JAZZ ET INFLUENCES


CHARLES MINGUS, BIOGRAPHIE/PORTRAIT DU CONTREBASSISTE DE JAZZ

Le contrebassiste Charles Mingus est l’une des figures importantes du jazz, de tous les jazz ! Le musicien a accompagné les plus grands : Duke Ellington, sa première grande influence, Louis Armstrong, Lionel Hampton, Charlie Parker, Art Tatum, Bud Powell ou encore Stan Getz, Miles Davis et Lennie Tristano.


CHARLES MINGUS, UN MUSICIEN ÉPRIS DE LIBERTÉ

Né en Arizona en 1922, Charles Mingus a grandi à Los Angeles au sein d'une famille de musiciens amateurs qui participait à l'occasion à des manifestations religieuses. Développant très jeune l'amour du jazz, le jeune Mingus commence par apprendre le trombone et le violoncelle avant de choisir la contrebasse dont, à force de travail, il devient assez rapidement un prestigieux technicien à la dextérité accomplie. Parallèlement à des études de composition, le jeune Mingus élabore des musiques dans un style qu'il aime particulièrement, le « Third Stream Jazz », et obtient ses premiers engagements professionnels en 1940.


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Dès cette époque, la graine du jazz remarque le jeune musicien plein d’audace, ceux de la première école comme Louis Armstrong, Duke Ellington, Art Tatum ou Kid Ory, et ceux aux jeux modernes, bop et cool, tels Charlie Parker et Stan Getz. Tous réclament le musicien. Quels que soient les orchestres, du big band jusqu’au combo, Charles Mingus démontre toute l'étendue de ses connaissances et possibilités, n’excluant aucune école de style. Il prend chez chacune ce que bon lui semble pour réaliser ce dont il a envie.

Quand il entame sa carrière sous son nom, Mingus devient un musicien et compositeur caméléon capable de surprendre ceux qui croient le connaître. S'il adopte un jeu sobre quand il rend hommage à Ellington, à Armstrong ou aux chants religieux de son enfance, le contrebassiste échafaude aussi des œuvres aux allures symphoniques où l’impudence de son inspiration saura insérer dynamiquement, dans un cadre viril et accueillant, une musique éprise de liberté.

Tour à tour, entre douceur et agressivité, au gré des fougues et caprices, le musicien écrit des musiques quasi primitives basées sur les roulements cadencés des chants évangélistes, sur la trame ancestrale du blues ou en s’aventurant à travers des œuvres sophistiquées flirtant avec les dissonances.


CHARLES MINGUS : GOOD BYE PORK PIE HAT (Live in Montreux) (1975)
Charles Mingus : contrebasse, George Adams : saxophone ténor et voix, Gerry Mulligan : saxophone baryton, Jack Walrath et Benny Bailey : trompettes, Don Pullen : piano, Dannie Richmond : batterie.

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UN CARACTÈRE BIEN TREMPÉ

Extérieurement, le musicien semble insaisissable, comme emporté par le paradoxe de ses envies, tant chaque style rejette le précédent. Pourtant, lorsqu'il abandonne sa contrebasse pour le piano, pour son plaisir et le nôtre, Mingus peut être plein de charme et de douceur pour chanter les amours romanesques.

Une personnalité complexe dessine le personnage. S’il peut être doté d’humour et d’ironie, l'autre facette dépeint un être agressif et vengeur : « Les choses ont bien changé depuis la naissance de cette musique de prostituée appelée jazz. Ma musique parle au peuple noir et essaie de prendre sa défense contre le fric, les esclavagistes, les exploiteurs capitalistes. », dira-t-il.

Les multiples anecdotes qui ont circulé sur son irascibilité trouvent leur prolongement dans sa musique. Des ballades aux fonds mouvants, des rêveries pleines de tendresse apaisante ou de lourdes vagues d'aigreur traversées de tortueuses vivacités viennent enfiévrer son discours et approfondir d'ombre ses espérances. Son goût pour une vérité sans fard et son courage pour dire crûment ce qui lui importe, aussi bien sur des plans personnels que politiques, lui ont valu des démêlés avec nombre de personnes.


LA MUSIQUE DE MINGUS

La musique du contrebassiste est étonnamment moderne, contemporaine dans sa forme, flirtant même avec l’habillage d’une musique free jazz qui aurait quelques pudeurs à exister vraiment. Sa musique parle à tous les curieux et amoureux de la musique. Ses compositions œuvrent dans la force, la générosité et optent grandement et ouvertement aux couleurs des orchestrations et des racines africaines.

Plusieurs œuvres composées par Mingus sont plus que des évocations de lieux, de sentiments, des portraits ou des tableaux, ce sont des poèmes musicaux. La force de l'expression et la liberté avec lesquelles ils sont mis en œuvre témoignent d'un tempérament hors pair et d'une ingéniosité certaine. Mais à cause d’un caractère parfois explosif ou de son refus de compromettre son intégrité artistique, Charles Mingus n'a pas toujours pu réaliser ce qu'il avait sur le cœur, entre autres diriger régulièrement un grand orchestre pour effectuer des tournées saluant son talent.

Sa discographie, fort riche et d'une grande diversité, témoigne ouvertement de sa contribution dans l’histoire du jazz. De sa forme traditionnelle, Mingus a gardé le goût pour un balancement vigoureux, pour la morale du dialogue collectif, et de sa forme moderne, il a fait vivre et progresser les harmonies, les oppositions et successions rythmiques. À tous les maîtres anciens du jazz, il a su rendre hommage, à ses contemporains aussi, tout en laissant la porte ouverte à l'avenir en permettant à de bons solistes de dire ce qu'ils souhaitaient de la manière la plus aventureuse, notamment le flûtiste et saxophoniste Eric Dolphy, le saxophoniste ténor Booker Ervin, le pianiste Jaki Byard et le batteur Dany Richmond.

Ses compositions sont facilement identifiables en faisant la part belle aux blues, aux musiques folkloriques et aux gospel songs. Elles évoquent bien des choses, même quand les influences sont bien modelées par un maître d'œuvre qui a le pouvoir d'unifier les contraires. L'art de Mingus, c'est de coordonner avec autorité Jelly Roll Morton, le gospel, Parker, Monk ; Ellington et la musique impressionniste servant à l’occasion de support.


CHARLES MINGUS : MOANIN' (1959)
Charles Mingus : contrebasse, John Handy : saxophone alto, Jackie McLean : saxophone alto, Booker Ervin : saxophone ténor, Pepper Adams : saxophone baryton, Jimmy Knepper et Willie Dennis : trombones, Horace Parlan : piano, Dannie Richmond : batterie.

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LA FIN DE CARRIÈRE

Au milieu des années 70, Mingus est atteint par une sclérose, ce qui l’oblige à passer la fin de sa vie dans un fauteuil roulant. Les premiers symptômes de paralysie apparaissent au printemps 1977. Sa dernière apparition sur scène a lieu au 'State University Theater' de Phoenix en Arizona à l'automne de la même année. Reçu par le président Jimmy Carter à la Maison-Blanche le 18 juin 1978, Charles Mingus décèdera six mois plus tard à Cuernavaca au Mexique. Après sa disparition, son épouse Sue Mingus crée le 'Mingus Big Band' pour perpétuer la musique de son mari disparue, en particulier les nombreuses compositions qui ont été découvertes après sa mort.

S'il est devenu un des grands noms du jazz, il faut se garder de penser que Charles Mingus avait son avenir derrière lui ; son audace alliée à de solides et belles compositions démontrent que le musicien avait miraculeusement compris son époque, daignant même jouer à l’ambassadeur d’une musique avant-gardiste pleine d'insolence et de vie.


DISCOGRAPHIE SÉLECTIVE

  • 1955 : Jazz Composers Workshop (Byg)
  • 1955 : Blue Moods (Debut) avec Miles Davis
  • 1956 : Pithecanthropus Erectus (Atlantic)
  • 1957 : The Clown (Atlantic)
  • 1957 : Tiruana Moods (FXL)
  • 1957 : East Coasting (Bethlehem Records)
  • 1959 : Blues & Roots (Atlantic)
  • 1959 : Better Get in Your Soul (CBS)
  • 1959 : Mingus Ah Um (Columbia)
  • 1959 : Mingus Dynasty (Columbia)
  • 1960 : Pre Bird (Mercury)
  • 1960 : Mingus at Antibes (Atlantic)
  • 1960 : Charles Mingus Presents Charles Mingus (Candid)
  • 1960 : Quartet, featuring Eric Dolphy (CBS)
  • 1961 : Tonight at noon (Atlantic)
  • 1961 : Wonderland (Solid State)
  • 1962 : Oh Yeah (Atlantic)
  • 1963 : The Black Saint and the Sinner Lady (Impulse!)
  • 1963 : Mingus Plays Piano (Impulse!)
  • 1966 : At Monterey (America Mingue)
  • 1972 : Let My Children Hear Music (Columbia)
  • 1974 : Changes One (en) (Atlantic)
  • 1974 : Changes Two (Atlantic)
  • 1976 : Cumbia & Jazz Fusion (Atlantic)
  • 1990 : Epitaph (en) (Columbia, posthume)
  • 2007 : Cornell 1964 (Blue Note)

Cadence Info (06/2020)


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