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SCIENCE & TECHNIQUE


LE SCOPITONE, LE JUKE-BOX À IMAGES ET À CHANSONS

Dans les années 60, le Scopitone avait provoqué une véritable révolution dans le domaine artistique. Créé en France par la société Cameca, le Scopitone était une imposante machine qui permettait d’écouter et de voir les chanteurs et chanteuses de l’époque grâce à la projection de petits films. Bien des années après avoir disparu, le film Scopitone a refait surface grâce aux plateformes de diffusion comme Youtube ou Dailymotion…


LE FILM "SCOPITONE", UN ANCÊTRE DU CLIP

© Joe Mabel

Le Scopitone était un juke-box qui avait la particularité d’associer de l’image au son. Cela n’a l’air de rien, mais au début des années 60, les Français commençaient juste à découvrir la télévision en noir et blanc. Le scopitone, malgré son imposante taille, faisait office de prototype dans le domaine de la projection d’images en couleurs sur petit écran. Aujourd’hui, des années après l’arrêt de sa fabrication, le mot « scopitone » a fini par s’identifier aux petits films qu’il contenait.


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Le Scopitone était une machine capable de proposer 36 bobines 16 mm en couleur. Chaque bobine durait environ 3 minutes, le temps d’une chanson. Mis au point par l’ingénieur Frédéric Mathieu, l’appareil était équipé d’un écran au verre dépoli et légèrement bombé, et dont la taille était approximativement de 60 cm en diagonale.

On le trouvait généralement installé dans les bars à côté ou en lieu et place du classique juke-box audio. Son principe de fonctionnement était identique à ce dernier. Il suffisait d’introduire quelques pièces de monnaie pour que l’appareil aille chercher la bonne bobine, l’installe mécaniquement face au « faisceau » du tube projecteur, et que la diffusion des images démarre.

C’est au Salon de Paris en 1960 que l’appareil est présenté pour la première fois. La couleur qui jaillit du petit écran ne peut faire oublier la magie de son grand frère tout en technicolor et cinémascope, mais comparé à la qualité d’image de la télévision d’alors c’est Versailles !

Au Salon, l’étrange appareil attise tellement la curiosité des passants que le top départ de sa fabrication en série est décidé quelques mois après. C’est Alexandre Tarta, un des pionniers de l’ORTF, qui réalisera les premiers tournages destinés à l’appareil. Quelques temps plus tard, Claude Lelouch, qui deviendra un des grands noms du cinéma, se fera la main en tournant une centaine de clips promotionnels entre 1961 et 1965.

Mais si le film « scopitone » est aujourd’hui considéré comme l’antichambre du clip moderne, il a aussi contribué indirectement à déconstruire et à reconstruire la vision de la réclame, vieille et émoussée, en publicité moderne et dynamique au tournant des années 70.

Le tournage des « scopitones » se faisait généralement à la va-vite, avec un budget minimum et dans des décors naturels, été comme hiver. Les artistes se prêtaient au jeu et en retour les jeunes garçons et jeunes filles pouvaient voir enfin leurs idoles chanter leur dernière chanson quand ils le désiraient. Tout bougeait. L’époque était en plein « boum ». La populaire émission de radio « Salut les copains » sur Europe 1 et « Age tendre et tête de bois » animé à la télévision par Albert Reisner enflammaient toute une jeunesse en soif d’évasion et de liberté.

La grande dame du music-hall d’après-guerre, Daidy Davis-Boyer, que certains nommeront quelques années plus tard « Mamy Scopitone », était une impresario de spectacle qui croyait dur comme fer à l’avenir de ces petits films. Sa pugnacité a joué un rôle décisif dans la vulgarisation du film « scopitone » en impliquant financièrement les maisons de disques encore rétives à ce support tout fraîchement débarqué.

Le traditionnel 45 tours était à l’époque le premier objet de consommation auprès des jeunes. Pour les maisons de disques, la télévision effrayait quelque part. Trop d’audaces et trop d’imperfections techniques entouraient la diffusion des émissions. Il faut se rappeler qu’au tournant des années 60, la télévision française en était encore à ses balbutiements.

Or, le film « scopitone » n’avait pas que des défauts. Pour consolider l’image de l’artiste, pour sa promotion, et malgré une diffusion encore toute relative, il ne demandait pas de gros investissements financiers, c’était là un de ses gros avantages. C’est pourquoi, à partir de 1961/1962, le film « scopitone » est venu se placer dans la course en complément du traditionnel 45 tours. Pour les maisons de disque, le film « scopitone » était fort utile, car il permettait aux chanteurs de toute tendance de faire « circuler » leur dernière chanson jusqu’aux endroits les plus reculés. La promotion de l’artiste étant mieux assurée, la maison de disques acceptait de financer, tandis que la société de productions garantissait le bon déroulement de la réalisation technique.


L’ENVOLEE DU SCOPITONE

Si aux Etats-Unis le scopitone est directement concurrencé par une télévision solidement implantée et a beaucoup de mal à percer, il n’en est pas de même en France où le petit écran reste encore confidentiel. Dès lors, le gros juke-box Scopitone envahit les lieux de réunion festif, les bars et les troquets. La société Cameca fabriquera et proposera deux modèles le ST-16 et, à partir de 1962, le ST-36, plus imposant et doté d’un écran légèrement plus large.

Aux Etats-Unis, les objectifs mis en place pour réaliser le moindre des films « scopitones » sont à l’image du pays. Ils sont « recadrés » pour satisfaire la mainmise d’une production cinématographique omniprésente et d’un music-hall qui ne l’est pas moins. Ce qui fait le charme, voir l’amateurisme du « scopitone » français, disparaît dans la réalisation américaine. Filmée généralement en studio avec une équipe conséquente, faisant appel à des danseurs, la mise en scène est plus proche de la comédie musicale avec ses « girls » et ses décors qui en jettent que d’un tournage français où l’improvisation est souvent la règle.

Vous l’aurez compris, le « rapide et pas cher » est la marque de fabrique du scopitone français. Un point c’est tout ! Pourtant, il faut le reconnaître, avec très peu de moyens, nos « scopitones » ne manquent pas d’idées. Un brin sexy, mal synchronisé avec parfois à la clé pas mal d’humour, nos films « scopitones » étonnent et amusent jusqu’aux quatre coins de la France, même s’ils ne permettent pas aux artistes de s’exporter. D’ailleurs, aux Etats-Unis, le « scopitone » français est perçu comme une curiosité.

Pour les chanteurs, mais aussi pour les comiques, le scopitone devient indispensable. Grâce aux diffusions, l’impact populaire de l’artiste se répandait bien au-delà de l’« image cadrée » des magazines ou des tours de chant retransmis par la radio. Très souvent dans ces tournages « système D », il soufflait un vent de liberté.

Aujourd’hui, il suffit de visionner ces petites perles en ligne sur Internet pour avoir ce sentiment étrange d’intemporalité, comme si cette époque avait été murée dans le temps. Après tout, c’est peut-être une question de naïveté, de spontanéité, ou tout simplement à la suite de tout un tas de gentils défauts que ces petits come-back nous semblent insaisissables.


LA FIN DU REGNE

Quand le marché américain calcule son investissement, qu’il fabrique des contrats d’exclusivité pour ses artistes et qu’il compose des titres destinés uniquement à l’appareil, la publicité n’est jamais loin. Fort heureusement, en France, le rouleau compresseur qui impose les coupures et dicte sa loi n’aura pas vraiment le temps de prendre racine, car dès 1966 le juke-box Scopitone commence à battre de l’aile et accuse des pertes importantes. Aux Etats-Unis, aucune machine ne sera vendue au cours du premier trimestre 67 et en France ce n’est guère mieux, car petit à petit la télévision fait son chemin dans les foyers et les émissions de variété animent déjà les soirées familiales. Le Scopitone montre dès lors ses limites. En 1969, il fait « grise mine ». Il est temps pour lui de disparaître…

le Scopitone avait des concurrents : le "Color-Sonics" aux Etats-Unis qui logeait les films dans des cartouches et le "Cinebox" en Italie qui diffusait les images à la façon d’un rétroprojecteur. Mais aucun des deux appareils ne sera aussi populaire que le Scopitone.

Quelques exemplaires ont atterri dans les caves tandis que d’autres se cachent dans les greniers, à l’abri des regards. Certains sont bazardés au plus offrant quand d’autres partent à la décharge. L’appareil ne fait plus rêver. La folie est passée. De nombreuses bandes brûlent en enfer et disparaissent, tandis que d’autres vivront un long purgatoire avant de renaître restaurées trente ans après.

Cependant, quelques juke-box Scopitone vivront une autre vie, exposés pour les besoins de la science ou pour ceux des universités. La NASA utilisera ces curieuses machines pour présenter au public l’histoire de la conquête spatiale, la médecine également en aura usage tout comme certains sex-shop avant que ne déferlent les films pornos des années 70. Mais tout ceci ne durera bien évidemment qu’un temps très court. C’est en 1974 que la Cameca arrêtera la production du juke-box à images.

Fort heureusement pour nous, grâce à la vigilance et à la nostalgie de quelques collectionneurs, nous avons aujourd’hui le privilège de regarder gratuitement sur Internet les débuts de Claude François, de Johnny Hallyday ou de Frank Alamo, mais aussi de Brigitte Bardot, Guy Bedos et pourquoi pas quelques reliques de Manitas de Plata, de Brel, Bécaud ou Aznavour. Hé Oui ! Le film « scopitone » ne s’adresse pas uniquement aux chanteurs yéyés. Et si quelques chansons célèbres ont réussi leur pari en misant sur le « scopitone », d’autres sont demeurés de parfaites inconnues. Jugez plutôt : Le bout de tes seins, La cave à Zin Zin, Femme de Caverne, Le jeune garçon boutonneux, Topless A-Go-Go… Quel programme !


ADRESSES UTILES

Voici une adresse utile qui vous permettra de connaître la liste des chansons et des artistes qui ont participé à des films « scopitone » : Scopitone Archive

Sur Scopitones.blogs, quelques stars étrangères vous attendent pour un programme très kitch.


Par Elian Jougla (Cadence Info - 09/2016)

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