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JAZZ ET INFLUENCES


JOHN McLAUGHLIN ET LE "MAHAVISHNU ORCHESTRA", UNE DÉVOTION AU JAZZ-ROCK

« Pour moi, la musique doit être un combat qu'il faut oser mener jusqu'au bout, jusqu'aux carrefours de l'inconnu. » Cette phrase résume à elle seule, la personnalité du guitariste anglais John McLauglin qui fera du jazz-rock l'un des épicentres de sa recherche musicale avec la musique indienne.


LA DÉCOUVERTE D'UN GUITARISTE D'EXCEPTION

Né à Doncaster dans le Yorkshirele, en 1942, dans une famille de musiciens (sa mère était violoniste de concert), McLaughlin étudie le violon et le piano dans son enfance avant de se saisir de la guitare à l'âge de 11 ans. Curieux de tout, il grandit en explorant des styles allant du flamenco au jazz, celui de Tal Farlow et de Django Reinhardt, ce qui le conduit à développer une technique instrumentale exceptionnelle, considéré par de nombreux musiciens professionnels comme le meilleur guitariste contemporain.

© Brian McMillen (wikimedia) – John McLaughlin au "Berkeley Jazz Festival" (05/1980).

John McLaughlin entame sa carrière dans un orchestre de jazz anglais, avant de se faire remarquer dans les années 1960 au sein du Graham Bond Organisation, une formation qui comprenait le batteur Ginger Baker et le bassiste Jack Bruce (entre autres), puis auprès de l’organiste Brian Auger. Devenu un guitariste de studio recherché, il joue avec Georgie Fame, Wilson Pickett, Pete Brown, mais aussi avec David Bowie, alors inconnu, et les Rolling Stones.

En 1968, il retrouve son ami de longue date Jack Bruce, avec lequel il enregistre l'album Things We Like. Le suivant, intitulé Extrapolation (1969), possède une orientation jazz. Autour de lui, le saxophoniste John Surman, le bassiste Brian Odges et le batteur Tony Oxley. Dans ce disque, McLaughlin démontre à travers son jeu, mais également suite à ses diverses compositions, sa puissante personnalité. La même année, il déménage pour les États-Unis. Le contrebassiste Dave Holland le recommande au batteur Tony Williams pour qu'il adhère à son groupe, "The Tony Williams Lifetime", qui comprend en outre Larry Young à l'orgue.

Comme en Angleterre, sa réputation de sideman le précède et il joue avec le contrebassiste Miroslav Vitous, le saxophoniste Wayne Shorter, le guitariste Larry Coryell, l'arrangeur Gil Evans et la compositrice Carla Bley. Dans cette période riche en rebondissements, il y aura la rencontre impromptue avec Jimi Hendrix, le temps d'une nuit ; un souvenir impérissable qu'il commentera des années plus tard dans la presse : « Je jouais d'une guitare acoustique avec un pick-up et Jimi jouait d'une guitare électrique. Quelle belle époque ! S'il avait vécu aujourd'hui, il aurait utilisé tout ce sur quoi il aurait pu mettre la main, la guitare acoustique, les synthétiseurs, les orchestres, les voix. » Peu de temps après, le trompettiste Miles Davis l'invite à participer notamment aux célèbres séances de Bitches Brew (dont un morceau porte son nom) et de In A Silent Way.

L'AVANT MAHAVISHNU

En 1970, John McLaughlin enregistre Devotion sur "Douglas Records". L'album propose une musique fusionnelle et psychédélique qui met en vedette l'organiste Larry Young, le bassiste Billy Rich et le batteur Buddy Miles. Puis, en 1971, il publie un disque d'un autre calibre : My Goal's Beyond qui contient une collection d'œuvres acoustiques. La face A (Peace One et Peace Two) offre un mélange fusionnel de jazz et de formes classiques indiennes, tandis que la face B présente un jeu acoustique constitué de standards tels que Goodbye Pork Pie Hat composé par Charles Mingus que McLaughlin considérait comme une influence essentielle. My Goal's Beyond constitue une sorte de hors d'œuvre de ce que sera l'aventure Mahavishnu Orchestra, en suivant le chef spirituel indien Sri Chinmoy et en inscrivant sur la pochette l'un de ses poèmes. C'est du reste avec cet album que McLaughlin prendra le nom de "Mahavishnu".


LE MAHAVISHNU ORCHESTRA

© wikimedia – Le Mahavishnu orchestra au concert du "New York Philharmonic Hall" (12/1943), avec de g. à dr. : Jerry Goodman, Jan Hammer, John McLaughlin, Billy Cobham et Rick Laird.

Le Mahavishnu Orchestra représente un groupe majeur du courant jazz-rock. Formé à New York en 1971, la formation connaîtra plusieurs changements de personnel tout au long de son histoire à travers ses deux périodes d'activité, la première de 1971 à 1976, et la seconde de 1984 à 1987.

Avec son premier groupe composé des musiciens venus des quatre coins de la planète : le violoniste américain Jerry Goodman (ex. Flock), le claviériste tchèque Jan Hammer, le bassiste irlandais Rick Laird et le batteur panaméen Billy Cobham (Cobham et Goodman étaient présents sur le troisième album solo de McLaughlin, My Goal's Beyond), le groupe recueille ses premiers éloges pour avoir développé une musique complexe et intense composée d'un mélange de jazz et de rock psychédélique, et dans laquelle les signatures métriques et les arrangements s'inspirent de la musique classique indienne.

Le premier album, The Inner Mounting Flame, sort en novembre 1971 et culmine à la onzième place du "Billboard Jazz Albums". Le suivant, Birds of Fire (1973), prolongera la marque de fabrique du Mahavishnu Orchestra, immédiatement reconnaissable. Mais les égos surdimensionnés des cinq musiciens va vite devenir ingérable, et ce, malgré les tentatives pour améliorer les relations. Le live Between Nothingness & Eternity, enregistré en novembre 1973, représentera une réponse définitive à la poursuite de ce premier Mahavishnu Orchestra. Suite à cette dissolution, McLaughlin collabore avec Carlos Santana pour un unique album, Love Devotion Surrender (1973), qui a pour particularité de présenter des compositions de John Coltrane, dont un extrait de A Love Supreme.


MAHAVISHNU ORCHESTRA : "BIRDS OF FIRE" (1973)

© facebook Jean-Luc Ponty – Le Mahavishnu Orchestra seconde période avec le violoniste Jean-luc Ponty (1975).

Après une période d’une extrême violence où le jeu est obsédant (courses rythmiques interminables), sous l'influence de son guru Sri Schinmoy, McLaughlin renoue avec une vie plus sereine et éthérée. Le guitariste engage de nouveaux musiciens pour constituer son second Mahavishnu Orchestra. Le violoniste français échappé de Frank Zappa, Jean-luc Ponty, avait été le premier choix de McLaughlin, mais il n'avait pas pu le rejoindre en raison de problèmes d'immigration.

Avec Ponty, deux albums seront enregistrés : Apocalypse (1974) et le rayonnant Vision of the Emerald Beyond (1975) au contraste saisissant. Les autres musiciens seront, pour l'essentiel, la discrète claviériste Gayle Moran, le solide bassiste Ralph Armstrong et le prolixe batteur Narada Michael Walden. Alors qu'Apocalypse, enregistré à Londres avec le London Symphony Orchestra sous la direction de Michael Tilson Thomas et George Martin à la production, navigue dans un océan sonore des plus "lourdingues", Vision of the Emerald Beyond retient immédiatement l'attention, ne serait-ce que pour les interventions de Ponty, qui se glisse idéalement dans les compositions énergiques de McLaughlin.

Quand sort en janvier 1976 Inner Worlds, de même que Gayle Moran rejoint la formation de Chick Coréa, Ponty n'est plus là pour avoir entamé sa carrière soliste. Le Mahavishnu Orchestra se compose alors de Stu Goldberg aux claviers, Ralph Armstrong à la basse et Narada Michael Walden à la batterie. Le disque Inner Wolds conclura l'existence du Mahavishnu Orchestra des années 1970.

Puis, c'est Shakti, une aventure musicale courant sur deux années et qui submergera le guitariste dans la musique indienne. Avec Shakti, McLaughlin démontre son détachement envers toute discipline spirituelle. Il aborde avec le percussionniste indien Hussain Zakit et le violoniste L. Shanka, une musique ethnique, plus en nuance qui proscrit pratiquement l’énergie renouvelée.


MAHAVISHNU ORCHESTRA : "LILA'S DANCE" (1975)

Son retour au jazz-rock se produira avec le One Truth Band (1979) constitué de L. Shankar (violons), Stu Goldberg (claviers), Fernando Saunders (basse) et Tony Thunder Smith (batterie). Notons aussi la parenthèse musicale du groupe Trio of Doom avec le batteur Tony Williams et le bassiste Jaco Pastorius en 1979, dont l'unique trace filmée demeure un concert donné le 3 mars 1979 à La Havane, dans le cadre du festival Havana Jam.

Enfin, laissant la place aux qualités sonores de la guitare acoustique, suivra The Guitar Trio. Les trois spécialistes éminents de la six cordes, McLaughlin, Al Di Meola et le guitariste de flamenco Paco de Lucía, se donneront rendez-vous pour offrir au public des échanges colorés et enflammés dans lesquels la virtuosité trouvera une place légitime (album Friday Night in San Francisco – 1981).

LE "MAHAVISHNU ORCHESTRA" DES ANNÉES 80

Durant trois ans, de 1984 à 1987, le Mahavishnu Orchestra va renaître. Sont alors présents : Bill Evans (saxophones), Mitchel Forman (claviers), Jonas Hellborg (basse) et le membre original Billy Cobham (batterie) – auquel succédera sur le disque suivant Danny Gottlieb et Jim Beard, ce dernier en remplacement de Jonas Hellborg à la basse.

Cette troisième incarnation développera un son distinct du Mahavishnu Orchestra des années 1970. Les raisons essentielles de ce changement proviennent de la musique jazz-rock qui avait mué sous l'influence des récentes orientations venues de la "world music", mais également à cause de l'utilisation intensive par McLaughlin des guitares synthés Roland et Synclavier. Deux albums seront produits. Le premier en 1984, Mahavishnu, et le second en 1987, Adventures in Radioloand.



MAHAVISHNU ORCHESTRA : "THE WAY OF THE PILGRIM" (1976)

LA TRAÇABILITÉ DU MAHAVISHNU

Instrumentiste au son limpide ou torturé, très soucieux d’organiser son espace sonore, John McLaughlin demeure un visionnaire musical génial qui a joué un rôle primordial dans la fusion du jazz et du rock des années 1970-1975. Aujourd'hui encore, après avoir travaillé avec d'autres formules dont il faut retenir, celle avec le percussionniste Trilok Gurtu et le bassiste Kai Eckhardt, puis les Free Spirits, un trio à l'ancienne, avec l'organiste Joey DeFrancesco et le batteur Dennis Chambers, le Mahavishnu Orchestra constitue une référence pour des groupes pas nécessairement étiquetés "jazz-rock".

Par exemple, dans la musique punk, à travers le guitariste Greg Ginn du groupe Black Flag, qui cite les premiers disques du Mahavishnu Orchestra pour l'avoir inspiré dans sa créativité, puis, plus récemment, avec des formations comme les rockers texans The Mars Volta, les Britanniques de Black Midi ou via les "metalleux" de Dillinger Escape Plan. Outre d'inévitables récupérations samplées, un livre intitulé "Power, Passion and Beauty : The Story of the Legendary Mahavishnu Orchestra" de Walter Kolosky, paru en 2006, retrace l'histoire du groupe en l'accompagnant de divers interviews de ses anciens membres, mais aussi de musiciens extérieurs à celui-ci, comme Jeff Beck, Bill Bruford, Peter Max ou bien Pat Metheny.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 02/2023)

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