CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LE VIOLONCELLISTE ROSTROPOVITCH, BIOGRAPHIE/PORTRAIT - UN COMBAT POUR LA LIBERTÉ

Parmi les images fortes que l’on retient tout particulièrement du violoncelliste Mstislav Rostropovitch, on ne peut éviter de citer son interprétation des suites de Bach lors de la chute du mur de Berlin en novembre 1989. Tout un symbole ! Ce sera là l’un des ultimes témoignages à ciel ouvert d’un musicien épris de liberté, un artiste indomptable dont la carrière a toujours été de servir la musique avec honnêteté, passion et générosité.


UNE ENFANCE DICTÉE PAR LA MUSIQUE

Né en 1927 à Bakou en URSS et mort en 2007 à Moscou, Mstislav Rostropovitch aborde la musique comme on entre en religion. Son enfance, il la passe entre une mère pianiste, professeur au conservatoire de Bakou, et un père professeur de violoncelle qui lui apprend dès l'âge de sept ans les rudiments de l’instrument.


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Mstislav se trouve ainsi plongé dans la musique dès le plus jeune âge avec dans sa tête, des sons et des mélodies qui entrent en résonance. Au conservatoire de Moscou, il apprend les instruments de ses parents puis la direction d’orchestre. Pour se rapprocher de son père qu’il admire pour sa bonté et son talent, Mstislav décide d’apprendre son 1er Concerto pour violoncelle en l’interprétant au Conservatoire. Nous sommes alors en janvier 1948 et ce jour-là n'est pas un jour comme les autres  : un jeune et brillant compositeur du nom de Prokofiev qui assiste à son concert l’attend dans les coulisses…

« Je voudrais réviser ce concerto car il y a des choses qui me plaisent, mais sa structure n’est pas assez compacte. Si vous m’aidiez, je vous en serais reconnaissant. ». Rostropovitch, les yeux grands ouverts, avale les mots du jeune maître telle une gourmandise sucrée. Le violoncelliste, reconnaissant d’avoir eu une telle attention, jouera en retour sa 'Sonate pour violoncelle et piano' en novembre 1949 avec Sviatoslav Richter.

Mstislav Rostropovitch s’adonne également à la composition, mais n'y trouve aucune réponse satisfaisante. Trop soucieux d’apporter à la musique une meilleure contribution si ce n’est en se consacrant exclusivement au violoncelle, Mstislav finit par abandonner l'art des notes appliquées. Dès lors, Rostropovitch va suivre la voie de son héros, le violoncelliste Pablo Casals, qu’il aura le plaisir de rencontrer pour la première fois en 1957, de l’autre côté du mur, à Paris.

© Mikhail Ozerskiy - Mstislav Rostropovich (1959)


DERRIÈRE LE MUR

Quand le violoncelliste entreprend sa carrière porfessionnelle, son pays est sous l'autorité de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Dans ce vaste pays, la musique possède une saveur particulière : c’est une fenêtre ouverte vers la liberté. À cause de l’oppression, la musique est bien plus aimée qu’en Occident. Son relief contraste avec le monde terne d’un régime porté par le totalitarisme. Pour l’ensemble des soviétiques, la musique a une place à part. Elle est synonyme de plénitude et de réconfort, et rares sont ceux qui ne manifestent pas leur gratitude envers les musiciens d’exception.

Dans l’URSS des années 50, les musiciens n’ont d’autre choix et de responsabilités immédiates que celui de s’occuper de leur famille et d’avoir une éducation musicale sans concession. Leur existence est entièrement consacrée à leur métier, avec autorité si nécessaire. La musique est leur unique sillon dans un pays gangrené par la corruption. Malgré tout, Rostropovitch est plus que tout attaché à ce pays qui l’a vu naître, tout comme il est attaché à ses compatriotes compositeurs Prokofiev et Chostakovitch, attaqués par le décret sur le « formalisme » depuis la mort de Staline.

En 1950, le musicien a 23 ans, mais il est déjà très connu dans son pays. Outre ses activités de concertiste, il enseigne au Conservatoire de Leningrad puis fera de même à Moscou. Cette année-là, le brillant musicien se voit décorer de la plus haute distinction qui existe alors en Union soviétique, le prix Staline, par le maître du Kremlin en personne.

Cinq ans plus tard, en 1955, il épouse la soprano Galina Vichnevskaïa. La renommée internationale ne se fait pas attendre. Les années 60 sont là et le musicien se lie d’amitié avec le romancier Alexandre Soljénitsyne, le soutenant dans sa lutte contre les restrictions dans le domaine des libertés culturelles mais aussi en dénonçant les camps d'emprisonnement propres au Goulag. Cet attachement à combattre les autorités place aussitôt le violoncelliste dans la position inconfortable du citoyen ennemi de la patrie, ce qui l’obligera à s’exiler en 1974 avec Galina et ses deux filles. Le retour triomphateur sur le sol natal devra attendre 16 ans. Ce n'est, en effet, qu'en 1990 qu’il sera réhabilité par Mikhaïl Gorbatchev.


ROSTROPOVITCH & BRITTEN : SCHUBERT, ALLEGRO DE L'ARPEGGIONE SONATA

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LA CARRIÈRE INTERNATIONALE

En Europe comme aux États- Unis, Rostropovitch est tout de suite adulé et se trouve invité à jouer avec les plus grands musiciens de l’époque. Le violoncelliste prend la tête de l’orchestre philharmonique de Washington. Les évènements se succèdent. En France, Jacques Chirac réunit tous ses amis pour un concert exceptionnel se déroulant aux Champs-Élysées à l’occasion de son anniversaire. Il en sera de même au Barbican Center de Londres où l’homme est accueilli sous les applaudissements du public et de tous ses amis musiciens.

L'homme d'exception avait pris conscience très tôt des difficultés et des rivalités qui entouraient la vie musicale. L’un des exemples les plus significatifs est sans nul doute son soutien envers le pianiste américain Eugène Istomain. Dans les années 80/90, alors que la plupart des grands chefs américains s’obstinent à l’ignorer, Rostropovitch prendra une position contraire en l’engageant régulièrement comme soliste dans l’orchestre qu’il dirige. La profondeur de leurs liens, amicaux et musicaux, sera souvent relatée dans les journaux et à travers des documentaires.

© Yuryi Abramochkin - Mstislav Rostropovich et Alexander Solzhenitsyn (1998)

Rostropovitch a toujours voulu se dissoudre dans l’œuvre des compositeurs qu’il interprétait. Telle était sa volonté. Sa renommée, sa virtuosité, son charisme aussi, ont poussé des compositeurs à écrire pour lui des œuvres personnifiant sa stature, tel l’Anglais Benjamin Britten ou le Français Henri Dutilleux.

Rostropovitch était un admirateur de Bach. Ses interprétations dotées d'intelligence et de significations, ont sans doute contribué à faire de ce musicien l'un des plus important de la seconde moitié du 20e siècle. Son exil a fait de lui une passerelle vivante, navigant entre l’art de la Russie et celui de l’Occident. Son tempérament volcanique a eu le mérite de favoriser des échanges fructueux à une époque où tout était sombre, écorné par des tensions internationales et où les blocs Est/Ouest, malgré les réformes économiques d’une perestroïka naissante, étaient encore confrontés à des années de suspicion sociale, éthique et politique. Mais aujourd’hui, malgré une Russie encore traversée par les balafres d’un régime communiste et par les convulsions monstrueuses du monde actuel, la musique de Rostropovitch est toujours aussi présente, dans une intemporalité qui rejoint les cieux. Personne en Russie ne l’a oubliée !

Par Patrick Martial (Cadence Info - 05/2020)


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