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BLUES, SOUL, REGGAE, RAP, WORLD MUSIC...


LE BLUES EXISTE-T-IL TOUJOURS ?

La question mérite d’être posée. L’époque des musiciens comme Ma Rainey, Bessie Smith, Son House et Robert Johnson, et tant d’autres encore, est révolue. Il ne faut pas se leurrer, les grandes pointures du blues, qui soulevaient les foules quand elles avaient la vitalité exubérante de la jeunesse et qui, aujourd’hui, ne veulent pas raccrocher les gants, ne sont plus ce qu’elles étaient... Même Mick Jagger - qui a tant appris des maîtres du blues et qui a transmis cette musique aux nouvelles générations -, s’il est encore un grand showman, n’a plus la présence torride qu’il avait du temps de sa folle jeunesse.


LE BLUES, UNE SOURCE D'ÉNERGIE


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Dans un sens, il est vrai que le blues ne meurt pas. Les nouvelles générations ont pris la relève. Jimi Hendrix, Bob Dylan, Eric Clapton, Janis Joplin, Nirvana quand ils chantaient un classique de Lead Belly, les White Stripes réinterprétant Death Letter Blues sont nés dans les années quarante, cinquante et soixante. Leurs chants ont évolué vers le folk, le blues amplifié, le rock'n'roll, le blues-rock et le hip-hop, et ils ont joué un rôle dans la création des musiques populaires qui ont suivi.

La question demeure : est-ce que le vrai blues existe encore ? C’est intéressant d’écouter Chris Thomas King mélanger le hip-hop et le blues, et c’est peut-être excitant et profitable pour un artiste techno comme Moby d’échantillonner des vieux disques de blues et de les transformer pour en faire de la musique moderne, à danser ; mais les vrais passionnés du blues auront toujours envie d’entendre du blues qui reste fidèle, d’une manière ou d’une autre, aux canons classiques du genre.

Après tout, le blues est une source d’énergie, et les gens se tournent vers cette musique comme on se tourne vers un feu de camp la nuit. Le blues et ses formes musicales annexes n’ont pas seulement changé la façon dont les gens perçoivent le monde, ils ont changé la façon de le visualiser, de l’interpréter. Les rockers, les rappeurs, les poètes, les DJ, les stars du cinéma, les peintres, et même les pirates sur ordinateur, ont tous adopté une partie de cette image. Le mythe archicliché de l’Américain hors-la-loi et rebelle vient du blues.

Mondrian s’est inspiré de cette musique pour peindre Broadway Boogie-Woogie en 1942-1943 (on peut voir les rues et les buildings de New York comme de grands blocs brillants, rouge, jaune et bleus), et sa philosophie de l’art était intimement liée à son amour du jazz. Il a écrit un essai à ce sujet en 1927 : Jazz and Neo Plastic. La femme de Jackson Pollock, Lee Krasner, dit que son mari écoutait sans arrêt Duke Ellington, Billie Holiday et Louis Armstrong.

T. S. Eliot s’est servi des rythmes du ragtime pour la versification de son poème The Waste Land et Gatsby le Magnifique de F. Scott Fitzgerald est imprégné de l’esprit du jazz. Les auteurs Ralph Ellison, Langston Hughes et Zora Neale Hurston ont fait parler le blues à travers leur écriture. Quand James Baldwin s’est rendu en Suisse pour y écrire Nobody Knows My Name, il n’a emporté qu’une machine à écrire et deux disques de Bessie Smith. Il a écrit que c’était Bessie Smith qui, par sa cadence vocale, l’avait aidé à retrouver ses souvenirs et son inspiration.

Le blues nous permet d’évoquer l’Amérique, non pas telle qu’elle était mais telle qu’elle devrait être. Le critique Albert Murray, dans son livre The Hero and the Blues, prétend que la part la plus héroïque de ce pays se trouve dans sa musique. « L’improvisation est une grâce suprême donnée à l’homme », écrit-il, tout en expliquant que « la capacité de swinguer, ou de jouer avec grâce malgré la tension, est le secret de cette compétence unique qui génère le charisme du héros… »

Autrement dit, le blues est toujours jeune. Il se fraie un chemin en surmontant les obstacles, l’adversité, et peut-être même la désuétude. Même quand la forme du blues était nouvelle, elle avait déjà vécu et elle affichait ses cicatrices. Les héros et les héroïnes qui ont créé cette musique, les Bessie, les Billie, sont presque tous morts dans la pauvreté et l’oubli. Voilà ce qu’est le blues. C’est la musique de l’extérieur qui regarde vers l’intérieur.

Aimer le blues, c’est embrasser le monde, c’est nager contre le courant. Et comme le blues n’est jamais à la mode, quand on l’aime, on est toujours à contretemps. C’est un peu comme aimer quelqu’un qui ne vous aimera jamais. C’est la vie, c’est le blues…

Par PATRICK MARTIAL (10/2013)
(source : Chritopher John Farley – Le blues au féminin)


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