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JAZZ ET INLUENCES


LA MUSIQUE JAZZ DE NOUVELLE-ORLÉANS ET SES GRANDS SOLISTES

Dans les premières années du 20e siècle, la musique en provenance de La Nouvelle-Orléans est avec le blues ce qui caractérise au mieux les fondations de l’histoire du jazz. Des musiciens tels que Louis Armstrong, King Oliver, Johnny Dodds ou encore Sydney Bechet seront à l’origine du premier grand bouleversement musical de ce siècle-là.


IL ÉTAIT UNE FOIS LA NOUVELLE-ORLÉANS

C’est dans les savanes humides où Manon Lescaut est venue mourir et où un tragique contexte social a conduit les siècles à travers les lois inhumaines de l’esclavage que va naître le jazz.

Située en Louisiane, La Nouvelle-Orléans n’est encore qu’une petite ville enfermée dans une boucle du Mississippi. La tradition d’une vie à la française est encore bien présente. La « Cité du croissant », telle qu’on la surnomme, respire différemment. Elle vibre aux sons d’une musique révolutionnaire.


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Cela a commencé avec les parades de Mardi-gras, les fanfares, les enterrements et les cérémonies vaudoues de Marie Laveau. Puis, la grosse caisse s’est transformée en batterie, les cuivres se sont diversifiés, la guitare est arrivée ainsi que le violon. Dans cette ville du Nouveau Monde où est né le ragtime aux confins des bordels et des dancings, l’improvisation collective imprimait une musique extrêmement vivante.

Un nouveau style venait de voir le jour, se pratiquant généralement à travers trois instruments solistes : la trompette, la clarinette et le trombone. On y retrouve un florilège de thèmes issus du ragtime, du blues et de marches. À l'époque, il est fréquent de différencier le style dixieland du style Nouvelle-Orléans en réservant la première appellation aux œuvres interprétées par des musiciens aux visages pâles. Cette distinction explique certainement qu’à cette époque le premier orchestre à utiliser «  publicitairement » le mot jazz devait être un orchestre de Blancs. L’Original Dixieland Jazz Band conduit par Nick La Rocca est d'ailleurs souvent cité par les historiens.


LA TRANSHUMANCE VERS CHICAGO

Après la fermeture des quartiers chauds de la Nouvelle-Orléans, les musiciens de jazz se sont dirigés vers Chicago. Dans les années 1920, la ville de Chicago était aux mains des gangsters. On y retrouvait encore plus de cabarets et de salles de danse que dans le Sud. L’emploi était précaire mais il y avait de l’argent à faire.

Peu après l’arrivée des immigrants, ce fut la prohibition. Cela déclencha la prolifération de bars clandestins où la clientèle réclamait de la musique pour lever le coude. Mais le son porta bien au-delà du ghetto. De jeunes blonds de la petite bourgeoisie vinrent écouter cette nouvelle musique dans les quartiers Noirs.

Le ‘Chicago Jazz’ s’est alors développée grâce à ces jeunes musiciens blancs passionnés. Suivant le mouvement de La Nouvelle-Orléans, ils adoptèrent néanmoins une démarche différente en ayant une approche plus classique et européenne, et réservant à l’improvisation collective des phrasés plus raffinée. Cette école des ‘Chicagoans’ introduira dans la musique de Nouvelle-Orléans, une variante énergique et rapide qui annoncera le jazz des années 30 et l’ère du swing.

Cependant, pour les spécialistes, les chroniqueurs et amateurs de jazz, seul le style ancien de La Nouvelle-Orléans représente ce qu’ils appellent la musique dite de « jazz authentique ». Amoureux de la musique des débuts, le jazz de La Nouvelle-Orléans aura une poussée de fièvre en redevenant à la mode dans les années 40 à travers le ‘New Orleans Revival’. Grâce à cet engouement, l’enregistrement ou la réédition de disques que l’on ne trouve plus nulle part verront le jour. C’est ainsi que seront sauver les plus beaux morceaux de cette époque légendaire. En partant à la recherche de musiciens oubliés et en les enregistrant, des musiciens trouveront là une bonne occasion d'inscrire à leur répertoire d'anciennes compositions de Jerry Roll Morton ou de King Oliver.


KID ORY : ORY'S CREOLE TROMBONE (1922)


HUIT FIGURES IMPORTANTES DU JAZZ DE NOUVELLE-ORLÉANS

LOUIS ARMSTRONG

Maître incontesté et figure incontournable du jazz, Louis Armstrong est né en 1901 à la Nouvelle-Orléans. Encore gamin, c’est dans cette ville qu’il constitue un orchestre vocal qui se produit dans les rues avant d’être envoyé, en 1912, dans un foyer pour enfants abandonnés après avoir tiré un coup de pistolet en l’air le jour de la Saint-Sylvestre. Il entre alors dans l’orchestre de cette maison et y joue du tambourin et du cornet.

Louis Armstrong

En 1918, il fait partie de l’orchestre de Kid Ory, puis de Fate Marable. Louis Armstrong enregistre son premier disque avec King Oliver en 1922, puis, successivement avec Fletcher Henderson et en compagnie de nombreuses chanteuses de blues dont Ma Rainey, Clara Smith et Bessy Smith.

En 1929, il rejoint New York et joue dans les « Hot Chocolate » avec le fameux pianiste Fats Waller. Il apparaît dans le film Flame et tourne dans différents courts et longs métrages. Le "cartoon" fait aussi appel à ses services pour Betty Boop (I'll Be Glad When You're Dead)

En 1932, la tournée qu’il effectue en Europe est un triomphe. Louis Armstrong devient dès lors une véritable star, ce qui lui vaut en 1952 d’être élu la plus importante figure musicale de tous les temps par les lecteurs du magazine ‘Down Beat’. Chaque année, le musicien effectuera des tournées en Europe mais aussi au Japon, Australie, Canada, Afrique et même en URSS. Victime d’un gros malaise en 1959, il n’en continuera pas moins à jouer jusqu’à son décès survenu en 1971.

SIDNEY BECHET

Sidney Bechet est le premier grand soliste de jazz que l’on ait enregistré devançant Louis Armstrong de quelques mois. Né en 1891 à la Nouvelle-Orléans, le clarinettiste est d’origine créole. Toute sa famille joue de la musique. À l’adolescence, il apprend la clarinette et commence à jouer avec George Baquet, Big Eye Louis Nelson, Lorenzo Tio et Leonard Bechet, qui n’est autre que son frère. Puis en 1908, avec de jeunes amis, il crée un orchestre pour finalement abandonner un an plus tard en étant engagé successivement par Buddy Petit puis John Robichaux et Bunk Johnson.

De 1916 à 1938, Sydney Bechet rejoint l’orchestre de King Oliver à la Nouvelle-Orléans puis à Chicago. Toutefois, lors d’une tournée européenne qui passe par la France, Sydney Bechet est incarcéré durant 11 mois à la suite d’une rixe à Pigalle. La crise économique venant, il se retire du jazz, ouvre une teinturerie, puis se joint à l’orchestre de Noble Sissie.

En 1938, à la faveur du ‘New Orleans Revival’, Bechet reprend du service. À la sortie de la guerre, il connaît un triomphe lors du 'Festival de jazz de Paris' et se marie en 1951 sur la Côte d’Azur, ce qui crée un véritable événement médiatique. Quatre ans après, il reçoit son premier disque d’or.

Après différentes tournées mondiales couronnées de succès, il s’installe en France où il devient un véritable parisien ; ville où il décèdera le jour de son 68e anniversaire après être devenu chez nous une vedette populaire considérable.

BARNEY BIGARD

Né à la Nouvelle-Orléans en 1906, Barney Bigard quitte la Nouvelle-Orléans en 1924 pour Chicago. Il entègre alors l’orchestre de King Oliver, et se laisse convaincre par lui d’abandonner le saxo ténor pour la clarinette.

Barney Bigard fera surtout sa réputation en devenant l’un des grands solistes de l’orchestre de Duke Ellington. Clarinettiste remarquable et doté d’une technique étonnante, il savait adapter le style de Nouvelle-Orléans à l’esthétique du grand orchestre.

Après la seconde guerre mondiale, il entre dans l’orchestre de Cozy Cole avant de retourner avec les 'All Stars' de Louis Armstrong au début des années 60. Il décède en 1980 à Culver City en Californie.

BIX BEIDERBECKE

Le cornettiste Bix Beiderbecke est né en 1903 à Davenport (Iowa). Sa mère est pianiste et organiste. L’enfant est précoce et joue à l’oreille des mélodies de Liszt. Son éducation musicale sera celle d’un autodidacte. Le jeune homme est fougueux et il n’a que 12 ans lorsqu’il découvre le chef d’orchestre Nick La Rocca. Il adopte le jazz et se passionne pour elle. Bix devient dès lors un fidèle admirateur de Bessie Smith, Louis Armstrong et King Oliver.

C’est à l’âge de 15 ans qu’il achète son premier cornet et invente une technique dotée d’un doigté original. En 1921, Bix part étudier à l’école militaire de Lake Forest, près de Chicago. Là, il joue avec différents groupes jusqu’à son exclusion. Ensuite il se produit avec Eddie Condon, ainsi que sur les bateaux à aubes du Mississippi.

En 1923, il rejoint le groupe les Wolverines, au sein duquel il devient rapidement la vedette. L’année suivante, il réalise son premier enregistrement. Puis tous s’enchaîne très vite. De 1925 à 1931, il enregistre avec l’orchestre de Tommy Dorsey, avant de s’associer avec Frankie Trumbauer pour créer le groupe 'Bix Beiderbecke’s Gang'. Malheureusement, côté vie privée, le cornettiste boit de plus en plus et sa production musicale s’affaiblit. En 1931, à seulement 28 ans, il meurt des suites d’une pneumonie.

Sa vie inspirera plusieurs œuvres posthumes ; un livre de Dorothy Baker Young Man with a Horn, qui sera traduit par Boris Vian et dont sera tiré un film. Le jeu doux et vibrant de Bix annoncera le son de la côte Ouest, en particulier le style propre à Chet Baker

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The Wolverines avec Bix Beiderbecke (Doyle's Academy of Music in Cincinnati, Ohio -1924)


JOHNNY DODDS

Johnny Dodds est l’un des plus important clarinettiste des débuts du jazz. Né en 1892 à la Nouvelle-Orléans, il pratique la musique d’abord en autodidacte avant de prendre quelques leçons avec Lorenzo Tio et Charlie McCurdy à 19 ans. Cet acquis lui permet d’entrer dans l’orchestre de Kid Ory.

En 1920, il se produit la plupart du temps à Chicago et parallèlement à son activité musicale, Doods dirige une compagnie de taxis. L’année suivante, après un séjour dans l’orchestre de Fate Marable où il joue sur les Riverboats, il rejoint King Oliver à Chicago et travaille régulièrement au Kelly’s Stables.

Même s’il devient un maître dans l’interprétation du blues à la clarinette, Johnny Dodds sera une figure non moins célèbre dans le Revival Dixieland. Participant aux séances du Hot Five et du Hot Seven de Louis Armstrong au milieu des années 20, il s’impose grâce à la facilité avec laquelle il pratique l’improvisation collective dont la musique de dixieland use régulièrement. Peu de temps avant sa mort qui survient en 1940, Johnny Dodds enregistrera avec le trompettiste Natty Dominique.

FLETCHER HENDERSON

Né à Cuthbert en Géorgie en 1897, Fletcher Henderson découvre le piano à l’âge de huit ans. Malgré des études de chimie, il choisit de faire carrière dans la musique. En 1921, il accompagne la chanteuse Ethel Waters. Puis il crée son propre orchestre, ce qui lui permet d’accompagner d’autres chanteuses de blues comme Bessie Smith, Ma Rainey ou Clara Smith. En 1939, il redevient simple pianiste en intégrant l’orchestre de Benny Goodman à qui il fournissait déjà des arrangements.

Fletcher Henderson devient un admirable chef d’orchestre et l’un des créateurs essentiels du jazz en grande formation. Il a surtout transformé le style de Nouvelle-Orléans en swing, en ayant recours au riffs (courtes phrases plus rythmiques que mélodiques à caractère répétitif, et destinés à pousser les solistes). Son succès tient aussi au fait qu’il a toujours su s’entourer des meilleurs musiciens dont Coleman Hawkins, Benny Carter et Russel Procope, trois musiciens qui feront partie du grand orchestre de Duke Ellington. En 1952 il est atteint de paralysie partielle et est contraint d’abandonner la musique en 1950. Il décèdera deux ans plus tard à New York.

KING OLIVER

King Oliver est né en 1894 à la Nouvelle-Orléans. Après avoir essayé le trombone, il débute au cornet jusqu’à devenir un grand spécialiste. Improvisateur talentueux, il est la mémoire vive du début du jazz. En 1917, il croise sur sa route Kid Ory puis part à Chicago.

En 1921, il crée sa propre formation au ‘Pergola Dancing Pavillon’ de San Francisco. L’année suivante, il crée le 'Creole Jazz Band' ou Louis Armstrong joue de la trompette. À cette époque, il effectue plusieurs séances d’enregistrement qui restent encore aujourd’hui une référence du style ‘La Nouvelle-Orléans’. Trois ans plus tard il fait partie de l’orchestre de Dave Peyton, dont il prend la direction, et qui devient le ‘King Oliver’s Dixie Syncopators’. Jusqu’en 1937, année où il décède dans la misère et l’oubli, King Oliver ne cessera de diriger des orchestres.

On doit surtout à ce musicien d’avoir permis au style de La Nouvelle-Orléans de ne plus être transmis par tradition orale mais d’être enregistré et diffusé. Le cornettiste sera l’auteur de thèmes qui ne cesseront pas d’être repris régulièrement tels que West End Blues dont l’interprétation pas Louis Armstrong est un chef-d‘œuvre.


KING OLIVER'S JAZZ BAND : WEST END BLUES (1928)

KID ORY

Edward Ory, dit Kid, est né en 1886, à La Place en Louisiane. C’est au banjo qu’il débute dans la musique. De 1913 à 1919, il part à La Nouvelle-Orléans pour jouer dans l’orchestre de Lewis Mathews qu’il dirige avec Matt Carey. Dans cet orchestre vont se succéder les plus célèbres musiciens : Johnny Doods, King Oliver, Louis Armstrong.

Sur les conseils de son médecin, il quitte en 1919 La Nouvelle-Orléans pour la Californie et constitue un orchestre qui devient le premier groupe noir louisianais à être enregistré. Après un passage à vide durant lequel il devient fermier dans un élevage de poneys puis ouvrier pour les chemins de fer (1933-1935), Kid Ory devient en 1944 l’un des protégés d’Orson Welles qui produit alors des émissions de radio sur le jazz. À sa demande il reprend le trombone et connaît alors un énorme succès en devenant l’une des figures les plus connues du Dixieland Revival.

À partir de ce moment, il n’arrêtera plus d’enregistrer, jouant également du saxophone et de la contrebasse. En 1961, il finit sa longue carrière dans son club à San Francisco, le ‘On The Levee’ et sa vie à Hawaï où il s’installe en 1971. King Oliver fera sa dernière apparition publique au ‘New Orleans Revival Festival’ la même année, avant de décéder deux ans plus tard à Honolulu.

Par Linda Brunelle (Cadence Info - 02/2019)
(ext. sources : « La Nouvelle-Orléans, capitale du jazz » de Robert Goffin / « Dictionnaire du jazz » de Philippe Carles, André Clergeat / « Les Maitres du jazz » de Lucien Malson)


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