JAZZ ET INFLUENCES


LOUIS ARMSTRONG BIOGRAPHIE/PORTRAIT, UNE VIE CONSACRÉE À L’AMOUR DU JAZZ

Pour un grand nombre de personnes qui ignore presque tout ou rien du jazz, Louis Armstrong est peut-être avec Duke Ellington, le plus célèbre représentant de cette musique. Sa bonhomie, son talent à repousser les limites techniques de la trompette, ses improvisations aux formes maîtrisées et sa façon unique de chanter dessinent le portrait pittoresque d’une légende qui a toujours été au service d’une musique libre et avant-gardiste, le jazz.


JEUNES ANNÉES ET PREMIERS ENGAGEMENTS

Daniel Louis Armstrong dit « Satchmo » ou « Satch » (en raison de sa grosse bouche) est né le 4 juillet 1901 dans le quartier pauvre de Perdido. Il apprend les premiers rudiments du cornet au contact du trompettiste Bunk Johnson. Jouer de la musique est pour lui comme une évasion dont il ne peut se passer. Malheureusement, à l’âge de 12 ans, pour avoir trop bien célébré le réveillon en tirant au revolver dans la rue, le jeune Louis se voit enfermé dans une maison de correction. Peter Davis, un des gardiens, se prend d’affection pour lui et lui transmet ce qu’il sait de la musique. Louis finit par apprendre à déchiffrer les notes de musique et à mieux utiliser son cornet.


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Libéré au bout d'un an, Louis n'a d'autre choix que d'exercer toutes sortes de petits métiers : porteur de charbon comme vendeur de journaux. Mais l'ado ne pense qu’à une chose : la musique. Un jour, il rencontre le tromboniste Kid Ory qui l'écoute et s’empresse de l’engager dans son orchestre avant que le pianiste Fate Marable ne fasse de même. Le jeune Armstrong manque encore d’expérience mais il est tenace, prêt à améliorer son jeu.

© William P. Gottlieb - Louis Armstrong (années 30/40)

À 22 ans, il intègre le Créole Jazz Band de King Oliver. Louis, en bon élève, apprend beaucoup au contact de King. Il écoute tous ses conseils. Prenant de l’assurance et ne souhaitant pas demeurer éternellement à son service, il quitte le Créole Jazz Band deux ans plus tard pour devenir premier trompette dans l’orchestre de Fletcher Henderson à New York.

Dans cet orchestre, Satchmo se voit entouré de jeunes musiciens qui, tout comme lui, ont les dents longues. Ils ont pour nom Don Redman, Coleman Hawkins et Buster Bailey. Louis se fait aussitôt remarquer par sa façon assez unique d’utiliser son instrument avec une attaque tranchante et puissante accompagnée d’un vibrato ample.

À New York, Louis est rapidement invité à participer à de nombreuses sessions d’enregistrement. D’abord avec l'orchestre de Fletcher puis au côté de Sidney Bechet, dans l'orchestre de Clarence Williams. Armstrong accompagne aussi des chanteuses de blues, dont l’ambassadrice Bessie Smith.

En novembre 1925, il retourne à Chicago. Sa réputation le précède. Aussitôt, il se voit engagé pour des séances de studio dès les premiers jours de son arrivée en enregistrant pas moins de dix titres comme accompagnateur de chanteur et chanteuse de blues : Blanche Calloway, Chippie Hill…


LOUIS ARMSTRONG ET LE HOT FIVE

Le 12 novembre 1925, son nom apparaît enfin sur la pochette d’un disque pour avoir dirigé la session. On y trouve les musiciens de l'orchestre de la pianiste Lil Hardin, son épouse depuis 1924 : le tromboniste Kid Ory, le clarinettiste Johnny Dodds et le banjoïste John Saint-Cyr. La particularité de cette formation est de n’avoir aucune rythmique classique. Pas de contrebasse ni de batterie. Ce qu’il va enregistrer dans la période qui va de novembre 1925 à avril 1932 est essentielle pour bien comprendre qui est musicalement Louis Armstrong et ce qu’il a apporté au jazz à travers cette formation, le Hot Five. Retenons dès à présent les titres ‘Sunset Café’, ‘Big Butter And Egg Man’ et ‘Cornet Shop Suez’ où il fait preuve de virtuosité et ‘Skit-Dat-De-Dat’ dans lequel il scatte un bref instant d’une voix rocailleuse tellement identifiable qu’elle personnifiera à elle seule une part de sa légende.


LOUIS ARMSTRONG AND HIS HOT FIVE : SKIT-DAT-DE-DAT

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Dans une époque où le jazz est encore dominé par de nombreux musiciens autodidactes, Louis Armstrong se révèle être un artiste d’exception qui écrase de sa technique, de son aisance à dialoguer et de sa personnalité bien des jazzmen de l’époque. Cette domination se révèlera dès les premiers enregistrements du Hot Five en 1925. Armstrong apparaît comme un musicien avant-gardiste qui prend de court tous les musiciens qui l’entourent.

À cette même période, Satchmo participe en tant que sideman à des enregistrements du ‘Red Onion Jazz Babies’ (avec le clarinettiste Buster Bailey, le tromboniste Aaron Thompson et le banjoïste Buddy Christian - Lil Hardin faisant au piano ce qu’elle peut pour suivre). Il y aura également des titres enregistrés avec l'orchestre du ‘Vendôme Théâtre’ dirigé par le violoniste Erskine Tate et qui comprend notamment Teddy Weatherford, un adepte du piano stride. Puis c’est la rencontre avec un virtuose du même genre, le pianiste Earl Hines (enregistrement de ‘DropThat Sack’ et ‘Georgia Bo Ho’).

Avec son Hot Five, Louis Armstrong parviendra à graver d’autres titres d’un grand intérêt. Citons : ‘Ory's Créole Trombone’, ‘Air de parade de La Nouvelle-Orléans’, ‘Hotter Than That’ où Armstrong exécute un "scat chorus", ‘Struttin' With Some Barbecue’, ‘Once in a While’ aux bonnes et longues improvisations collectives et ‘Savoy Blues’ où l'art de Satchmo se fait plus léger. Notons aussi la brillante intervention du trompettiste dans ‘Potato Head Blues’ et sa série de stop-chorus développée avec toute la cohérence d’un grand maître !

En 1928, dans le second Hot Five de Louis Armstrong, nous trouvons de nouveau le pianiste Heal Hines, le clarinettiste Jimmy Strong, le tromboniste Fred Robinson, le banjoïste Mancy Cara et le batteur Zutty Singleton. Earl Hines se révèle être le premier partenaire digne de Satchmo. Au cours d'une face hors série, Hines et Armstrong seront dialoguer simplement, avec une magnificence à la fois belle et mélancolique, en duo sur ‘Weather Bird’. La même année est également enregistrée 'West End Blues' avec une introduction des plus atypiques.

Pour ses derniers enregistrements, Louis Armstrong augmentera son Hot Five en faisant appel à un camarade de chez Fletcher Henderson, l'alto et arrangeur Don Redman, qui aura pour tâche d’affiner certains passages sur quelques titres pour leur apporter une meilleure cohésion face aux improvisations collectives. Citons ‘No One Eise but you’, ‘Save it Pretty Marna’ ou encore ‘Saint-James Infirmary’ et ‘Tight Like This’.


LOUIS ARMSTRONG AND HIS HOT FIVE : POTATO HEAD BLUES

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LES ENREGISTREMENTS D’AVANT-GUERRE

Pour l’amateur de jazz d’avant-guerre, l’importance de Satchmo dans l’histoire du jazz apparaît comme une évidence, on peut seulement regretter les prises de son de l’époque qui ne mettent pas toujours en valeur les qualités artistiques des musiciens. D’une façon générale tous les instruments accompagnateurs qui favorisent les sons graves sont défavorisés et le resteront jusqu’aux années 40. Bien souvent, les contrebassistes seront les premiers à maudire les prises de son et la mauvaise acoustique qui rendaient leur instrument inaudible derrière l’attaque des cuivres et le bruit des toms de la batterie.

Il faut reconnaître aussi que dans cette période, une certaine folie règne dans le jazz, un fanatisme libératoire qui explique que les enregistrements s’enchaîneront à un rythme effréné sans toujours posséder le recul suffisant pour bien faire. Les enregistrements sont perçus comme des instantanés, des clichés sonores avec parfois plusieurs prises d’un même titre à quelques jours d’intervalles. Il y aura parfois du déchet et des problèmes de mise en place qui s’expliquent par ce désir de conserver une trace sonore à une époque où n’existe comme support que le 78 tours.

Cette petite parenthèse permet de relativiser sur les qualités musicales des musiciens de cette époque qui, sans être techniquement irréprochable, parvenaient à détenir une « science musicale » que bien des musiciens classiques enviés, et dont l’acquisition était essentiellement due à un sens aigu de l’imitation et de l’observation.

SECONDE CARRIÈRE ET POPULARITÉ

Au début de l’année 1929, le Hot Five s'arrête d'enregistrer. Armstrong retourne à New York. Jusqu'à la fin de 1947, il ne se produira plus, à de très rares exceptions près, qu'en soliste à la tête de grandes formations. L'évolution de son art suivra une orientation des plus spectaculaires qui le conduira à se livrer, aux alentours de 1934-35, à des démonstrations techniques assez stupéfiantes.

Quel que soit le contexte, Armstrong reste excellent, alternant au duo piano/trompette (‘Dear Old Southiand’ avec Buck Washington), un plaisir de chanter qui s’entend (‘Saint-Louis Blues’). En 1934, lors d’un séjour en France, il enregistre trois titres qui seront importants dans sa carrière : ‘Tiger Rag’, ‘Saint-Louis Blues’ et ‘One The Sunny Side of The Street’.

De 1929 à 1946, Louis Armstrong devient la vedette de grands orchestres et n’aura plus la tentation de jouer avec de petites formations. Le vedettariat semble alors l’emporter sur le reste. Toutefois, le maître de la trompette n’en reste pas moins bon, ne sacrifiant jamais la musique qu’il aime à la facilité ou par pure convention de style.

Armstrong agit dans le jazz comme un réformateur du langage et des procédés. Il ouvre cette musique à des enrichissements harmoniques qui vont interroger plus d’un musicien de jazz. Dans plusieurs improvisations, la présence de notes altérées (dissonances) annonce ce que plus tard les musiciens les plus aventuriers développeront jusqu'aux limites extrêmes, au grand dam de ceux qui conduisent leur jazz dans des formes plus "traditionnelles".

Hollywood fait appel à Satchmo pour quelques films, tandis que Broadway cherche à l’engager dans le domaine de la comédie musicale. Sa discographie devient prolifique, et malgré quelques réserves sur la qualité des accompagnements orchestraux, Armstrong, par sa présence, parviendra toujours à relever le niveau. Citons : ‘Mahogany Hall Stomp’ (1933), ‘Ev'n tide’ (1936), ‘Jubilee’ (1938) et ‘Confession, Caïn and Abel’ (1939). Armstrong continue de chanter aussi en abordant un répertoire qu’il n’a pas encore beaucoup fréquenté, le gospel.

De 1938 à 1944, pour la radio et pour des concerts exceptionnels, il joue en compagnie d’autres grandes vedettes de jazz : Lionel Hampton, Coleman Hawkins, Fats Waller, Art Tatum... Il rejoue avec Sidney Bechet en revenant à la source du style polyphonique de la Nouvelle-Orléans et enregistre deux chefs-d'œuvre : ‘2 :19 Blues’ et ‘Down in Honky Tonk Town’.

Puis, après avoir joué dans le film ‘New Orléans’ sa carrière prend un tournant. II reconstitue un sextette sur les bases de son second Hot Five et engage l’excellent clarinettiste de Duke Ellington, Barney Bigard, ainsi que l’un des meilleurs trombones de sa génération, le tromboniste Jack Teagarden, le contrebassiste Arvel Shaw et le solide batteur Big Sid Catlett, sans oublier Earl Hines au piano qui croise une fois de plus sa route. C'est avec cet orchestre qu’il viendra se produire au premier festival de jazz de Nice, en 1948. Pendant près de 20 ans, entourée d’excellents musiciens formant une mixité d’artistes Blancs et Noirs, Satchmo fera revivre à travers de nombreux concerts tous les vieux airs traditionnels de la Louisiane, de ‘High Society’ à 'When the Saints’ jusqu’à ‘Twelfth Street Rag’.

Dans les années 50/60 l’artiste est très populaire. Sa présence, aussi bien dans les shows télévisés que dans les festivals de jazz, fait de lui un personnage incontournable. Cette popularité, il va lui donner du poids en enregistrant des classiques de la chanson : les inoubliables ‘La vie en rose’, ‘Mack the Knife’ et ‘C’est si bon’, le tendre 'What a Wonderful World', jusqu’à l'interprétation mémorable de ‘Hello Dolly’ transmettant comme pas deux sa bonne humeur !


LOUIS ARMSTRONG : WHAT A WONDERFUL WORLD (1967)

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Des duos en or voient aussi le jour avec de grandes vedettes : Ella Fitzgerald, Billie Holiday, mais aussi avec des artistes venus du music-hall comme Bing Crosby et Danny Kaye. À ceci ajoutons quelques microsillons aux vertus commerciales : ‘The Good Book’, un recueil de négro spirituals enregistré en 1958, ‘Satch Plays Handy’ (1954), 'Satch plays Fats' (1955), 'Louis Armstrong & Ella Fitzgerald, Porgy and Bess' (1958) et 'The Great Reunion avec Duke Ellington' (1961).


L’HÉRITAGE MUSICAL

Le 6 juillet 1971, ce géant du jazz nous quitte deux jours après avoir fêté son soixante et dixième anniversaire en compagnie de quelques amis et avoir joué une dernière fois de la trompette.

Toujours au service de la musique, Louis Armstrong n’avait pas son pareil pour éclairer le jazz d’un ton nouveau, musicalement et humainement. La Nouvelle-Orléans voyait disparaître un artiste unique dont chaque improvisation apportait une chaleur communicative et une grandeur musicale comme autant d’exemples à méditer pour les jazzmen débutants.

Bien sûr, pour goûter à cette grandeur, il faut passer par-dessus un entourage pas toujours au diapason du maître. Indépendamment des styles et des écoles, et par-delà la voix rocailleuse qu’on lui connaît, on retiendra aussi son humour qui ne le cédait en rien à une émotion généreuse capable de sensibiliser tous les publics, bien au-delà de la sphère du jazz.

Le trompettiste Ivan Julien dira de lui : « Tout en improvisant, Louis a véritablement révolutionné le mode d'emploi de la trompette en interprétant des phrases entières dans les registres jusqu’à là inusités. Il suffit de consulter les méthodes traditionnelles de l'époque pour constater que la trompette n'y dépasse pas le contre-ut, alors que Louis Armstrong a utilisé toute la tessiture de l'instrument et montait aisément jusqu'au contre-sol, non sous la forme d'exercices de virtuosité, mais dans le cadre d'un langage mélodique cohérent. »

En tant que maître de la technique d'un instrument réputé difficile, Armstrong a eu fort naturellement des disciples parmi les trompettistes, même si son influence a eu quelques influences dans bien d’autres domaines de la musique de jazz. Nombreux ont été les musiciens qui, sur des instruments divers, ont transposé quelques phrasés, de Coleman Hawkins à Django Reinhardt, et de Earl Hines à Jack Teagarden. Mais ce sont les trompettistes qui, naturellement, ont suivi son sillage. Citons parmi les plus représentatifs : Teddy Buckner, Buck Clayton, Roy Eldridge, Jonah Jones et Cootie Williams.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2020)


LOUIS ARMSTRONG & ELLA FITZGERALD : SUMMERTIME (1958)

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DISCOGRAPHIE SÉLECTIVE

  • The Sideman (1924-1927)
  • The Best of the Hot 5 and 7 recordings (1925-1927)
  • Satchmo's Greatest (1932-1933)
  • Back in New York (1935)
  • Louis With Guests Stars (1938-1949)
  • Harlem Stomp (1939-1941)
  • Town Hall Concert (1947)
  • Satchmo's Greatest (1947-1956)
  • New Orléans Function (1950)
  • Pasadena Civic Auditorium (1951)
  • Plays Pats and Handy (1954-1955)
  • Ella and Louis (1957)
  • Louis Armstrong & Ella Fitzgerald, Porgy and Bess (1958)
  • Louis and the Good Book (1958)
  • Louis Armstrong & Duke Ellington, The Complete Sessions (1961)
  • Hello Dolly (1963)
  • I Will Watt For You (1967)
  • Louis Armstrong And His Friends (1970)

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