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JAZZ ET INLUENCES


PACO DE LUCIA

« Je veux seulement suivre mon chemin » (Solo quiero caminar), affirmait le titre d’un de ses disques, en 1981. Le chemin de Francisco Sánchez Gómez, dit Paco de Lucía, s’est interrompu brutalement au mois de février 2014, sur une plage de Cancún, au Mexique. Une crise cardiaque a emporté, à 66 ans, l’un des plus grands guitaristes de l’histoire, tous genres confondus. L’homme qui a converti au flamenco des amateurs de rock et de jazz du monde entier, et incité des légions d’apprentis à tenter de percer les secrets de cet art mystérieux, issu du peuple gitan.


EN GUISE D'HOMMAGE

« Paco fils de Lucía » n’était pas gitan, mais il avait baigné dans la culture flamenco d’Algésiras, à la pointe sud de l’Espagne, où il était né en 1947. Sa mère, portugaise, chantait très bien, dira-t-il plus tard, quant à son père et futur impresario, Antonio Sánchez, de profession marchand de tissus, il fréquentait le milieu musical et était l’ami de Niño Ricardo, guitariste qui laissera une empreinte profonde sur le jeune Francisco.


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Antonio Sánchez n’envisageait qu’un avenir pour ses trois fils : stars du flamenco ou rien. L’aîné, Ramón, né en 1939, montre vite des dispositions pour la guitare. José, dit Pepe, s’investit dans le chant, tandis que le benjamin, Paco, opte lui aussi pour les cordes. Paco et Pepe n’attendent guère pour être célèbres : le duo chant-guitare leur assure, sous le nom de Los Chiquitos de Algeciras, concerts et enregistrements. Mais le papa a une autre ambition pour Paco. Qui confiera à Libération, en 2010 : « Mon père avait l’idée fixe de faire de moi un guitariste soliste. Moi, je préférais accompagner le chant et la danse, c’était beaucoup plus amusant. Mais on m’imposait une discipline de fer, travailler l’instrument plusieurs heures par jour. »

© Cornel Putan - Paco de Lucia (2007)

« Pas d’école ». En 1960, la compagnie du danseur italien José Greco engage les deux frères pour une tournée aux Etats-Unis : « Pendant un an, j’ai été l’enfant le plus heureux du monde. Pas d’école, des villes différentes en permanence… Ce n’est que plus tard que j’ai ressenti le manque de formation scolaire. » Au fil des voyages, le guitariste rattrape son retard et découvre le jazz, la bossa-nova, le classique aussi. En 1968, il croise la route d’un jeune chanteur gitan surnommé Camarón de la Isla. Leur rencontre bouleverse la face du flamenco : d’abord respectueux de la tradition, ils vont progressivement s’affranchir des cadres préétablis. Démarche qu’ils poursuivront chacun de son côté.

En 1975, Paco de Lucía devient une vedette : il fait chavirer touristes et autochtones avec Entre Dos Aguas, tube de l’année en Espagne. Vingt ans plus tard, cette rumba instrumentale reprendra du service grâce au DJ José Padilla, qui la transforme en un des hymnes du Café del Mar, à Ibiza.

Dénuement. La renommée du musicien a déjà dépassé les frontières. L’Américain Al Di Meola, guitariste de Chick Corea, l’invite sur son album Elegant Gipsy, en 1977. En 1980, les deux hommes sont rejoints par John McLaughlin, du Mahavishnu Orchestra, pour une tournée à trois guitares entrée dans la légende. L’album Friday Night in San Francisco, paru en 1981, scelle la réputation de ce guitar trio, qui publiera deux autres disques, en 1983 et 1996.

À partir des années 80, la musique de Paco de Lucía concilie la tradition du flamenco et l’expérimentation. Son sextette comprend deux musiciens de jazz, Jorge Pardo aux saxo et flûtes et Carles Benavent à la basse électrique, et un percussionniste brésilien, Rubem Dantas. La formation devient une véritable école, qui verra passer les guitaristes Niño Josele ou Chicuelo, les chanteurs Duquende ou El Cigala, les danseurs Israel Galván ou Eva Yerbabuena.

En 1992, la disparition de Camarón de la Isla est un coup dur ; d’autant qu’une partie de la communauté gitane lui reproche, de façon absurde et malveillante, d’être devenu riche, alors que le chanteur est mort dans le dénuement. Il décide de prendre du recul, s’installe au Mexique, puis revient vivre à Majorque. Son dernier disque en studio, Cositas Buenas, remonte à 2004. En 2011, il avait publié un excellent live.

Pour nombre d’auditeurs et d’apprentis guitaristes, c’est la vitesse d’exécution qui rendait Paco de Lucía unique : le site américain "Musician Active" avait compté dans ses solos 18 notes par seconde. Mais on aurait tort de ne retenir de lui que les prouesses techniques. Paco de Lucía a profondément réinventé non seulement le flamenco, mais aussi la guitare, qu’il a portée vers des sommets d’expressivité rarement atteints auparavant.

Par Xavier Gomez (Cadence Info)


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