SON & TECHNIQUE


LES DIFFICULTÉS DE LA PRISE DE SONS : VENT, SON LOINTAIN, BRUIT PARASITE...

Faisant suite à LA PRISE DE SON EN EXTÉRIEUR ET LE PRENEUR DE SON, ce second volet aborde plus particulièrement les difficultés techniques rencontrées sous certaines conditions : vent, bruits parasites, son lointain, etc.


ENREGISTRER DES SONS LOINTAINS


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La parabole et le micro canon sont deux outils visant à enregistrer des sons éloignés. Malheureusement, pour réfléchir les basses fréquences, une parabole devrait théoriquement mesurer dix-sept mètres de diamètre ! (rapport aux lois physiques) Sachez, que le capteur, placé en son centre, récupère essentiellement les sons sur les côtés. Il faudra opter pour une directivité assez large, presque hypercardioïde.

À l’inverse, le micro canon est caractérisé par une polarité supercardoïde. Il est capable de récupérer un son jusqu’à environ cinq ou six cents mètres derrière. On prendra donc soin de ne pas rester dans l’axe, faute de polluer la prise au moindre bruit généré (respiration, mouvements, etc.) Avec un micro canon, il n’est pas évident de viser correctement. Dans ce contexte, le casque est un précieux auxiliaire. N’oublions pas non plus le déplacement du son dans l’espace qui n’est que de 300 mètres par seconde. Nous voyons plus vite le sujet que le bruit qui émane de lui.


SON STÉRÉO ET PRÉAMPLIFICATION

Dehors, vouloir se lancer dans la prise de son stéréophonique avec deux micros mono ne va pas sans poser divers problèmes, à commencer par la mobilité. Qui dit deux capteurs dit deux bonnettes, un pied résistant, etc. Tout ceci viendra singulièrement alourdir le matériel à déplacer. Qui plus est, même deux modèles soi-disant identiques ne se comporteront peut-être pas tout à fait pareil. Pour corser la difficulté, lors d’une réduction mono, les voies du hors phase sont impénétrables, surtout pour qui n’a pas réglé très précisément l’écartement des micros… Nous ne saurions que trop vous recommander un capteur stéréo.

Pour un bon enregistrement, une préamplification des signaux est nécessaire. Il doit accepter les micros dynamiques, comme statiques et fournir une alimentation fantôme 12 ou 48 volts. Il doit disposer d’un atténuateur, d’une diode indicatrice de saturation et d’un filtre coupe-bas (80 ou 160 Hz).

Le filtre coupe-bas a une énorme importance. Il évite que les prises d’ambiance ne soient entachées de bruits parasites et autres perturbations dans les graves, dus à toutes sortes de vibrations.

Des sons très faibles, comme ceux des oiseaux, impliquent de pousser le préamplificateur. Dans de telles circonstances, pour ne pas risquer de récupérer jusqu’au moindre bruit de respiration, il est nécessaire de déclencher l’enregistrement et de s’éloigner.


LE PROBLÈME DU VENT

En extérieur, le vent est le principal ennemi du chasseur de son. Quoi de plus frustrant, en effet, qu’un enregistrement gâché par un léger vent ! Pour lutter contre ce venteux fléau, deux solutions sont envisageables, la bonnette étant au premier abord la plus efficace. Attention : il ne s’agit pas de ce vulgaire capuchon en mousse utilisé en studio, et dont l’efficacité laisse à désirer dans une telle situation, mais de tout un dispositif entourant le micro.

Si le vent n’est pas trop violent, un parasol rectangulaire rivé au sol par des piquets de tente protègera votre microphone avec efficacité. Ceci dit, pour enregistrer une tempête, même la bonnette s’avère insuffisante.

Quelle solution adopter alors ?

Celle du bloc de mousse de cinquante centimètres de côté, que l’on trouera au cutter pour y enfouir le capteur.


L’ENREGISTREMENT DE NUIT

La nuit, le bruit ambiant diminue, les sons sont plus “propres”. Cela évite de devoir les “shunter” très rapidement, ils respirent mieux.


LE CASQUE

Tout comme en studio, il importe de pouvoir faire confiance à une écoute que l’on considère comme sa référence. Pour éviter que le son direct ne se mélange au retour casque, on s’orientera éventuellement vers un modèle de type fermé (pour s’isoler davantage des bruits environnants, on se coiffera d’un casque de moto).

Au moment où l’on enregistre, l’écoute au casque n’est pas toujours conseillée. Bien qu’elle aide à déceler certains bruits perturbateurs (pied de micro qui bouge, vent sur la capsule…), elle détourne souvent l’attention du chasseur de son, qui se concentrera plus sur le retour du magnétophone que sur le bruit si convoité.


ENREGISTREMENT NUMÉRIQUE OU ANALOGIQUE ?

Avec l’enregistrement analogique (bande, cassette) le faible rapport signal/bruit doit être compensé. Enregistrer dans le rouge n’est pas forcément dangereux. D’ailleurs, pour les sons “violents”, la compression naturelle qu’inflige la bande au signal donne de meilleurs résultats qu’en numérique.

Dans les années 50, 60, les sons passaient par des micros qui n’encaissaient pas, des préamplificateurs qui n’encaissaient pas et de la bande qui n’encaissait pas ! Pire : tout ce petit monde se retrouvait sur du 35 mm, qui encaissait encore moins… Pourtant, les explosions, par exemple, avaient une grosseur impressionnante. Le véritable challenge, c’est de parvenir à obtenir un gros son sur petite écoute. Comment, à faible niveau, reproduire la sensation de puissance d’un réacteur qui, dans la réalité, fait un bruit énorme ? Dans “La mort aux trousses”, on entend un son d’avion complètement saturé, ce qui lui donne une dimension prodigieuse. L’enregistrement analogique marche vraiment bien pour ce genre de choses.

En numérique, on ne peut pas se permettre de saturer. Du coup, cette espèce de gros son est impossible à retrouver. En numérique, avec des explosions, des portes qui claquent, il est difficile d’obtenir de bons résultats, sauf, peut-être en insérant un compresseur entre le micro et l’enregistreur numérique.


L’ENREGISTREMENT À LA MODE

Prendre des bruits, que l’on a déjà enregistré quelques années auparavant, n’est pas forcément inutile. Le matériel change, les techniques de prise de son également. C’est exactement comme la couleur d’une batterie qui, aujourd’hui, n’est plus du tout la même qu’il y dix ou vingt ans. Cette espèce de mutation oblige à tout recommencer régulièrement. C’est un cycle sans fin.


DANS LA RUBRIQUE “ASTUCES”…

La base d’un pupitre pour partitions peut se révéler bien utile, en le transformant en pied de micro. On fixe à l’extrémité du trépied (après avoir ôté le pupitre) la perche du micro. Ainsi, vous avez à votre disposition un pied de micro léger et pliable. Ses pieds étroits permettent de l’enfoncer en terre facilement et en cas de fort coup de vent, des piquets de tente renforceront sa stabilité.

Pour avoir de l’autonomie, question alimentation, les piles ont une durée de vie limitée. Vous pouvez utiliser une batterie moto en remplacement. C’est peut-être lourd, mais une batterie moto vous donnera une autonomie de plusieurs jours. Vous raccorderez la sortie à une “embase” d’allume cigares, pour ensuite acheter le kit permettant justement de relier votre magnétophone à une telle “embase”.

Pour fabriquer la bonnette, voici une astuce de M. Courtois : “commencez par vous munir d’un tuyau de PVC et coupez-en trois rondelles, d’environ 5 mm de large. Procurez-vous ensuite un bout de grillage en plastique (destiné aux clôtures). Le quadrillage doit former des carrés d’à peu près un centimètre de côté. Muni de ce grillage, fabriquez un cylindre de cinquante centimètres de long, que vous collerez autour des trois bagues de PVC (l’une au centre, les deux autres aux extrémités). Reste à fermer ce cylindre à l’un des bouts, en y collant, là encore, un morceau de grillage en le bombant. Il faut à présent recouvrir le tube d’un tissu style « moustiquaire ». Pour fixer le micro à l’intérieur, rien de tel que des “anneaux” découpés dans de la mousse rigide (servant à fabriquer les matelas). Cette bonnette va filtrer les grosses rafales, les bourrasques du vent, mais pas la brise. Or, en extérieur souffle toujours un petit vent léger. D’où l’intérêt, pour l’atténuer, de recouvrir l’ensemble d’un tissu en poil long“.  Cette fabrication artisanale vous évitera de dépenser quelques dizaines d’euros, ce qui n’est déjà pas si mal !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 05/2013)


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