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VAN HALEN, DISPARITION D’UNE LÉGENDE DE LA GUITARE METAL

Eddie Van Halen est pour de nombreux guitaristes de rock celui qui renouvela le langage technique de l’instrument. Ses prouesses comme son inventivité sont encore bien vivantes comme au premier jour…


EDDIE VAN HALEN, UN « GUITAR HERO » AVANT L’HEURE

La musique rock est en deuil, car elle vient de perdre l’un des meilleurs guitaristes de tous les temps : Eddie Van Halen. Rendre hommage à ce musicien disparu le 6 octobre 2020 à l’âge de 65 ans n’est que justice, car si le personnage avait doucement glissé de la popularité avec son groupe de metal vers un anonymat forcé à cause de la maladie qui le rongeait (un cancer de la gorge), ses « interventions guitaristiques » resteront à jamais gravées dans l’histoire de la Rock-Music.


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Issu de son premier album, la simple écoute du titre Eruption (1978) permet de se rendre compte en un instant du déploiement polytechnique qu’il faisait preuve sans donner l’impression d’être limité quelque part. Sur scène, Van Halen était unique et un second guitariste ne s’imposait pas !

© Anirudh Koul - Eddie Van Halen (10/2007 - Montreal, Canada)

Le guitariste avec son langage musical hors-norme était pour l’amateur de hard-rock, et par extension celui du metal, un véritable 'guitar hero'. Sa décoiffante virtuosité alliée à différentes techniques brevetés par ses soins - dont le tapping reste l’exemple le plus frappant – seront à jamais gravé dans les manuels d’apprentissage du guitariste de rock… par extension !

En France, le club de foot de l’Olympique de Marseille aura le privilège de faire résonner le titre Jump dans le stade à l’entrée de ses joueurs. Preuve, s’il en est, que derrière le mur de décibel qu’imposait le titre, le public percevait toute la singularité musicale de sa musique ; une osmose qui unie à la noblesse du sport, les qualités d’un hymne musical sportif parmi les plus représentatifs de ces quarante dernières années avec le We are the champions du groupe Queen (l’OM, dans un tweet, adressera ses plus sincères condoléances à sa famille et ses proches).


EDDIE VAN HALEN : 'JUMP' (1983)

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En 1983, Jump c’est surtout un tube planétaire représentatif du nouveau son hard-rock. Lors de son introduction, le titre impose le timbre puissant d’un synthétiseur ravageur avec son riff tout de suite reconnaissable. Jump se démarque et se remarque tout de suite. Sur scène, les musiciens ne se prennent pas au sérieux. C’est comme un jeu où chacun est gagnant. Entre pirouettes, cheveux longs et déguisements, le gros son est bien là, mais il ne suffit plus à satisfaire le langage du hard qui doit se réinventer.

Cela tombe bien, car l’arrivée d’Eddie Van Halen dans le paysage musical va faire du bien en aérant et en repoussant les dimensions du hard qui avait tendance à tourner en rond. Dès lors, le guitariste va rapidement devenir un symbole, tout en ne prenant pas conscience réellement de sa portée populaire auprès des guitaristes de rock qui, du débutant au chevronné, verront en lui bien plus qu’un simple guitariste de rock.


UN NOUVEAU SON, UN NOUVEAU JEU

Finalement, peut-être est-il grossier et réducteur d'évoquer que le titre Jump et dans une moindre mesure Eruption. Nous le savons tous, suite à la disparition d’un grand artiste, nous ne retenons que ses grandes « frasques » ou quelques événements et étapes capitales de sa carrière. Pour l’amateur de hard-rock, Eddie Van Halen reste surtout un virtuose de l’instrument, au même titre que ce que la musique classique découvre régulièrement et qu’elle cherche à imposer. Mais là où cette dernière cherche à perfectionner une ligne directrice déjà établie, le guitariste créera du neuf en s’affranchissant des limites qu’impose le style. Chez lui, l’improvisation est un dialogue magique avec l'impalpable, l’irrévérencieux si cela offre de nouvelles perspectives.

Van Halen a consacré toute sa vie à la musique. Fondateur du groupe californien qui porte son nom, au côté de son frère Alex, batteur, les quatre musiciens jouaient avec leur tripe et leur cœur, mais c’était surtout Eddie qui les stimulait. En 1992, lors d’une interview sur une chaîne américaine, à la question du journaliste « Comment définiriez-vous la musique de Van Halen  ? », Eddie répondra « C’est du rock’n’roll brut qui vient du cœur. Beaucoup de gens pensent que tout est calculé, mais ce n’est vraiment pas le cas… On est les rois de l’improvisation. ».

Un extra-terrestre du rock, un Dieu de la guitare qui, deux ans avant Jump, avait enregistré un autre titre mondialement connu à bien des égards : Beat It chanté par Michael Jackson (album Thriller) ; un tube réalisé en collaboration avec le chanteur et pour lequel le guitariste n’avait pas cru au départ, tellement c’était énorme… À l’écoute, le solo de guitare tranche en effet sur le reste de la production. Son intervention ne passera pas inaperçue. Folie, démesure, un talent incroyable fait surface. Le jeu est tantôt ‘In’, tantôt ‘Out’, mais quelque part indéfinissable. Une légende rapportera que le compositeur du titre, le maître Quincy Jones, appela Van Halen et lui dit « Bonjour, c’est Quincy Jones » et Van Halen lui répondra «  Eh bien moi, c’est la Reine d’Angleterre », raccrochant le combiné aussitôt. Le guitariste avait-il conscience de l’étendue de son talent  ? Certainement pas ! Ceux qui l’on perçus n’ont fait que lui rendre justice.


EDDIE VAN HALEN MEDLEY : 'ERUPTION/YOU REALLY GOT ME' (1983)

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UN TOUCHÉ INCROYABLE

Quel est le guitariste qui, un jour, n’a pas tenté de se rapprocher de ce touché si particulier, intense et dévastateur. Si Eric Clapton, Jimmy Page et Jimi Hendrix sont les atouts majeurs de la guitare solo dans le rock, les années 80 seront marquées par les interventions de Van Halen.

Chez lui, tout semblait déjà tracé. À l’adolescence, le don était déjà présent. Le jeune Eddie était capable de reproduire dans les moindres détails les solos les plus fous d’Eric Clapton… sauf que chez lui, cette aptitude naturelle pour la « six cordes » allait transgresser les repères établis du solo de guitare. Alors que l’excellence de la guitare réclame une dévotion et surtout des années de labeurs - sans pour autant émerger -, Eddie aura tout compris et digéré en un rien de temps. Il aura inventé une intelligence de jeu unique en adaptant notamment des « trucs » de guitare classique sur un terrain que d’autres musiciens de sa génération ignoreront.

Eddie Van Halen aura ainsi donné à jamais ses lettres de noblesse à l’histoire du rock et du metal. Il était ouvert à toutes les technologies, avec tout pour plus de son et plus de création. Depuis 2006, il espérait se sortir de ce cancer de la gorge que le rongeait lentement. Son fils Wolfgang – Wolfgang parce que Mozart – l’avait rejoint sur scène en devenant le bassiste du groupe. Dans la vie, Van Halen était un homme simple, souriant, avenant, bien loin des clichés véhiculés – à tord – par la musique hard-rock. Nous le regrettons déjà.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 10/2020)

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