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INSTRUMENT ET MUSICIEN


DE L'INFLUENCE DE LA MÉTÉOROLOGIE SUR LES INSTRUMENTS DE MUSIQUE

Dès qu'ils accompagnent les musiciens sur les routes, les instruments de musique sont fréquemment exposés à l'humidité comme à la chaleur. Habituellement, tout un arsenal de précautions est pris avant et après chaque concert pour les préserver. Quels sont ces dangers si redoutés ? Des luthiers dressent en réponse un résumé des problèmes majeurs provoqués par les « caprices météorologiques ».


L'ÉTÉ, LA SAISON DE TOUS LES DANGERS

Les instruments de musique sont particulièrement fragiles. Ils le sont avant tout lors du transport, en cas de choc. Mais pour les musiciens, l'autre risque, c'est quand l'objet de toutes les attentions doit affronter les éléments climatiques. Or, malgré divers moyens de protection plus ou moins efficaces, inéluctablement, un instrument de musique est sans cesse confronté à la réalité de l'environnement. Dès qu'il doit servir, rien ne peut le mettre à l'abri. L'été représente une période particulièrement délicate car il est impossible de combattre l'agressivité de la chaleur, le jour, et d'atténuer l'assaut de l'humidité, le soir venu. Chaque instrument, qu'il soit acoustique ou électronique, possède ses propres faiblesses que tout bon musicien doit connaître.

© Firmbee pixabay.com – La guitare est un instrument délicat qui réclame toute l'attention de son utilisateur.

Prenons la guitare acoustique. C'est l'exemple parfait en étant un instrument fréquemment utilisé en plein air. Avec le violon ou le piano, il a en commun de posséder une matière « vivante » : le bois. Pour la guitare, les essences peuvent être de l'acajou et de l'épicéa, comme pour le violon, voire en étant composé de bois stratifié.

À ce stade des explications, il faut comprendre que la dégradation d'un instrument ne survient pas habituellement dans l'immédiat. Il peut s'écouler un certain délai, plusieurs jours, voire des semaines, avant que le musicien ne s'en aperçoive. Or, ce qui est primordial pour lui, c'est de pouvoir compter sur son instrument, à tout moment, comme si sa vie en dépendait !


LES RISQUES DUS AUX EXPOSITIONS

En été, le premier inconvénient sont les rayons du soleil qui viennent frapper directement le bois de l'instrument, ce qui peut susciter quelques inquiétudes quand l'exposition se prolonge. Ensuite, le fait qu'il soit nécessaire durant un concert d'accorder la guitare (ou le violon) à plusieurs reprises est fréquemment le signe que celui-ci est en souffrance (exception faite d'un nouveau jeu de cordes fraîchement installé). Faute de quoi, un tel problème peut provenir des chevilles ou du manche. Toute proportion gardée, le même mal existe aussi sur un piano installé à demeure dès qu'il justifie plusieurs accords dans une année.

Un instrument soumis à des chocs thermiques successifs s'abîme. De la même façon, une humidité trop élevée peut occasionner de gros pépins incompatibles avec l'attente et l'exigence du musicien. Le bois gonfle à court terme, de même que les composants métalliques s'oxydent et perdent de leur efficacité. Des changements brutaux de chaleur et d’humidité risquent par ailleurs d'entraîner le gauchissement et l’endommagement des cordes métalliques d’instruments tel que le violon.

© Planet Waves – L’humidificateur "Rosace Guitare" utile sur les routes. Suspendu entre les cordes de la guitare, il suffit d’humidifier l’éponge interne lorsqu’elle s’assèche pour conserver une source d’humidité constante.

L'humidité prend son temps, mais quand les signes deviennent apparents, cela ne présage rien de bon. Pour le musicien, le minimum est de loger le précieux objet à l’abri de la lumière directe du soleil dès qu'il ne sert plus, puis d'essuyer les cordes avant de nettoyer l'instrument et de le ranger dans son étui. Toutefois, attention ! Le manque d'humidité possède aussi ses revers. Le risque encouru pour l'instrument est de voir naître des fissures (parfois difficile à voir à l'œil nu sans une expertise poussée par un luthier). Cela se produit fréquemment là où il existe d'importantes tensions, en particulier avec les cordes.

Trop humide ou pas assez humide ? Le taux idéal de conservation des instruments qui y sont particulièrement sensibles doit se situer dans la moyenne, à savoir aux alentours des 50 % d’humidité relative. Bien entendu, pour les musiciens qui sont constamment sur les routes, ce taux ne veut pas dire grand-chose, la protection apportée par un étui étant tout de même assez limitée.


LE CHOC DES TEMPÉRATURES

Concernant le rapport aux températures, la règle est claire : lorsque la chaleur affecte l'instrument, elle le fait dilater, et quand la température est froide, elle le contracte. Ce phénomène physique naturel ne serait pas aussi grave s'il n'avait pas un impact direct sur la sonorité. En effet, un instrument acoustique est censé vibrer pour produire des ondes sonores. Or, la contraction ou la dilatation des composants naturels peuvent non seulement affecter la façon dont les sons retentissent dans l’instrument, mais aussi la capacité que celui-ci a de résonner. Dans ce cas, c'est son intégrité physique qui peut être compromise.


QUAND L'ÉLECTRICITÉ S'EN MÊLE

Concernant les instruments électriques, tels que les synthétiseurs, les guitares et les basses, le musicien est dans ce cas confronté aux problèmes engendrés par la fragilité des composants électroniques et les prises de liaison. L'humidité joue ici à l' « apprenti sorcier » en n'évitant pas l'oxydation à moyen terme des pièces mécaniques ou non qui entrent en contact avec son mode de fonctionnement.

Ce genre de problème provoque des bruits parasites qui se présentent notamment quand les pièces en contact n'ont pas été convenablement traités en surface par un produit d'entretien adéquat et protecteur ou dès qu'un conducteur est sur le point de rompre. Dans les cas les plus extrêmes, un taux d'humidité trop excessif (temps orageux, pluie) peut conduire à faire masse avec le musicien (décharge électrique ou électrocution). Cela se produit en particulier quand le réseau d'installation des circuits électriques n'est pas conforme (prise de terre sécurisée). Fort heureusement, ce genre d'accident est aujourd'hui plus rare que par le passé !


LES INSTRUMENTS À VENT NE SONT PAS À L'ABRI

Comme pour la guitare, le violon ou le piano, les instruments à vent peuvent être affectés par les intempéries. Ils sont tout aussi vulnérables à la chaleur et à l’humidité. Leur particularité est d'être regroupé en différents types de bois et de métaux. Ceux en bois sont le plus souvent faits à partir d'un arbuste d'origine africaine, le grenadier, qui possède des propriétés sonores idéales en raison de sa densité. Quant à ceux en métal, ils sont généralement en laiton et recouverts d’or ou d’argent.

© pxhere.com – Le danger : la circulation de l'air dans l'instrument.

La spécificité du fonctionnement des instruments à vent est la circulation de l'air. En soufflant, l'air rejeté par le musicien contient un taux d'humidité qui pénètre dans les « entrailles » de l'instrument. Le danger à long terme est de provoquer des fissures dans le bois et de le dilater. Les instruments à vent en métal, bien qu’étant dans l'incapacité d’absorber l’humidité, peuvent néanmoins en être affectés. La réaction se situe au niveau moléculaire et aboutit à des modifications acoustiques sur le son, ce qui a pour effet de modifier immédiatement le ressenti vécu par l'instrumentiste et, par voie de conséquence, de bouleverser son jeu.


LA SOLIDITÉ TROMPEUSE DES PERCUSSIONS

Comme d'autres instruments acoustiques, la batterie n'est pas à l'abri. Derrière sa solidité apparente, elle possède des futs en acajou, bouleau ou érable, une caisse claire souvent en métal, et des peaux circulaires désormais en plastique. Ces divers éléments placés bout à bout aboutissent généralement au même constat que décrit précédemment : une altération de la qualité sonore quand une chaleur excessive ou un taux d'humidité élevé s'invitent.

L'humidité absorbée produira un son plus sourd et plus grave en réduisant les vibrations du fut, et si la peau de surface est naturelle (animale), elle aura tendance à se détendre, et donc à modifier davantage la hauteur de l'accord.

Les températures extrêmes peuvent de la même façon endommager les fûts jusqu'à les fissurer dans les cas extrêmes. Ceci s'explique, en partie, par le mode de fabrication qui consiste habituellement à fabriquer les tambours avec une succession de placages minces avec des plis en bois qui peuvent à tout moment se décoller.

Et les cymbales, me direz-vous ? On imagine mal qu'une cymbale puisse se fendre, et pourtant, cela arrive parfois quand elle subit un choc thermique d'une forte amplitude, par exemple en passant rapidement d'un froid intense provenant de l'extérieur à une chaleur excessive dans un lieu confiné.


EN CONCLUSION...

Pour minimiser tous ces risques, la règle est élémentaire. Elle dépend prioritairement de la situation géographique. Chaque région est traversée par des températures et des humidités variables : bord de mer, forêt, montagne... Le musicien doit en tenir compte en portant une attention préventive sur l'entretien de son instrument. Lors d'une tournée, où il peut se produire des accidents météorologiques imprévisibles (orage, vent violent...), la prise de conscience est primordiale. La prévention, l'entretien, mais aussi la sécurité doivent devenir comme un cérémonial avant et après chaque concert. Il faut que le musicien y soit toujours préparé, au cas où l'imprévisible se produirait !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2023)

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Conçu par Quintron, un musicien chercheur et curieux de tout, le Weather Warlock est un synthétiseur qui a ceci de particulier de réagir aux événements de la nature comme le vent ou la pluie pour produire ses sonorités.


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