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JAZZ ET INLUENCES


BILLIE HOLIDAY, LA DECHIRURE
Portrait d'une chanteuse de jazz inoubliable

Considérée comme l’une des plus grandes chanteuses que le jazz ait connue, Billie Holiday traversa sa vie comme un désespoir, pour échapper à une enfance malheureuse, faite d’abandon, d’errance, de violence, vivant son adolescence dans les bordels où sa mère s’acoquinait.


ENTRE VERITE ET COMPROMIS

Dans son livre autobiographique, Lady Sings The Blues, Billie Holiday inventa son histoire, mettant en avant certains faits authentiques et en déformant d’autres. Et moi, simple admirateur, que devais-je lui offrir ? Condamner tous les gâchis, toutes les erreurs de sa courte existence ? Aligner des écrits académiques privés d’oreille ou de compassion ? Ou peut-être révéler le caractère enflammé, l'existence sacrifiée sur l’autel de la passion ?

Billie Holiday était une enfant de substitution qui trouvait sa dimension au sein du désastre. Elle était résolue à vivre comme elle l’entendait. Pour elle, c’était la seule façon qu’avait un artiste pour s’exprimer, sans manière, sans un gramme de décence pour polluer la surface de sa voix ou de son apparence scénique. La décence est la marque du bourgeois, de l’esprit bien rangé, quelque chose dont on doit se débarrasser si l’on souhaite réaliser son propre génie.


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Au fond, qu’est-ce qui la rendait si étrange ? Son manque de compromis ? Billie Holiday ne s’intéressait pas à cette façon typiquement américaine de dévoiler publiquement des pans de vie privée. Elle était portant drôle et ce, quel que soit le contexte, c’est-à-dire quelle que soit la banalité de la chanson ou la lourdeur de l’environnement dans lequel elle l’interprétait. Les femmes ne sont pas comme ça d’habitude. On leur apprend à rendre les choses meilleures et non pas pires, souvent par ignorance du ‘pire’.

Billie Holiday ne pouvait pas s’empêcher de voir ce qui n’allait pas et de dire quelque chose à ce propos. Son esprit ne pouvait se taire. Elle avait vu le Sud des Etats-Unis et parcouru l’Europe. Elle aurait dû s’installer ailleurs, à l’étranger, où on l’adorait. Mais l’adoration n’est pas un mode de vie si c’est la vie qui vous intéresse.

En dépit de l’horreur, de ce qu’elle pouvait engendrer et lui avait déjà infligée, elle a vécu parce qu’elle avait justement de l’humour vis-à-vis des horreurs de la vie. Peut-être n’en avait-elle pas autant vis-à-vis d’elle-même. Peut-être que cette dichotomie la rendait curieuse. Parfois.


LE JAZZ, UNE RENCONTRE POUR LA VIE

Le jazz, elle le rencontre presque par hasard, en pleine prohibition, dans des boîtes sombres où l'alcool coule à flots et où se mesurent des musiciens toujours en proie à d’amères libertés. La chanteuse avait ses influences, tels Louis Armstrong et Bessie Smith, même si parfois au détour d’un vers, les accents d'Ethel Waters se faisaient jour, comme une plainte haut perchée remplie de malice.

Sur scène, entre deux chansons, la blague qu’elle raconte parle de notre étroitesse d’esprit. Elle confronte nos vies idiotes et conventionnelles à l’aspérité de sa vision. Chez Billie Holiday, l’amour et la respectabilité sont des fictions au même titre que le reste. C’est cette histoire-là que sa vie nous raconte. Dans cette Amérique puritaine, en proie à ses tourments, traversant une crise sans précédent, Billie Holiday se contentait de maigres pourboires, jusqu’au jour où sa voix illumina de prophétiques lendemains, devenant pour ses admirateurs la 'Lady Day' du jazz.

Benny Goodman, Duke Ellington, Lester Young, Ben Webster, Count Basie, Teddy Wilson, Dizzy Gillespie et bien d’autres ont croisé un moment le destin de cette chanteuse hors-norme. En pleine gloire, elle dut affronter le racisme et toutes ses infamantes injustices, ces lynchages que subissaient tant de Noirs et qu’elle dénonça dans la chanson Strange Fruit. Après cet engagement sans retenue, le public adhérera et lui restera fidèle jusqu’au bout.

Dans sa vie intime, même quand elle sera au sommet de sa gloire, les blessures seront toujours là, toujours présentes. Elles se logeront dans cette voix railleuse maltraitée par l’alcool et la marijuana... Sa vie sentimentale, elle la parcoura au travers de multiples liaisons masculines mais aussi féminines, jusqu’au jour où bercée d’illusions, une liaison la conduise à d’autres dépendances bien plus dangereuses, l’opium, la cocaïne et même le LSD…

Mais la musique jazz, c’est sa vie. C’est un compagnon de route formidable qui lui donne l’occasion de travailler avec les plus grands jazzmen de l’époque, dont certains, comme Lester Young, deviendront d’éternels amis. Lors des concerts, entre deux gorgées de Gin, elle n’hésite pas à se lancer corps et âme. A la fin de sa vie, quand les premiers signes de la maladie feront surface, quand la démarche deviendra chancelante et hésitante, alors que tant d’autres auraient renoncé, Billie Holiday mettra toujours un point d’honneur à aller jusqu'au bout, à donner le meilleur d’elle-même. Que ce soit à travers les concerts ou dans sa vie privée, une même rage de brûler l’existence l’animait.

Depuis longtemps la rumeur dénoncait son mode de vie, mais elle ignorait ces ‘on-dit’. De la vie, elle a retenu ses nombreuses leçons, et au printemps de l’année 1948, au moment où elle triomphe sur la scène du Carnegie Hall, Billie a l’art de jouer sur les apparences. Elle apparaît plus belle que jamais, rayonnante, avec ses éternels gardénias dans les cheveux. Lover Man, Fine and Mellow, Billie's Blues, Don't Explain… Ce soir là, elle chantera jusqu’au bord de l’épuisement.


UNE VIE EMPRISONNEE

Toxicomanie, dépression, prison, séjours de désintoxication, argent, misère, rien ne manque pour faire de sa vie un bon mélo, un véritable scénario hollywoodien, dans le plus pur style 'O. Selznick'… La ‘bonne moralité’ de la société américaine, elle s’en moque ! La drogue fait ses ravages, s’insinuant lentement, mais sûrement. Lester Young et Louis Armstrong ne seront pas les premiers, ni les derniers à s’en rendre compte. La diva du jazz perd le sens du rythme. La voix devient voilée par l’abus d’alcool. La diction devient imparfaite. Mais pour vivre, pour subsister, elle doit supporter la contrainte d’épuisantes tournées.

Sur sa voix, on aura tout dit ou presque. Enrouée et intimiste, elle possédait une voix mélodramatique qui savait toujours donner la chair de poule au public, l’émotion au détour d’une note, d’un mot. Elle avait la classe des grandes, des étoiles filantes. Elle ne jouissait pas d’une voix puissante, ni d’une agilité propre à scatter en toute liberté, mais quand elle chantait un blues ou une ballade, elle savait se servir admirablement de ses intonations vocales si particulières.

Malheureusement, comme tant d’autres artistes, la vie et ses excès entameront son capital, et au fil des années, sa voix ne sera plus que l’écho d’une souffrance, d’un mal venu par héritage. Son ultime chef-d’œuvre, Lady In Satin, en est le troublant témoignage.

Malade, atteinte d’une cirrhose et d’une insuffisance rénale, l’ivresse d’incessantes rasades d’alcool prenait possession de son corps, de son âme. S’appuyant au piano comme à un bastingage, elle sortait épuisée des concerts...

La cigarette, l’alcool lui étaient interdits, mais elle ne renonçait pas. Elle était heureuse quand les gens venaient la voir, qu’ils soient de Paris, de Londres ou d’ailleurs, quand ils l’applaudissaient de rappel en rappel. Billie consumait sa vie hors du temps qui passe.

Son roman, elle nous le conte lors de ses quelques apparitions filmées. Elle savait à quoi servait la caméra. Face à elle, elle a toujours projeté son émotion volcanique, disciplinée par la subtilité et l’intelligence. Elle était une star de cinéma qui nous défiait de la regarder pendant que nous l’écoutions. Certains d’entre nous l’ont fait et le font encore.

Par Elian Jougla - Cadence Info 02/2013
(Source Billie Holiday de Hilton Als)


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