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JAZZ ET INLUENCES


JOHN COLTRANE BIOGRAPHIE PORTRAIT
le souffle mystique du jazz

Supplantant Ornette Coleman qui inaugura le free jazz mais qui, par manque de moyens, ne sut pas faire fructifier son audacieuse trouvaille, John Coltrane servira de relais entre le langage inauguré par Charlie Parker et la nouvelle liberté. Si la phase la plus importante de sa carrière se situe avant la rupture, le free donnera un sens spécial à sa vie et à son œuvre.


JOHN COLTRANE ET LA PÉRIODE BOP

Mort en 1967 à l’âge de 41 ans des suites d’une infection hépatique, les débuts de la carrière de John Coltrane se situent en 1944. Le jeune saxophoniste est un admirateur de Johnny Hodges, alors musicien attitré de l’orchestre de Duke Ellington. Coltrane joue du saxophone alto et court les cachets auprès des orchestres de danse, avant de partir faire son service militaire à Hawaï. Démobilisé en 1946, il participe à la vie de quelques groupes de rhythm and blues aux côtés de King Kolax et de Eddie Vinson. Il accompagne également la chanteuse de blues Big Maybelle et se produit au fameux Savoy de Harlem. Son passage de l’alto au ténor - qui deviendra son saxophone de prédilection - se produisit quand il accompagna le chanteur Eddie Vinson, ce dernier jouant de l’alto.


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Engagé en 1948 à Philadelphie par le trompettiste Howard McGhee, il découvre le jazz d’avant-garde de l’époque en la personne de Charlie Parker. Dès qu’il eut entendu le Bird, Coltrane voulut s’identifier à lui. En 1949, pendant quelques temps, il rejoue de l’alto avec Dizzy Gillespie, avant de retourner au ténor, tout d’abord avec des orchestres de danse comme celui d’Earl Bostic ou aux côtés de Lawrence Brown et de Emmett Berry dans le tout nouveau orchestre de Johnny Hodges. Il joue ensuite avec Jimmy Smith et Bud Powell, avant d’être engagé, en septembre 1955, par Miles Davis. La rencontre avec celui-ci marquera le départ de sa carrière, l’affirmation de son premier style.


MILES ET LE LYRISME COLTRANIEN

La section rythmique de Miles Davis est excellente : Red Garland au piano, Paul Chambers à la contrebasse, Philly Joe Jones à la batterie. L’ensemble, pendant deux ans, va être une des formations les plus actives, prolifiques et révolutionnaires. Lorsqu’en 1957 l’orchestre éclate (Miles aimait le changement et son caractère n’était pas fait pour maintenir durant longtemps autour de lui les mêmes individualités), John Coltrane est engagé par un autre novateur, Thelonious Monk. Mais un peu plus tard, le saxophoniste prend conscience qu’il peut, qu’il doit faire autre chose…

De nombreux disques enregistrés pour la marque "Prestige" portent le témoignage de l’affirmation progressive de sa personnalité. Avec le pianiste Red Garland, il joue d’une manière sentimentalement virile de belles ballades ou de robustes thèmes bop et hard bop. Il ne semble pas très éloigné de Sonny Rollins, mais son jeu est plus véhément, plus impatient, plus découpé. En janvier 1958, Miles Davis lui demande à nouveau de jouer à ses côtés. Le trompettiste a engagé l’altiste Cannonball Adderley qui perpétue un certain esprit parkérien, tandis qu’un jeune pianiste nommé Bill Evans, tout à la fois hardi et pudique, ne tarde pas à faire parler de lui par son jeu subtil. Deux géants côte à côte, c’est trop pour constituer longtemps une famille musicale, Miles et John se séparent pour suivre deux routes sensiblement opposées.


JOHN COLTRANE ET LE MYSTICISME

1960. Coltrane, plus libre, commence à surprendre tout le monde en jouant comme on ne l’avait jamais fait jusqu’alors. Sa musique tempétueuse mêle des harmoniques suraiguës à de longues saignées sonores qui commencent à faire mal avant d’envoûter. On crie à la profanation, on siffle à la fumisterie et puis on commence à se rendre compte que ce chemin coltranien est le seul qui soit en avant de son lyrisme.

On ne peut plus s’envoler, se déchirer, se donner sans crier ainsi. Nous avons alors passé une porte. L’art n’est plus aimablement au service du public, il est avant tout le reflet de l’âme du créateur, mais seuls les plus grands peuvent crier d’amour ainsi. Beaucoup de médiocres ont cru pouvoir imiter Coltrane, mais ils empuantissent la musique. Pour jouer ainsi, il faut être porté par une foi énorme. Coltrane semblait si pur, généreux, amoureux du monde.

John Coltrane enregistre désormais sous son nom, en duo tout d’abord avec le premier trompettiste free, Don Cherry, puis à la tête d’un quartette qui sera stable pendant cinq ans : McCoy Tyner, pianiste au jeu incisif et puissant, le fulgurant batteur Elvin Jones et les bassistes, tour à tour Steve Davis, Reggie Workman, puis Jimmy Garrison.

Sur le saxophone soprano qu’il redécouvre sera enregistrée une première version de My Favorite Things, un thème banal de Broadway qu’il réinvente totalement. Quelques morceaux sont enregistrés en quintette avec le flûtiste, saxophoniste et clarinettiste Eric Dolphy dont le jeu est capable d’étirer la mélodie jusqu’à la rupture, ou en grand orchestre. En 1965, l’année où il crée une de ses plus belles œuvres, A Love Supreme, il participe au festival d’Antibes ; ce sera pour les amateurs français l’occasion d’approcher de près un des musiciens les plus forts de sa génération, mais aussi l'un des plus secrets.

Interviewé par Michel Delorme et Jean Clouzet (Cahiers du jazz n°8), Coltrane s’explique sur son art : « En travaillant avec Miles Davis, j’ai commencé à apprécier les accords sous-entendus, à sentir les accords suggérés, je joue à peu près aussi loin que n’importe qui peut le faire. Ce que j’ai essayé, c’est de modifier la manière dont je jouais... La manière dont je joue se plie difficilement aux limitations de temps. Mes idées doivent se développer naturellement en un long solo. J’ai aimé jouer les harmoniques, mais c’est très difficile, cela finit toujours par « couiner »... Je veux que mon bassiste puisse jouer sans contrainte, ne plus rester prisonnier d’une ligne rythmique immuable. » De telles déclarations ont bouleversé bien des idées reçues. Cela impliquait entre autres une nouvelle manière de swinguer dans laquelle toute relation directe à l’infrastructure du tempo était évitée.

Lorsqu’il joua le soir se son premier concert antibois le poème mystique A Love Supreme, la presse, avec raison, pensa que l’on avait atteint le seuil de l’éclatement pour l’instrument, que c’était la pointe extrême de son jeu, un moment où le ciel et l’enfer se fondaient dans le souffle d’un homme inspiré. Or, ces illuminations devaient être bien plus magistrales dans les années qui suivirent. En 1966, John Coltrane se sépara de McCoy Tyner et d’Elvin Jones ; beaucoup le regrettèrent ; l’accompagnement trépignant et polyrythmique du batteur semblant indépassable. Pour le remplacer, le saxophoniste engage alors le batteur Rashied Ali, plus bruyant mais moins brillant, sa femme, Alice McLeod (qui deviendra Mme Coltrane en 1966) remplace Tyner au piano avec un jeu plus pâle que son prédécesseur. Enfin, le saxophoniste Pharoah Sanders complète la formation.

Au cours des diverses séances réalisées, presque en grand orchestre, Coltrane se laissera flotter comme un roc sur l’horizon frémissant et frelaté que les porte-cris de la révolution noire des années 60 feront brûler en-dessous de lui. Après être arrivé au mur du cri, la mort viendra le prendre rapidement dans un hôpital new yorkais.


COLTRANE EN HÉRITAGE

Dans le milieu volontiers accrocheur, théâtral et veule du jazz, la vie de John Coltrane est exemplaire. Aucun scandale, aucune faiblesse, presque pas d’inutiles anecdotes, mais de la musique avant tout ; trois styles et trois époques, le swingueur volubile des débuts, le poète lyrique de la première maturité et le mystique hurlant à s’en déchirer la poitrine pour montrer son cœur illuminé à la fin. De multiples facettes émotionnelles sont venues prendre place entre ces visages, soudant toutes les expériences et confidences entre elles à tel point qu’aujourd’hui tout nous semble lié, même lorsqu’au meilleur de la vague d’exploitation des harmoniques il se met, pour le plaisir, à rejouer des ballades qu’il aimait sincèrement.

Si, tout au long de sa vie, on a pu assez clairement voir quels étaient les tenants de John Coltrane : Parker et Monk, sa musique est toujours restée noblement volontaire, neuve et sans fin. Elle était pleine d’inattendu, pauvre en clichés mais prodigue de véhémence. Un des éléments les plus directement spectaculaires de son jeu était l’abondance de son débit et sa manière spéciale de travailler le son selon des phénomènes de nappe sonore, de vague de vibrations recouvrant le tempo par hantise du vide.

Coltrane produisait une musique si riche, que, malgré la foule des suiveurs qui n’ont puisé généralement que des tics là où il fallait comprendre une morale, aucun véritable disciple n’a pu lui être trouvé. Il y en a bien qui sonnent et qui donnent comme lui : Wayne Shorter, Joe Henderson, Pharoah Sanders ou Gato Barbieri, mais il leur manque, peut-être, une foi.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 05/2015)
(Source : André Francis - Jazz ed. Solfèges)

DISCOGRAPHIE COLTRANE (sélection)

  • Dakar (1957 - Prestige)
  • Blue Train (1957 - Blue Note)
  • John Coltrane et Burrell (1958 - Atlantic)
  • John Coltrane time with Cecil Taylor (1958 - Atlantic)
  • Naïma (1959 - Atlantic)
  • Giant Steps (1959 - Atlantic)
  • My Favorite Things (1960 - Atlantic)
  • Plays the blues (1960 - Atlantic)
  • Olé (1961 - Atlantic)
  • Africa (1961 - Impulse)
  • Duke Ellington et John Coltrane (1962 - Impulse)
  • A Love Supreme (1964 - Impulse)
  • Ascension (1965 - Impulse)
  • Meditations (1965 - Impulse)
  • Transition (1965 - Impulse)
  • Infinity (1966 - Impulse)
  • Expression (1967 - Impulse)

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