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ETHEL WATERS BIOGRAPHIE/PORTRAIT. DU BLUES AU MUSIC-HALL

Si, musicalement, le chant d’Ethel Waters résonne au son du blues dès les années 20, la chanteuse poursuivra sa carrière en s'illustrant dans le jazz, le music-hall et surtout les chansons populaires provenant de Boadway. Elle est restée célèbre pour avoir été la première chanteuse afro-américaine à posséder sa propre émission de télévision et pour avoir été nominée à un 'Primetime Emmy Award'.


UNE ENFANCE MISÉRABLE

Ethel Waters est née en 1896 dans le Comté de Chester, en Pennsylvanie. L’autobiographie de cette grande chanteuse qui a consacré une grande partie de son existence à chanter l'âme du blues s‘ouvre sur ces lignes tragiques : « Je n’ai jamais été une enfant, je n’ai jamais été élevée, chérie, gâtée ou vraiment aimée, ni même comprise par les membres de ma famille. J’ai vécu tout à tour avec mes deux tantes, un de mes oncles et d’autres membres de ma famille et l’on m’a trimbalée, sans trêve ni repos, de Camden à Chester et de Chester à Philadelphie. » (His Eye Is on the Sparrow, 1951). Ainsi commence la vie de la petite Ethel née des suites d’un viol perpétré sous la menace d’un couteau sur sa mère Louise Anderson par un certain John Waters ; un pianiste qu'Ethel décrira surtout comme un playboy, un coureur de jupons dont l'existence sulfureuse cessera subitement en croisant sur sa route un amoureux jaloux en 1901 (Ethel Waters : Stormy Weather - Stephen Bourne) .


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Sa mère, encore jeune adolescente au moment des faits, n’a joué pratiquement aucun rôle dans l'éducation d'Ethel. Peu de temps après sa naissance elle épousera Norman Howard, un cheminot, et délaissera sa fille. Ethel ne devait connaître dans son enfance que la délinquance, le vice, celui de la prostitution, et même la violence. C’est sa grand-mère, Sally Anderson, qui gagnait misérablement son existence comme femme de ménage, entourée de deux de ses tantes et d'un oncle qui permettra à Ethel d’avoir un semblant d’éducation.

En désespoir de cause, sa foi profonde allait conforter une existence mal engagée. Dans sa vie, Ethel contracta trois mariages malheureux, dont le premier à l'âge de 13 ans ; une union qui durera quatre ans et qui se vivra sous les coups de son mari, Merritt "Buddy" Purnsley. De ces trois unions - le second avec Clyde Edwards Matthews (1929-1933) et le troisième avec Edward Mallory (1938-1945) -, Ethel Waters n’aura aucun enfant.

À peine adolescente son chant s'élève dans les églises, mais c'est en tant que danseuse dans d’invraisemblables bouis-bouis où le public, en guise de remerciement, lui lançait quelques pourboires sur la scène, qu'elle commence à gagner sa vie. À 17 ans, pour la première fois, Ethel trouve un premier contrat professionnel au 'Lincoln Theatre' de Baltimore. À une époque où la débrouille est le maître-mot, la jeune Esther enchaîne alors des tournées dont les organisateurs sont, le plus souvent, de véritables escrocs, mais avec lesquels elle n’hésitera jamais à donner le coup de poing !


LES DÉBUTS DE CARRIÈRE

En 1919, après avoir séjourné à Atlanta où elle rencontre la grande Bessie Smith, Ethel Waters s’installe à Harlem. Dans le célèbre quartier de New York, elle chante à l’Edmond's Cellar, un club où les artistes noirs interprètes le plus souvent les airs à la mode. La même année, elle joue dans Hello 1919, une comédie dite ‘blackface’ où la caricature raciale implique que les Blancs se griment sous du cirage pour ressembler aux Noirs.

Au cours des années 20, les chanteuses de blues sont des artistes recherchées, ce qui lui permet d'enregistrer en mars 1921 un premier disque pour ‘Cardinal Records’, une obscure firme de disques Puis, un mois plus tard, suit une seconde tentative enregistrée cette fois-ci auprès d’une maison de disques gérée par des afro-américains, la ‘Black Swan’. Accompagnée par le pianiste et chef d’orchestre Fletcher Henderson, elle commence à être célèbre parmi le public Noir en interprétant des versions originales de Down Home Blues et de Oh Daddy. Ethel devient alors l'une des artistes noires parmi les mieux payés.


ETHEL WATERS : STORMY WEATHER (1933)

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Dès 1923, Ethel Waters engage une excellente pianiste accompagnatrice et également chanteuse, Pearl Wright, avec laquelle, en pleine amitié et collaboration, elle travaille minutieusement l’interprétation de ses chansons. En 1925, elle réalise un hit avec le titre Dinah et poursuit avec I’m Coming Virginia l’année suivante, qu’elle interprètera dans une production intitulée Africana au ‘Sixty-Third Street Theatre’ de Broadway.

En 1929, le cinéma s’intéresse à elle et illustre une version du titre Am I Blues ?. À cette époque le 7e art, encore trop englué dans ses poncifs racistes, montre la chanteuse habillée d’une robe d’organdi garnie de rubans de satin et de souliers à haut talons… mais dans un champ avec la tête coiffée du traditionnel bandana des ramasseuses de coton ! Ce n'est là qu'un des nombreux exemples qui lui procurera, toute sa vie durant, une grande défiance à l’égard des Blancs. C’est aussi à ce moment-là que la chanteuse décide de séjourner durant quelques mois sur le continent européen, notamment en France et en Angleterre, parée des prestiges de sa récente gloire américaine.

À son retour, Ethel Waters devient une grande vedette de music-hall avec les revues Blackbirds en 1930 et Rhapsody In Black l’année d’après. Puis, après avoir lancé Stormy Weather, la chanteuse devient la vedette de As Thousands Cheer en 1933 avant d'apparaître dans le film satirique Rufus Jones for President, film qui donne l’occasion à Sammy Davis Jr, encore enfant, de tenir l’un de ses premiers rôles au cinéma.

Ethel Waters (1956 - Université du Michigan, lors d'un discours honoraire au 'Zeta Phi Eta')

Parallèlement à ces engagements, Ethel Waters est pendant 18 semaines la première artiste noire à figurer, en vedette, dans un programme de radio diffusé tous les dimanches sur la principale chaîne des États-Unis. En outre, elle passe dans les cabarets les plus huppés de Broadway, devenant l'interprète la mieux payée du célèbre quartier de New York.

En 1939, Ethel Waters dispose de sa propre émission sur NBC intitulée 'The Ethel Water Show', un fait assez rare pour être signalé en pleine ségrégation. Pourtant, malgré ce statut de vedette, Ethel Waters a du mal à trouver une contrinuité dans sa carrière, ce qui l'oblige à déménager pour Los Angeles, capitale cinématographique qui l'invite dans le film Le Caire en 1942 et dans la comédie musicale de Vincente Minnelli, Cabin in the Sky, où elle reprend le rôle de Petunia aux côté de Lena Horne.

Sa fin de carrière artistique sera consacrée pour l’essentiel au cinéma et à la télévision. Il y aura notamment Pinky d’Elia Kazan en 1949 et la série télévisée Beulah en 1950, série qu’elle abandonnera au bout d’une saison considérant que la représentation des Noirs était trop dégradante.


ETHEL WATERS : DINAH & TAKING A CHANCE ON LOVE (1972 -TV)

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FIN DE VIE

Quand elle aborde ses soixante ans, la chanteuse est profondément endettée. Les impôts (l'Internal Revenue Service) la poursuivent pour ses arriérés. Sa santé en souffrira au point de ne point trouver de repos dans sa vie personnelle. Celle qui avait donné tant de bonheur au public durant des décennies avait perdu toutes ses illusions. À tout ceci s’ajoutait des problèmes physiques liés à son obésité, ce qui l’empêchait de s’exprimer artistiquement dans de bonnes conditions sur scène. Malgrè tout, les larges sourires étaient toujours là, comme pour masquer les souffrances passées et présentes.

À partir des années 60, Ethel Waters allait abandonner peu à peu sa brillante carrière de vocaliste et de comédienne pour se consacrer exclusivement, sous l’égide du fameux prédicateur Billy Graham, au service de Dieu. Elle mourut le 1er septembre 1977 à l’âge de 80 ans, en paix avec elle-même et le monde entier.

Parmi ses distinctions citons son enregistrement de Stormy Weather (1933) au 'National Recording Preservation Board' de la 'Library of Congress' en 2003 ; ses nominations comme meilleure actrice dans un second rôle pour le film Pinky en 1949 et sa performance comme actrice de série pour Route 66 en 1962.


LES ENREGISTREMENTS NOTABLES

  • Am I Blue ?
  • Cabin in the Sky
  • Dinah
  • Heat Wave
  • His Eye Is on the Sparrow
  • I'm Coming Virginia
  • Stormy Weather
  • Supper Time
  • Taking a Chance on Love

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2020)


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