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ELTON JOHN, LA BIOGRAPHIE DE LA ROCKSTAR. UN PORTRAIT D'HIER À AUJOURD'HUI

Elton John, la célèbre rock-star aux lunettes multicolores et aux tenues extravagantes demeure un artiste incontournable dans le domaine de la chanson anglo-saxonne. En 2019, le biopic Rocketman, érigé tout à sa gloire, devait le confirmer.


POSONS LE DÉCOR, M. JOHN

Elton John est l’une des grandes stars de la musique rock des années 70/80 et l’un des plus gros vendeurs de disques de tous les temps avec à ce jour quelque 300 millions d’albums, 100 millions de singles mais aussi 38 disques d’or, 41 disques de platine, 1 oscar et 6 grammy awards ! Mais au-delà des chiffres et de la machine à tubes, Elton John est surtout un musicien, un artiste qui a grandit tout le temps avec de la musique entre les oreilles et pour laquelle il éprouve un énorme respect.

© Vikne Skagerak - Elton John en concert au Skagerak arena (Norvège - 2009)

Enrobées de sages harmonies, ses chansons ont des allures classiques. C’est son amour pour la mélodie qui retient surtout l’attention, et si sa carrière est une suite de tubes, au point que le chanteur ne peut empêcher le public de les reprendre en cœur dès les premières notes, sur scène, son attitude est celui d’une artiste de rock. Elton John peut être sagement assis devant le piano et, l’instant suivant, se lever et sautiller en maltraitant le clavier pour être en phase avec le rythme de la musique.

Plus que le disque, c’est en effet sur scène qu’Elton John donne toute la mesure de son talent. À l’occasion, le showman laisse alors parler son intuition et se lance dans quelques improvisations. La scène est pour lui un jeu et le public gourmand en redemande. Le chanteur s’en amuse encore aujourd’hui, alors qu’il a passé allègrement le cap des soixante-dix ans.


ELTON JOHN : 'HONKY CAT' (1972)

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AU DÉPART DE L’HISTOIRE ET DE SA SUITE…

Au départ, personne ne croyait en lui. Né Reginald Kenneth Dwight en mars 1947 à Pinner dans la banlieue de Londres, Elton est le fils unique d’un vétéran de guerre et d’une fonctionnaire. Complexé par son physique, le chemin vers la gloire sera chaotique. Son enfance est difficile avec de nombreux conflits familiaux : « J’étais effrayé par mon père, il n’était pas violent, mais j’avais juste peur de lui. Mes parents se disputaient souvent. » devait-il confier des années plus tard à un journaliste venu l’interviewer. Une faille avec le père d’autant plus cruelle que jamais il ne viendra assister à l’un de ses concerts.

Le réconfort, il le trouve auprès de sa mère et de sa grand-mère, mais aussi avec la musique et le piano, « magique » à ses yeux. Le don, il l’a. C'est sûr. Son unique chance sera de suivre une longue formation à l’Académie Royale de musique de Londres. Dès 11 ans, ses doigts se posent sur le clavier pour y apprendre la musique classique.

Cinq ans plus tard il quitte l’Académie pour intégrer un groupe de blues-rock anglais de seconde zone, les Bluesology, avec qui il se produit dans des pubs locaux. Mais cette expérience est loin de lui convenir. À 19 ans, le jeune Réginald - devenu entre-temps Elton John - rêve d’indépendance et cherche à inventer un personnage qui lui ressemble. Il s'efforce de se démarquer, quitte à développer un style extravagant, fantasque, voire imprévisible.

Elton décide de chanter seul les premières chansons qu’il compose, mais peu doué pour les textes qui riment, il se met en quête de trouver un parolier. Grâce à une annonce passée dans le ‘New Musical Express’, il rencontre Bernie Taupin. L'auteur est visiblement doué. C'est un coup de chance aussi, car une véritable complicité musicale naît entre les deux hommes. « C’est mon meilleur ami depuis plus de 50 ans. » dira Elton. La suite, ce sera de nombreuses chansons écrites à quatre mains accompagnées de mélodies inoubliables.


ELTON JOHN & KIKI DEE : 'DON'T GO BREAKING MY HEART' (1976)
La vidéo Don't Go Breaking My Heart a été tournée en une seule prise avec une configuration à trois caméras par Mike Mansfield. Au cours de la partie instrumentale, Elton tente d'enseigner à Kiki une version du « hand jive », une danse des années 1950 qui renaîtra en popularité avec la sortie du film Grease.

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DROGUE, HOMOSEXUALITÉ ET EMPIRE

Devenu la star montante du rock anglais des années 70, Elton John ne sera pas en mesure de supporter la vie infernale qu'impose son statut de vedette : tournée, promotion, enregistrement, interview... Le cycle infernal est en place et il est difficile d’y échapper. Très tôt, le chanteur sombre dans l'alcool et la drogue. Son addiction pour la cocaïne est loin d'être une légende. Son usage ira crescendo jusqu’aux milieu des années 80 et fera les gros titres des journaux. C’est le courage d’un jeune garçon, Ryan White, décédé des suites du VIH et pour lequel Elton John s’était rapproché jusqu’à sa disparition en 1990, qui lui donnera la force de suivre sa première cure de désintoxication. « La famille White a allumé une petite bougie dans mon âme six mois après la mort de Ryan. Je me suis fait aider et je suis devenu sobre, et maintenant je suis clean. » dira-t-il.

L’autre versant de la vie d’Elton ne sera pas moins controversé que ses tenues scéniques et ses addictions. Tout basculera du jour où ses penchants homosexuels alimenteront la presse à scandale. Il faut se souvenir que dans l’Angleterre des années 70 (et même en France), l’homosexualité commence tout juste à être tolérée (à condition de faire preuve de discrétion).

Ne sachant définir dans un premier temps sa véritable attirance entre une « respectable » hétérosexualité et une homosexualité somme toute litigieuse, Elton John préfère se considérer encore comme un bisexuel plutôt que d’avoir à assumer « officiellement » son penchant d’homosexuel. Toutefois, l’interview qu’il donne auprès du magazine 'Rolling Stone' en 1976 où il déclare sa bisexualité soulève une vindicte chez les homophobes qui perdurera pendant de nombreuses années.

Bien que son premier amour de jeunesse soit un homme en la personne de John Reid, son futur manager, la rock-star tenait à rassurer son public (ou peut-être lui-même). Seuls les proches seront alors au courant de son intention de se marier. En 1984, la cérémonie a lieu. Elton se marie avec son ingénieure du son, l’Allemande Renate Blauel, une femme qu’il apprécie tout particulièrement ; une union qui durera trois années mais qui ne trompera personne.

Son véritable grand amour, la plus belle chose qu'il lui soit arrivé, il la trouvera en 1993 à l’âge de 46 ans, auprès d’un publicitaire et réalisateur de documentaires canadiens, David Furnich. Au bout de 16 ans de vie commune et un mariage célébré en 2005 - peu de temps après la loi sur le ‘mariage pour tous’ -, Elton John et David Furnich décide de fonder une famille. À partir de ce jour-là tout a changé pour Elton. Il y aura d’abord l'arrivé en 2010 de Zachary Jackson Levon Furnish-John, né grâce à la GPA et une mère porteuse, puis Elijah Daniel Joseph Furnish-John trois ans plus tard dans les mêmes conditions.

Le couple homosexuel a toujours assumé ce choix en apparaissant dans les magazines people avec les enfants dans les bras. John et Furnich deviendront même un exemple en Grande-Bretagne pour tous les hommes homosexuels désirant avoir des enfants. Elton John : « Il y a eu quelques attaques de gens qui ne sont pas d’accord avec nous, mais on savait que cela allait arriver. Mais nous avons eu aussi de merveilleuses réactions gentilles et chaleureuses venues du monde entier. »

Entre-temps, il y aura eu le SIDA, éternel combat d’une cause pour laquelle Elton John devait investir de son temps, lui qui avait vu un grand nombre de ses amis foudroyés par la maladie, dont le chanteur de Queen, Freddie Mercury. La persistance de ce terrible virus le poussera à créer une fondation en 1992 pour soutenir la recherche et lutter contre la discrimination : 'The Elton John AIDS Foundation' (EJAF). Cet engagement lui vaudra d’être anobli par la Reine Elisabeth II en 1998 au titre de ‘Commandeur de l’ordre de l’Empire britannique’. Des dons afflueront de toute part, si bien que la fondation a levé plus de 350 millions d’euros à ce jour.


ELTON JOHN : 'BLUE EYES' (1982)
Réalisé par Stephen Priest, le clip de la chanson Blue Eyes (extrait de l'album Jump Up) a été filmé sur la célèbre promenade côtière Bondi à Bronte de Sydney. Elton a été nominé par un 'Grammy Award' pour sa performance vocale dans cette chanson.

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Surnommée Midas (comme le roi de la mythologie grecque), Elton John est aujourd’hui à la tête d’un vaste empire économique. Il a le don, paraît-il, de transformer en or tout ce qu’il touche. Avec sa société ‘Rocket entertainement’, il dirige sa propre maison de disques, sa maison de production et développe aussi la carrière d’artistes et d’athlètes ; des activités qui lui ont rapporté 82 millions d’euros rien qu’en 2019. Et si l’on rajoute à cela toute la fortune acquise depuis le début de carrière, alors tout devient envisageable.

Dans les années 80, les extravagances de la star qui « jouait à la star » seront convulsives : achat de voitures de collection, magasins de vêtements dévalisés, acquisition d’objets les plus fous, fêtes extravagantes, etc. Leur énumération détaillée blesserait certainement les âmes les plus désœuvrés. Tout se déroulait dans une totale démesure, dans une surenchère limite choquante, même si après tout, c’était son argent ! L'arrivée du SIDA, puis la vie familiale mettront un terme à toute cette folie.

Tout dernièrement, le film Rocketman de Dexter Fletcher, présenté lors du Festival de Cannes 2019, devait couronner l’artiste Elton John comme l’une des dernières grandes étoiles filantes de la musique pop anglo-saxonne. La star incontestée, qui a co-produit le film et choisi un acteur à son image (Taron Egerton), voulait donner à ce biopic une dimension épique mais sans abonder dans la nostalgie d'une époque révolue. Rocketman est plutôt comme un point d’orgue à une carrière élogieuse. Ce biopic n’est autre que le film de sa vie telle qu’il a voulu nous la raconter.


ET LA CARRIÈRE ARTISTIQUE ? IL EN EST QUESTION ICI.

Durant sa longue carrière Elton John a mis un point d’honneur à faire chanter le public. Mais l’artiste sait aussi être sobre, recueilli et porteur d’histoire quand survient la mort d'un proche, comme l'était son amie la princesse Diana, en 1997. Elton réécrira la chanson Candle in the Wind et l’interprètera à ses obsèques, submergé par l’émotion. Cette chanson écrite en 1973, d’abord à l’intention de Marilyn Monroe, sortira les jours suivants en mémoire de Diana. Le single se vendra à plus de 30 millions d’exemplaires à travers le Monde. Un record dans l’histoire de la musique !

© Tony Morelli - Elton John en concert (1975)

Véritable machine à tubes, Elton John est pour l’industrie du disque un artiste à part. Rencontrant d’abord le succès aux États-Unis en 1970 avant de conquérir le Royaume-Uni puis la France tardivement, il ne lui faudra cependant et seulement que cinq années de carrière pour qu'il dépasse toutes les espérances artistiques, si bien qu’un ‘Greatest Hits’ sortira en 1974. L’album, qui ne comprend pourtant ni remix ni surprises d’aucune sorte, se vend à 24 millions d’exemplaires. Ce chiffre incroyable n’est pas dû au hasard, car les albums Elton John en 1970, Honky Château en 1972 et Goodbye Yellow Brick Road en 1974 sont trois albums qui alignent une suite de tubes aux contours inimitable et singulier. Déjà du grand Elton John !

Alors que l’album éponyme nous fait entendre son premier grand succès, Your Song (la chanson qui le représente au mieux et qu’il chante très souvent en fin de concert lors des rappels), l’album Honky Château (enregistré en France au Château d’Hérouville, siège du compositeur Michel Magne) confirme son talent de mélodiste avec les tubes Rocket Man et Honky Cat. Quant à Goodbye Yellow Brick Road, on y retrouve plusieurs succès dont le titre éponyme, la première version de Candle in the Wind, Bennie and the Jets ainsi que le très rock Saturday’s Night’s Alright for Fighting ; ce dernier album restant, à ce jour, le plus populaire d’Elton John.

Chez Elton, les succès ne faisant pas toujours cavalier seul, celui-ci s’offre le luxe de produire un tube qui lui permettra enfin d’être reconnu à sa juste valeur en France : le très commercial Don’t Go Breaking My Heart (1976) chanté en duo avec la chanteuse Kiki Dee. Dans la même veine, nous pourrions ajouter le slow Sorry Seems to Be the Hardest Word (1976), et pourquoi pas le rare instrumental de l’artiste : Song for Guy (album A Single Man – 1978).


ELTON JOHN : 'THE DIVING BOARD' (2013)
En septembre 2013, Elton John sort son trentième album solo. 'The Diving Board' se placera à la troisème place des charts britanniques pendant 6 semaines. L'album recevra un excellent accueil, aussi bien en Angleterre qu'en France.

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Nous pourrions encore poursuivre ce palmarès durant la décennie suivante en citant tout d’abord la rencontre avec France Gall et Michel Berger (Donner pour donner en duo avec France en 1980), puis le slow Blue Eyes et Empty Garen en hommage à John Lennon (album Jump Up ! – 1982) ; l’énergique I’m Still Standing (album Too Low for Zero – 1983) ; le très bon I Don’t Wanna Go On With You Like That qui deviendra numéro 1 aux States (album Reg Strikes Back – 1988) ; Nikita (album Ice on Fire – 1985) et les titres Sacrifice et Whispers (album Sleeping with the Past – 1989)

À partir des années 90, la carrière discographique d’Elton John ralentie quelque peu. Signalons toutefois les titres The One (album The One  - 1992) et Can You Feel the Love Tonight (issue de la BO The Lion King – 1994). À partir de l’album Made in England (1995) Elton John revient à un son plus classique, après avoir utilisé – comme bien d’autres artistes compositeurs des années 80 – les claviers électroniques et les orchestrations épurées.

Elton John, qui a déjà enregistré une trentaine d’albums, a toujours conservé une ligne de conduite artistique plutôt cohérente. Nous pourrions la résumer à un accompagnement musical dominé par le piano - le jeu d’Elton est souvent sobre et rigoureux, rarement porté par un rock’n’roll débridé, sauf à ses débuts -, et une voix très posée sur des textes en totale harmonie avec sa personnalité.

Le dernier album en date que l’artiste ait sorti date de 2016 avec toujours la présence de Bernie Taupin comme parolier. Ce Wonderful Crazy Night n’a certes pas la même flamme que les premiers albums, mais l’artiste conserve cette aura indescriptible réservée aux artistes de légende, de celle qui mêle aux mélodies présentes les souvenirs précieux des succès passés.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 11/2020)


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