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JAZZ ET INLUENCES


LE FREE JAZZ, LA NAISSANCE D'UN JAZZ TOTALEMENT LIBRE

En 1958, lorsque Miles Davis enregistre avec John Coltrane Milestones, un pas important vient d’être franchi dans le domaine de l’improvisation jazz. En effet, contrairement aux autres standards de l’époque, Milestones ne repose que sur deux accords. Cette pauvreté harmonique est également accompagnée d’une structure insolite de 40 mesures.


L’ARRIVEE DU JAZZ MODAL

L’appauvrissement harmonique inauguré par Miles va entraîner la quasi disparition des modulations. Quant à l’improvisation, au lieu d’utiliser les schémas verticaux basés sur des suites d’accords, comme dans le bop, elle va exploiter la ‘liberté horizontale’… c’est–à-dire les gammes. De fait, la créativité musicale dans le jazz devient plus mélodique qu’harmonique. Miles Davis avait engendré l’improvisation dite ‘modale’ sans savoir que celle-ci allait être d’une grande importance dans l’histoire du free jazz. Par la suite, d'autres thèmes comme So What et Flamenco Sketches confirmeront la nouvelle règle imposée par le trompettiste.

L’autre personnage important de cette aventure sera bel et bien John Coltrane. A la surprise générale, rien ne prédestinait ce saxophoniste à se fourvoyer dans un tel discours, lui qui venait de l’école du rhythm and blues et qui avait pour parrain deux épiphénomènes de l’école ‘Ellingtonienne’ : Lester Young et Coleman Hawkins.


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Dès le début des années 60, Coltrane va détruire les structures académiques et conduire ses improvisations dans d’interminables solos ; solos dans lesquels les auditeurs perdaient souvent tout repère. Cette provocation sans trajectoire définie, du moins pour l’auditeur, allait exercer une véritable prise de conscience sur d’autres musiciens de la même génération. Africa (1962) et A Love Supreme (1964) demeurent les deux pierres angulaires de l’œuvre de Coltrane. Il faut les avoir écouter au moins une fois dans sa vie si l’on souhaite se rendre compte de l’imagination féconde de ce musicien.

D’autres jazzmen vont également rompre avec la structure classique du jazz. Le contrebassiste Charles Mingus et le saxophoniste Eric Dolphy. Pour Charles Mingus, les différentes tentatives musicales qu’il va conduire avec ses différents orchestres vont s’appuyer sur ses expériences passées. Mingus a côtoyé les plus grands, de Art Tatum à Louis Armstrong, sans oublier tous les leaders du courant bop comme Charlie Parker et Dizzy Gillespie. Fondamentalement, c’est dans l’improvisation collective que le contrebassiste va faire bouger les lignes en instaurant des innovations dans le traitement du tempo et de la forme.

L’apparition de structures polyrythmiques animées, mettant en jeu tous les éléments de l’orchestre, sera en quelque sorte bénéfique au langage free par le désordre sonore qui en résultera. Toutefois, et contrairement à Miles Davis, Mingus exploitera les structures du jazz classique et du blues, mais en y insérant des harmonies en point d’orgue servant à rompre l’éternelle grille qui tourne en boucle. A sa façon, Mingus conteste l’héritage du passé en le réinventant. Mais est-ce déjà du free jazz ?

Pas vraiment, car dans le free jazz, l’attitude du musicien consiste à détruire totalement la structure classique, la stabilité tonale, tout en revendiquant l’absence de direction. Pour devenir un courant musical autonome capable d’exercer une certaine influence, le free jazz devait développer sa propre identité sonore, sans que l’on remette en question le bien fondé de sa démarche. A leur façon, Miles, Coltrane et Mingus avaient ouvert une porte, il suffisait à présent de la pousser un peu plus…


LE FREE JAZZ

Par défaut, on attribue les prémices du free jazz au saxophoniste Ornette Coleman. Pourquoi par défaut ? Parce que dans le monde de l’improvisation jazz, et malgré des expériences passées dans les orchestres de rhythm and blues, Ornette Coleman avait deux handicaps majeurs : son incapacité à suivre correctement une grille sans se perdre et celui de jouer faux. Pourtant, et malgré les remarques et les reproches lancés alors par ses collègues musiciens, Coleman persévère et signe... quand en 1958 la chance lui sourit enfin…

Alors que Milestones vient de sortir, au même moment, Coleman enregistre sous son nom deux albums très controversés : Tomorrow Is the Question et Something Else. Pas à pas, Coleman décortique la première source du jazz : le blues, qu’il paraphrase en différentes variations non cycliques. Au lieu d’utiliser la traditionnelle grille de 12 mesures, Coleman introduit des parties en 10 ou 11 mesures pour faire rompre les différentes attirances harmoniques bien connues. L’album Free Jazz (1960), qui sort deux ans plus tard, est sans ambiguïté sur les intentions du saxophoniste. Fait rarissime pour l’époque, deux quartettes jouent en même temps sur de longues improvisations totalement libres, seulement entrecoupées par de courts passages écrits. Eric Dolphy à la clarinette basse, Charlie Haden et Scott la Faro aux contrebasses, Ed Blackwell et Billy Higgins aux batteries, participent à cet aventure hors norme.

Le trompettiste Don Cherry marquera également de son empreinte le mouvement free. S’inspirant très souvent des musiques orientales (Inde) et d'Afrique, le musicien a contribué à l’élimination du moteur rythmique jazz si essentiel, en implantant dans sa musique des climats pseudo méditatif. Devenu un multi-instrumentiste confirmée, il n’a eu de cesse de conduire une musique naturelle, même si celle-ci est pleine d’emprunts et d’audaces. Pour le trompettiste, sa musique s'est toujours voulu simple et communicative.

Si, pour des jazzmen comme Coleman ou Coltrane, le free jazz doit rimer avec swing, pour d’autres, les raisons vitales de cette musique ne se posent pas en ces termes. Pour eux, il s'agira de réduire drastiquement la permanence du conflit rythmique et de la mélodie par des moments de stagnation. Dans ce sens, le pianiste Cecil Taylor usera d’un jeu tout à fait déconcertant en considérant son instrument de prédilection comme un instrument de percussion. Il éliminera ainsi les nombreuses contraintes rythmiques auxquelles ses expériences passées dans le bop l’avaient habituées. Chez ce pianiste les moments de flottement sans swing ne sont pas rares, tout comme sa capacité à hypertrophier son jeu par des explosions sonores suivies aussitôt de lâcher-prises renversants.

A côté de ces quelques maîtres, nombre de musiciens et de groupes se sont empressés de faire vivre et éclater le free jazz. Chaque individualité ayant son style, mais aussi ses ambitions et ses charges émotionnelles. Citons les saxophonistes Albert Ayler, Archie Shepp, Pharaoh Sanders, Gato Barbieri, Steve Lacy et Anthony Braxton. Ce rapide tout d’horizon ne serait certainement pas complet si je ne citais pas le contrebassiste Alan Silva et son Celestrial Communication Orchestra, avec ses œuvres interminables pouvant durer quelquefois trois heures sans interruption, le Jazz Composer Orchestra fondé par Mike Mantler et Carla Bley (à qui l’on doit l’opéra surréaliste Escalator Over the Hill - 1968), l’Art Ensemble of Chicago (comprenant notamment le trompettiste Lester Bowie et le saxophoniste Roscoe Mitchell, fondateur de l’Art Ensemble) qui, une fois installé sur scène, laisse débouler une musique non-stop durant tout leur concert, et enfin l’inclassable Sun Ra, qui a toujours recherché à travers son grand orchestre l’esprit communautaire et religieux... par message cosmique interposé.


POUR CONCLURE

A force de dénaturer ce qui existe déjà, à force de rejeter tout langage établi, les musiciens issus du free jazz se sont quelque part exclus d’eux-mêmes en ne démontrant pas toujours leur véritable force et originalité. Face à une science musicale basée sur aucune loi, il est très difficile de domestiquer la liberté sans qu’aucune anarchie ne s’installe prélablement. Si les plus grands ont su résister et tirer une grande force de l'expérience, les autres se sont perdus sans être capable de se renouveler. L’idée du free jazz était peut-être révolutionnaire, mais elle a entraîné comme pour toute autre révolution plutôt des questions suspensives et ambiguës que de progrès absolu.

Par Elian Jougla - 09/2012

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