JAZZ ET INFLUENCES


CHICK COREA, BIOGRAPHIE/PORTRAIT DU PIANISTE DE JAZZ

Le claviériste virtuose Chick Corea a modifié la vision du jazz moderne au cours d'une carrière courant sur plus de cinq décennies. Celui qui a épaulé Miles Davis dans sa quête révolutionnaire d’un jazz fusionnel devait fonder des groupes majeurs, dont le Return to Forever dans les années 1970.


POUR L’AMOUR DU JAZZ

« Toute note, même fausse, que vous le vouliez ou non, a de la valeur. », disait le pianiste. Armando Anthony Corea est né le 12 juin 1941 à Chelsea dans le Massachusetts aux États-Unis. Grâce à son père trompettiste, il commence à apprendre le piano dès l’âge de 4 ans avant de prendre conscience que la musique de jazz sera pour lui « sa musique » ; la batterie qu’il abordera quelques années plus tard pour se distraire aura une influence déterminante sur sa façon de s’exprimer sur les claviers, en développant un jeu incisif et très marqué rythmiquement.

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© Ice Boy Tell - Cick Corea au Musik-Festival de Freiburg (Allemagne - 2019)

Après avoir étudié brièvement à la fois à Columbia et à Juilliard, il quitte l'école et commence à jouer professionnellement. Brillant technicien du piano acoustique et électrique, il développe un style délicat, feutré, tout en étant combatif, comme peuvent l’être les jeux de McCoy Tyner et de Herbie Hancock. Au début des années 60, il s'impose comme un pianiste de premier plan et se produit alors aux côtés de quelques noms établis tels que Stan Getz, Herbie Mann et Blue Mitchell.

En 1968, Corea fait sensation en publiant l'album acoustique Now He Sings, Now He Sobs. Avec le contrebassiste Miroslav Vitous et le batteur Roy Haynes, il établit une nouvelle référence dans l’art du jeu en trio, renouvelant « l’école du jazz moderne » inaugurée par Bill Evans quelques années plus tôt.

Puis il rejoint le groupe de Miles Davis. Le trompettiste venait de constituer Lost Quintet, un groupe éphémère qui ne devait produire aucun album studio. La formation excellait à la fois dans le post-bop audacieux du quintette précédent et dans une improvisation audacieusement abstraite. Corea, derrière le piano électrique (un instrument qu’il abordera avec scepticisme) va jouer un rôle clé en aidant le trompettiste à faire la transition vers un son plus contemporain et branché, mêlant au free jazz les voies de la Pop-Music (albums In a Silent Way et Bitches Brew).


CHICK COREA : 'NOW HE SINGS, NOW HE SOBS' (1968)

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LE RETURN TO FOREVER

En 1972, après avoir quitté le groupe de Miles, il forme son premier groupe électrique révolutionnaire, le Return to Forever, qui trouvera sa route de croisière suite à un essai de mariage unissant la musique brésilienne et le jazz (avec Flora Purim au chant et le mari de celle-ci, le batteur/percussionniste Airto Moreira).

Entouré de Al Di Meola (guitare), Stanley Clarke (basse) et Lenny White (batterie), le Return to Forever devient rapidement une référence du courant jazz-rock, période durant laquelle le pianiste commence à expérimenter la technique du synthétiseur, notamment le Minimoog qui sera spécialement modifié pour lui et présent dans de nombreuses improvisations en lieu et place du Fender Rhodes.

Return to Forever a certainement joué les musiques les plus vibrantes et dynamiques de l'ère de la fusion. Avec le Mahavishnu Orchestra de John McLaughlin et Weather Report, son groupe a contribué à diriger le mouvement jazz-rock de l'époque. La plupart des critiques retiennent surtout Romantic Warrior (1976) comme étant l’album le plus élaboré.

Le son pyrotechnique du groupe se révélera extrêmement influent non seulement dans le monde du jazz, mais aussi dans le milieu du rock, y compris pour les groupes Bad Brains et Living Colour. En 2008, Return to Forever reviendra sur le devant de la scène (toujours avec Al Di Meola, Stanley Clarke et Lenny White) pour une tournée mondiale qui sera suivie par la sortie d’un DVD l’année suivante.


THE RETURN TO FOREVER : 'THE ROMANTIC WARRIOR' (1976)

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UN FÉRU D’EXPÉRIENCES VIBRANTES

Pendant et après l’expérience du Return to Forever, le pianiste collabore avec de nombreux jazzmen pour des albums en duo : Gary Burton, Herbie Hancock, puis plus tard avec le banjoïste Bela Fleck (The Enchantment, 2007) et les pianistes Hiromi Uehara (Duet, 2009) et Stefano Bollani (Orvieto, 2011).

Le claviériste n’a de cesse de se lancer dans d'innombrables projets, montrant ainsi toute une gamme illimitée de combinaisons - du duo raffiné jusqu’à ses groupes avant-gardistes que seront l’Elektric Band, l'Akoustic Band et Origin - ou en brandissant, à l'image de Herbie Hancock, un clavier bandoulière aux sons d’une musique plutôt dansante.

Bien que son début de carrière soit marqué par une technique éblouissante, Chick Corea fera preuve également d’un incontestable don dans le domaine de la composition (Childen's Song, Spain, La fiesta, Windows, Armando's Rhumba, etc.) Il ne craindra jamais d’être à court d’idées, que ce soit dans le jazz d'avant-garde, durant son expérience collective du groupe Circle, comme en exposant ses influences latines (album My Spanish Heart).

© Tom Marcello - Chico Corea avec Al Di Meola (Rochester, New York - 1976)

CHICK COREA : 'LA FIESTA' (version Trilogy 2 - 2018)

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En l’écoutant, on ne peut détacher nos oreilles de son approche mélodique, car si son style est très rythmique (tel le titre Spain), son jeu est empli d'un grand lyrisme dicté par des envolées flamboyantes. Le grand improvisateur savait être également un parfait accompagnateur. En 2015, son ami Herbie Hancock devait déclarer : « Travailler avec Chick est très réconfortant et stimulant, dans la mesure où il aide à ressentir ce que vous vivez intérieurement. »

En revanche, il détestait rejouer ses anciennes compositions (sauf à les réarranger). Sa liberté appartenait à ceux qui vont de l'avant et Corea n'aura de cesse de renouveller son répertoire (sa carrière s’appuiera sur un grand nombre d’albums avec plus de 100 disques en 30 ans).

À partir des années 2000, le pianiste fera honneur à ses références dans ses albums solos, à ses héros musicaux que sont Mozart, Scriabine, Bartók ou à Bill Evans et Bud Powell (Solo Piano : Portraits – 2014). Lors de ses concerts, le pianiste soliste aimait tout particulièrement le moment où il faisait participer le public pour des joutes sonores amusantes et totalement improvisées. Ses compétences se mariaient avec la diversité de ses influences en touchant aussi bien à des pièces classiques qu'à celles du bop.

Chick Corea sera un des membres fervents de l'église de scientologie (sur plusieurs albums, il mentionnera son fondateur L. Ron Hubbard). Le pianiste devait décéder à l'âge de 79 ans des suites d’une forme rare de cancer le 9 février 2021.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 02/2021)


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