faisant penser au nazisme.

Un hasard, une extravagance ou un coup médiatique pour faire parler de soi ? Reste qu’en Scandinavie, une poignée d’illuminés adeptes du Black metal se sont adonnés à des pratiques plus que douteuses : incendies d’églises, violences physiques... Heureusement, le metal en a vu d’autres, et sa flamme n’est pas pour autant éteinte. Un groupe, un seul, va l’éjecter de son piédestal…


NIRVANA AND Co

En 1991, Nirvana conduit par le single Smells Like A Teen Spirit et l’album Nevermind (1991) va ringardiser d’un coup le heavy metal. Kurt Cobain donne le coup de sifflet final au solo de guitare à rallonge, aux tenues improbables et aux styles posés. Nirvana impose un rock violent mais débarrassé de tout artifice. La musique se recentre sur elle-même. Le grand cirque que proposait alors le heavy metal se trouve ringardisé. La sanction tombe. Ce qui constituait la force devient faiblesse. Nirvana va réussir, sans le vouloir, à éparpiller comme les pièces d’un puzzle la scène heavy metal, qui va alors se disperser en une multitude de courant. Il suffit de parcourir la page Wikipedia sur les styles heavy metal pour comprendre le malaise !

Les années 90 marquent le tournant d’une musique heavy jouant de plus en plus vite, de plus en plus fort, avec des paroles toujours plus violentes et des déguisements extrêmes. Citons : Slipknot (Sulfur – 2009) ou Sepultura (Convicted In Life – 2006) pour s’en convaincre. Leur seul point en commun est de produire du rentre dedans pour contrebalancer ce qui existe ailleurs. Le message est direct, mais pas toujours limpide pour un non initié.

Au-dessus de cette mêlé de groupes radicaux sortent quelques artistes connus du grand public, tels Eagle Vision ou Marilyn Manson qui s’inscrit dans la droite ligne d’Alice Cooper ou de Kiss ; c'est aujourd'hui l’une des superstars du genre, bien que son succès soit loin de faire l’unanimité.


QUAND LES ANCIENS REPRENNENT DU SERVICE

Même après 30 ans d’existence, malgré les hauts et les bas de leur carrière, quand Metallica part en tournée et qu’il fait étape dans l’hexagone cela se passe au Stade de France devant 75 000 personnes. Metallica, montre sacré du metal et Dieu du stade, est loin d’être le seul groupe à faire trembler les murs : Iron Maïden, Black Sabbath, Kiss, Alice Cooper, les Guns N’Roses n’ont pas encore rendu les armes. De leur côté, Deep Purple s'est reformé. Tous les groupes historiques sont encore là ou presque. Des formations à la longévité et aux succès exceptionnels. Constitués de sexagénaires, voire de septuagénaires, ces groupes tentent comme autrefois de déployer une énergie inouïe pour que la magie d’hier opère de nouveau. Ils sont les monstres sacrés du metal, mais pour combien de temps encore ?

L’avenir du hard rock n’est pas encore écrit, mais s’il prend corps, il le fera sous d’autres feux, avec d’autres valeurs qui feront oublier les AC/DC, Deep Purple ou Guns N’ Roses. Qui seront les locomotives de demain ? Seul fait inquiétant, depuis vingt ans aucun groupe récent n’a percé auprès du public. Une chose est sûre, le heavy metal n’a jamais eu besoin de rien ni de personne pour tracer son sillon singulier dans la musique contemporaine. Seul le vrai, l’authentique percera.

Par D. Lugert (01/2016)
(Source : François Chaumont - Les monstres sacrés du rock – 2012)

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