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ERIC CLAPTON BIOGRAPHIE/PORTRAIT, L’HISTOIRE D’UN 'GUITAR BLUES HERO'

Eric Clapton est avec Jimi Hendrix le « guitar hero » des années 60. C’est un pionnier du blues électrique anglais. Malgré une carrière faite de hauts et de bas, le guitariste a survécu aux addictions de l’alcool, de la drogue, et résisté aux modes éphémères. L’homme qui a vendu plus de soixante millions d’albums, qui a joué avec les plus grands témoins de la musique rock anglaise, peut être fier de son parcours.

ERIC CLAPTON : LES PREMIÈRES EXPÉRIENCES

Né en 1945, à Ripley (Surrey), Eric Clapton passe son enfance auprès de ses grands-parents. À 16 ans, déjà imbibé par le blues des grandes figures afro-américaines, il achète sa première guitare, une Hohner acoustique. Travaillant l’instrument en autodidacte, il commence à jouer avec délicatesse et réussite quelques grands standards, ce qui le pousse à changer de guitare pour une Kay « Red Devil ».

Encore adolescent, il fonde avec des potes de son quartier son premier groupe, les Roosters, parmi lesquels figurent Paul Jones (qui se révèlera plus tard sous le nom de Manfred Mann) et Brian Jones, l’un des futurs membres des Rolling Stones. Après un court séjour chez 'Casey Jones and the Engineers', Eric Clapton remplace Anthony Topham dans un groupe encore inconnu, les Yardbirds. Au sein du trio, la renommée du guitariste ne se fait pas attendre et à 19 ans Clapton est déjà considéré comme un « Dieu » par ses fans, tellement son aisance sur la guitare surclasse les autres solistes anglais.


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© General Artists Corporation 1966 - The Cream (Ginger Baker, Jack Bruce et Eric Clapton)

En quelques mois, les Yardbirds obtiennent une solide réputation, si bien qu’ils sont appelés à devenir des accompagnateurs recherchés quand des bluesmen américains sont de passage. Leur prestation auprès de Sonny Boy Williamson donnera naissance à un album live (Five Live Yardbirds).

La carrière d’Eric Clapton commence à se profiler et sera celle d’un musicien toujours en mouvement, instable, changeant continuellement de formation tout en ayant envers sa musique d'adoption une dévotion sans borne.

En 1965, il quitte les Yardbirds après avoir obtenu son premier succès, For Your Love. L’année suivante, il rejoint John Mayall et les Bluesbreakers, une formation anglaise de blues ayant bonne presse. Avec eux, Clapton enregistre un album pour Decca, avant de céder sa place à Peter Green.


CREAM ET DEREK AND THE DOMINOS

En 1966, pour de nombreux musiciens, l’époque hippy impose de suivre le mouvement. Admiratif devant le jeu de Jimi Hendrix qu’il découvre, il en épouse ses tenues chamarrées très tendance, et se fait friser les cheveux à l’image du guitariste gaucher.

C’est grâce au groupe Cream qu’il fonde la même année qu’Eric Clapton devient un guitariste populaire à travers le monde. Même s’il est l’auteur de nombreux succès pour le groupe (Anyone For Tennis, Badge en compagnie de George Harrison), une fois de plus, l’aventure de ce super groupe tournera court et, à la fin de l’année 1968, précédent de peu la sortie de l’album Goodbye, le trio décide de se séparer, mettant un terme à leur association après leurs deux concerts d’adieu programmés au Royal Albert Hall de Londres le 26 octobre.

Rapidement, le guitariste incorpore avec le batteur Ginger Baker, seul rescapé de Cream, la tournée américaine de Blind Faith, elle-même suivie de l’enregistrement d’un disque où l’on peut entendre quelques compositions signées Clapton (Presence Of the Lord). Sur le sol américain, il participe à l’aventure de 'Delaney and Bonnie' dont il devient le leader, puis quitte le groupe pour enregistrer son premier album solo ainsi que des titres tels que Blues Power et Bad Boy.

En juin 1970, il fonde 'Derek And the Dominos', avec des musiciens de 'Delaney and Bonnie' et de George Harrison : le claviériste Bobby Whitlock, le bassiste Carl Radle et le batteur Jim Gordon. Un double album est enregistré à Miami, avec la participation d’un autre « guitar hero », Duane Allman. L’album est une réussite. Le public retiendra Layla, composé à l’intention de Patty Boyd-Harrison, la femme de George Harrison – qui deviendra celle de Clapton en 1979.

Affecté entre autres par la mort d’Hendrix, Clapton entame pour la première fois une traversée du désert de trois ans, ponctuée par la drogue, l’alcool et la dépression. À cette époque, relevant le défi, il enregistre Brown Sugar avec les Stones qui choisiront finalement une prise où il est absent, préférant les séances où figurent John Mayall.

Après une dispute avec le batteur Jim Gordon, il dissout les Dominos en mai 1971. De là, le guitariste participe aux côtés de George Harrison et de Bob Dylan au concert pour le Bengladesh se déroulant au mois d’août. Il revient dans la lumière grâce à Pete Townsend lors d’un autre concert se déroulant au Rainbow de Londres en janvier 1973. Autour de lui, un super-groupe formé pour l’occasion permet d'entendre outre Townsend (Who), Jim Capladi (Traffic), le bassiste Rick Grech et Ron Wood (Faces).

Guéri de l’héroïne, il reprend la route et enregistre en 1974, l’album de la renaissance, 461 Ocean Boulevard (l’adresse du studio de Miami). Épanoui, nourri au soleil de la Floride, Clapton donne dans ce disque le meilleur de lui-même. Dans ce disque, un titre va relancer sa carrière : la reprise du morceau de Bob Marley I Shot the Sheriff, titre qui occupera rapidement la première place aux USA en 1975 et favorisera en même temps la reconnaissance du reggae à l’international.

La traversée du desert étant derrière lui, Eric Clapton voit l’avenir sereinement. Sa musique laid-back, avec ses touches de reggae, lorgne également vers un blues qu’il n’a jamais vraiment quitté, mais qu’il marie habilement avec de la country et du boogie, le tout sur des tempos moyens et lents comme en témoigne sa production discographique, et ses lives enregistré au Japon : E. C. Was Here (1975) et Just One Night (1980), dont une version fort sympathique du succès de J.J. Cale, Cocaïne. En 1977, son album Slowhand figure au top des ventes de sa carrière, malgré ses remarques déplacées sur l’Angleterre colonisatrice après un concert « arrosé » (Birmingham – 1976). Sa chanson, Wonderful Tonight, en hommage à Pattie, connaîtra plus de vingt versions et sera consacré en 1997 comme sa meilleure composition.


ERIC CLAPTON : COCAINE (Live at the Royal Albert Hall)


LES ANNÉES 80

À partir de Slowhand, Eric Clapton devient un bon client pour les disquaires. Ses albums se vendent bien, particulièrement aux États-Unis où il vient d’écouler près de 40 millions d’albums en vingt et un ans de carrière. Clapton est avant tout un musicien de scène infatigable qui concrétise sa réussite en s’entourant chaque fois qu’il le peut de musiciens vétérans anglais. Les premières années 80 seront celles des rencontres de haut vol : le claviériste Chris Stainton (Procol Harum), le guitariste Albert Lee, le bassiste Donald « Duck » Dunn ou encore les batteurs Roger Hawkins et Jamie Oldaker.

En 1983, il crée avec son manager Roger Forrester le label ‘Duck’. Certaines de ses chansons continuent de refléter les moments d'une vie douloureuse : The Shape You’re In s’attaque à la dangerosité de l’alcool, tandis que Ain’t Going Down (Je ne replongerai jamais) devient un manifeste sur le renoncement à la drogue.

Son vieil ami l’acteur John Hurt et la musique de Ry Cooder pour le film Paris, Texas le persuadent d’écrire sa première BO (The Hit de Stephen Frears – 1984) en compagnie de Roger Waters (Pink Floyd) qu’il accompagnera ensuite dans sa tournée mondiale.

En 1985 sa carrière prend un nouveau tournant quand son jeune ami Phil Collins participe à la production de son album Behind the Sun. À cette occasion, Clapton s’offre une des premières guitare-synthétiseur Roland et tourne son premier vidéoclip (Forever Man). Sa complicité avec Phil Collins se concrétise et ils montent un quatuor avec les musiciens noirs Nathan East à la basse et le claviériste Greg Phillinganes, membre par ailleurs du Michael Jackson Band. Deux des trois concerts donnés seront filmés cet été là, dont celui de Montreux où figure quelques titres mémorables : Miss You, Run ou Tearing Us Apart en duo avec Tina Turner.

Eric Clapton se diversifie toujours plus, parfois là où on ne l’attend pas. Tout en participant à des musiques de films (La couleur de l’argent, Arme fatale avec une version de Knockin’ On Heaven’s Door de Dylan interprété par la chanteuse Randy Crawford), à la série The Edge Of Darkness pour la BBC, il tourne avec le batteur de Zappa et Weather Report, Chester Thompson, et Mark Knopfler de Dire Straits. Citons aussi ses complicités avec Sting (It’s Probably Me) et Elton John (Runaway Train). Cependant, malgré tout ce déploiement d’énergie, les « démons » sont toujours là et, en novembre 1987, Clapton entreprend sa deuxième cure de désintoxication, paradoxalement au moment même où une publicité le montre vantant la bière Michelob.


UN NOUVEAU DÉPART

La sortie de l’album Journeyman en 1989 lui permet de renouer avec le succès. Le titre Bad Love au riff inspiré de Layla est chaudement accueilli, surtout en France où l’album devient disque d’or. Eric Clapton, alors âgé de 45 ans, est découvert par la jeune génération et, à l’image des Rolling Stones, reste l’un des rares « dinosaures » des années 60 à avoir conservé les fans de la première heure. Dès lors, il joue le « guest star » auprès de quelques jeunes artistes comme la chanteuse Cyndi Lauper.

Le 26 août 1990, en pleine tournée américaine avec le guitariste Stevie Ray Vaughan, celui-ci est tué avec trois membres de son équipe dans un accident d’hélicoptère, et le 20 mars 1991 le fils de Clapton, Conor Loren, né en 1985, meurt défenestré à New York. Le mauvais sort semble s’acharner sur le guitariste et allonge une liste déjà bien malheureuse : Keith Relf des Yardbirds, Hendrix, Joplin, Bill Graham, Leo Fender… jusqu’à son couturier et son fils. Eric Clapton, face à la douleur, composera pour son enfant le déchirant Tears In Heaven qui, malgré les circonstances, deviendra un hit mondial au printemps 1992.

© F. Antolín Hernandez  - Eric Clapton (1974)

Mais il faut continuer. Début 92, il enregistre pour la chaîne MTV, la vidéo de Unplugged, titre éponyme d’un album qui deviendra un succès mondial avec 10 millions d’exemplaires vendus, dont un demi-million rien qu’en France. Suivra un Best of acoustique, un testament de sa carrière composé de blues et de standards où figurera une énième version de Layla.

Curieusement, envers et contre tout, en janvier 1993 Cream se reforme vingt-cinq ans après sa naissance à l’occasion de l'élection de Clapton au ‘Rock & Roll Hall Of Fame’. Puis à l’automne 1994, le guitariste enchante ses premiers fans avec un album entièrement consacré aux sources du blues, à Willie Dixon et Lowell Fulson (From the Cradle sera la plus forte vente de toute l’histoire du genre).

1995. L’année s’ouvre une nouvelle fois au cinéma. Eric Clapton écrit la BO du film The Van de Stephen Frears, puis participe à celle du film Phenomenom (Change The World).Il en sera de même en 1997 avec la BO du film de Gary Oldman, Ne pas avaler, avant de produire un virage à 180 degrés en participant sous le pseudo de « X sample » au projet techno trip hop lancé par le claviériste Simon Climie, Retail Therapy.

En mars 1998, toujours en compagnie de Simon Climie, Clapton continue de surprendre avec Pilgrim, un album à la croisée des chemins, mi-pop mi-funk, dans lequel on peut entendre une reprise méconnue d’une chanson de Bob Dylan, Born In Time, ainsi que le titre éponyme, qui n’est autre que le thème du film L’arme fatale 4.

Pour les amateurs du Clapton bluesman, la déception est grande. Ceux qui louaient le musicien extraordinaire, certes imprévisible, maniaque, lunatique mais heureusement porté par l’élégance du génie, ne parviennent plus vraiment à porter dans leur cœur l’artiste des années 90.


LES ANNÉES 2000/2010

Pattie, la première femme d’Eric Clapton qui lui a inspiré la chanson Layla n’est plus dans sa vie depuis 1988. Sa seconde femme, Melia McEnery, est une jeune vendeuse qui n’a que 23 ans quand il la rencontre en 1999. Malgré leur différence d’âge (31 ans), ils se marient en 2002 et auront trois filles. Ce bonheur familial l’incite à produire des chansons plus optimistes. Renouant avec la simplicité, Believe in Life (Reptile – 2001) est une chanson d’amour surprenante de gaieté qu’il dédicace à son jeune amour Melia.

En 2001, George Harrison meurt des suites d’un cancer du poumon. Face à la perte de son vieil ami et pour lui rendre hommage, Clapton organise le ‘Concert for George’ au Robert Albert Hall de Londres en compagnie de McCartney, Ringo Starr, Ravi Shankar et quelques autres compagnons de route.

En 2005, pour la troisième fois, Clapton reforme Cream avec Jack Bruce à la basse et Ginger Baker à la batterie pour une série de concert se déroulant au Royal Albert Hall de Londres et au Madison Square Garden de New York. DVD et CD seront édités à cette occasion. Trois ans plus tard, le guitariste réitérera l’expérience d’abord avec Steve Winwood, puis avec Blind Faith en 2009, avant de retrouver l’esprit musical des premiers disques solo de John Lennon, celui du Plastic Ono Band, en s’entourant de Yoko Ono et de Paul Simon l’année suivante.

Pendant toute cette période, Eric Clapton continuera de sortir des albums : Me & Mr Johnson (2004) constitué de reprises du bleman Robert Johnson, The Road to Escondido (2006) et Clapton (2010) en compagnie de J.J. Cale, Old Sock (2013) avec Paul McCartney en guest star. Son dernier album en date, Happy Xmas (2018) célèbre les classiques de Noël : Jingle Bells, Silent Night, White Christmas… mais à la sauce blues, il va s’en dire ! Une curiosité parmi les 22 albums studio du guitariste.

Dans les années 2010, le septuagénaire continue de se produire sur scène, défend les causes humanitaires, rend des hommages et multiplie les rencontres comme en 2011 avec le musicien de jazz Wynton Marsalis. La découverte en 2015 d’une lésion du système nerveux handicapante (une neuropathie périphérique) a toutefois réduit ses activités.


ERIC CLAPTON : LAYLA (live 2014)



COURONNEMENT D’UNE CARRIÈRE

Il serait certainement trop long de citer ses quelques 200 participations avec les piliers de l’histoire de la « Rock Music », et pire encore d’énumérer les 2 000 titres et plus enregistrés en studio et en public (dont la moitié jamais encore publiée) ; citons néanmoins quelques remarquables invitations qui ont fait date : While My Guitar Gently Weeps (The Beatles), Yer Blues (album Rock’n’Roll Circus des Rolling Stones), Go Back Home (Stephen Stills) The Last Waltz (The Band), Good To Me As I Am To You (Aretha Franklin), All Things Must Pass (George Harrison), Tommy (The Who) et True Love (Toots and the Maytals).

Ce fan de T-Bone Walker, Robert Johnson et de B. B. King, devenu un chanteur convenable avec les années, a rarement concédé un jeu brouillon sur sa guitare quand il se lançait dans un solo. Dans les années 60, au sein des Cream, le côté autodidacte du personnage a souvent servi son style dans les moments où il se lançait dans un déluge d’accords parfois improvisés. Au détour d’un plan ou d'un autre, Clapton a construit les bases du hard des années 70. Pas étonnant alors que les Américains l’aient baptisé le « Duke Ellington du rock » !

Par D. Lugert (Cadence Info - 09/2019)
(source 'Le rock de A à Z' par J-M. Leduc et J-N. Ogouz)

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ERIC CLAPTON ET LE BLUES (analyse)

ERIC CLAPTON RACONTE SON BLUES (interview)

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