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ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


LAURENT DE WILDE ET OTISTO : FLY SUPERFLY

Ils sont deux. L’un s’occupe des claviers (Laurent de Wilde) et l’autre de la programmation (Otisto 23). Leur personnalité complémentaire s’exprime avec bonheur pour la troisième fois dans un disque intitulé : Fly Superfly.


DE WILDE ET OTISTO, LE DUO AUDACIEUX

Laurent de Wilde est un pianiste compositeur qui parcourt les touches de son clavier au son d’un jazz contemporain, jamais hermétique. De sa rencontre avec Otisto 23 (de son vrai nom Dominique Poulet), lui-même ardent défenseur d’une musique électro audacieuse, est né un premier disque (PC Pieces) qui donnait déjà au son du piano acoustique des espaces sonores inconnus jusqu’alors, à mi-chemin des percussions et des sons synthétiques. Trois ans plus tard sortait Fly tout aussi indispensable que le premier. Sorte de prolongation d’un match dont ce serait la seconde mi-temps.


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Dans ce duo où se côtoie immédiateté et réflexion, l’intelligence du propos est de ne pas laisser le son du piano dormir tranquillement dans son coin, sans oser le bousculer, comme si transformer sa sonorité séculaire devenait un crime de lèse-majesté. Une fois de plus, pour faire avancer la musique, il faut oser franchir les frontières de l’interdit et le duo Wilde/Otisto parvient à nous surprendre agréablement en ayant cette attitude de conquistador.


AU FAIT, ET FLY SUPERFLY ?

Pour leur troisième opus, le duo a ouvert ses portées musicales à quelques convives tout aussi aventureux qu’eux. D’abord le saxophoniste Guillaume Perret (Monkadelik), dont nous avons fait déjà écho pour la sortie de son disque Guillaume Perret & The Electric Epic. Un musicien de jazz qui aime prolonger le son de son sax à travers quelques pédales misent en désordre et avec lesquelles il aime jongler du « tac au tact ». Ensuite Bijan Chemirani (Fly N'lips), un percussionniste franco-iranien et adepte du zarb comme son père, vient enrichir de sa prestation sa connaissance des cultures méditerranéennes. Enfin Nico Giemza « Tiko » (Druminium) voit dans l’expression vocale du beatbox, le prolongement du rythme à l’état pur.

Dès le premier titre de Fly Superfly, vous n’aurez certainement pas l’impression d’écouter du jazz, ni un jazz fusion qui aurait flirter avec quelques sonorités électroniques. Cette lucidité musicale, qui vous fait honneur, démontre en quelques secondes la marque de fabrique du disque Fly Superfly : une musique électro, qui pour une fois, ne se contente pas de poncifs éculés depuis des lustres.

Alors... Alors, faudrait-il faire appel une fois de plus à l’esprit frappeur du jazz pour que le beat robotique prenne de la hauteur ? Peut-être bien ! Aux sonorités éthérées de quelques accords dissonants de piano vient se greffer, se mélanger et se fondre une myriade de sons travaillés et mis en boucle, recherchés et originaux usant de sample & hold, pitch et filtres divers. Par l’approche rythmique et par les sons développés, Fly Superfly est un disque inclassable mais prenant, voire agressif par sa densité sonore à la limite du dance. Fly Superfly ne fait que traduire avantageusement la montée en puissance de l’album précédent Fly.


DE WILDE ET OTISTO (Live Triton)


Reste le domaine improvisé, propre au jazz qui, dans ce contexte, est toujours freiné par la complexité de la programmation informatique. Le challenge d’un tel disque, et a fortiori dans une prestation live, est de conserver une certaine marge de manœuvre pour que les musiciens ne deviennent pas l’esclave de la machine. Tous ceux qui flirtent avec la MAO savent cela. C’est donc dans ce difficile équilibre entre spontanéité et cadrage plus ou moins improvisé que le disque Fly Superfly a été réalisé. Un mois et demi de travail aura été nécessaire pour peaufiner les moindres détails. De là est né le pari de restituer cette communication musicale fort délicate entre homme et machine face au public, avec tous les risques que comportent ce genre d'exercice (retrouver Laurent de Wilde sur scène : ON TOUR).

Pour ceux qui découvriraient Laurent de Wilde, sachez que pour lui il n’existe pas de différence entre sa carrière jazz (à ce titre, je recommande l’écoute du disque Over the clouds) et sa collaboration avec Otisto. Ce sont deux parcours distincts derrière un seul et même homme. De quoi désorienter le moindre puriste de jazz !

En effet, que l'on soit un puriste de jazz ou pas, quand on sait que les sonorités entendues dans ce disque proviennent d’un piano acoustique ou presque, on est saisi, et on s’interroge déjà sur la puissance et les possibilités que nous offrira le numérique de demain... et la musique qui en surgira. Au fait, à quand le prochain disque ?

Ecouter le disque : FLY SUPERFLY

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2014)


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