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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


VALSE VIENNOISE ET OPÉRETTE,
STRAUSS PÈRE ET FILS

En ce début de 19e siècle, Vienne respire un bien-être où musique, danse et vin blanc tiennent une place importante. On danse partout ; un seul titre suffit à illustrer cet état d'esprit : Aimer, boire et chanter, une valse composée par Johann Strauss fils, et dont Alban Berg ne dédaignera pas, au début du siècle suivant, de réaliser une savoureuse transcription…


VIENNE, CAPITALE DE LA VALSE

Capitale d'un empire aux multiples nationalités, creuset où se fondent les mille facettes de la culture européenne, Vienne voit progressivement accroître son rayonnement et devient, à partir de 1815, le principal centre politique du monde occidental - une position qu'elle conservera jusqu'en 1848. Cette ville, jadis durement éprouvée dans sa chair même - d'abord par les invasions turques, puis par Napoléon - commence à respirer un air de paix et de gloire dont, peu à peu, elle s'enivre.


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À partir de 1848 et de l'avènement de François-Joseph, l'Empire austro-hongrois connaît une grande stabilité de pouvoir. Industrie et banque connaissent un essor sans précédent. Geste symbolique : en 1857, on rase les murs fortifiés qui entouraient la ville et on édifie sur leur emplacement le Ring, un grand boulevard où s'élèvent palaces et bâtiments officiels (Opéra, musées. Hôtel de Ville, Parlement, Université...) séparés par de vastes jardins, qu'agrémentent cafés, restaurants et kiosques à musique. Avec ses parcs, ses vignobles et ses faubourgs campagnards parfaitement intégrés dans la capitale (Heiligenstadt, Grinzing), on vit à Vienne dans une douceur et une sérénité assumée.


JOHANN STRAUSS PÈRE

Pur produit viennois, Johann Strauss père (1804-1849) parachève une solide réputation de violoniste dans l'orchestre de danse dirige par Joseph Lanner (1801-1843) puis, en 1825, fonde sa propre formation, devient rapidement le plus grand compositeur de musique de danse de la Vienne de son temps, et attire dans « sa » brasserie de prestigieux visiteurs (Chopin, Wagner). On lui doit quelques bonnes dizaines de polkas, galops, quadrilles et marches, dont la célèbre Marche de Radetzsky. Mais son plus beau fait de gloire est de contribuer, plus encore que Lanner, à la naissance de la valse viennoise que son fils, le second Johann Strauss (1825-1899) saura porter à des sommets inégalés.

Moulée dans une solide armature de 32mesures, réparties en 4 fois 8 mesures (le Jazz s'en souviendra), la valse de Johann Strauss père, robuste, solide, énergique, avoue encore ses origines populaires (le Landier) ; celle de son fils se fait plus délicate, plus soignée : en un mot, plus « mondaine ». L'introduction (obligatoire depuis l’Invitation à la Valse de Weber) et la coda s'allongent, la symétrie tend à s'estomper au profit d'une structure plus raffinée – d’explicite, le rythme de valse si caractéristique devient « implicite » (Andrew Lamb) -, l'orchestre, enfin, se diversifie. Parmi des centaines de titres, citons Le Beau Danube bleu (1867), Les légendes de la forêt viennoise (1868), Sang Viennois (1873), La Valse de l Empereur (1889). Ces valses, qu'admirèrent sans réserve tous les grands compositeurs de l'époque (Wagner, Liszt, Brahms) appartiennent de plein droit au patrimoine musical légué aux plus grands compositeurs germaniques à venir : Richard Strauss (le Chevalier à la Rose), Gustav Mahler, ou Alban Berg.


DE LA VALSE VIENNOISE À L’OPÉRETTE LA CHAUVE-SOURIS

Compositeur de valses qui firent de son vivant le tour du monde, Johann Strauss allait trouver, à partir de 1870, une dimension supplémentaire. L’activité théâtrale à Vienne est tout aussi vivace que l’activité musicale. Vienne est la ville de la blague, de l'humour fin et de la pointe d'esprit ; son théâtre est fondé sur la parodie et la satire (au 19e siècle, Johann Nepomuk Nestroy en est le plus brillant représentant). Cette double tradition (musicale et humoristique) constitue un terreau fertile à l'éclosion d'une opérette nationale. Mais il faut un détonateur : ce sera Offenbach et ses tournées triomphales dans les années 1860. On connaît l'anecdote de la rencontre entre Strauss et Offenbach (« Vous devriez écrire des opérettes Monsieur Strauss... »). Toutefois, parce qu'il ne se sentait pas la veine dramatique, Strauss hésitera encore dix ans avant de suivre les conseils de son aîné.

Johann Strauss

Gravure de Johnn Strauss (1870)

Pendant ce temps, Franz von Suppé (1819-1895) lui fraye la voie : son opérette en un acte, Le Pensionnat, écrite en 1860, passe traditionnellement pour la première opérette viennoise. Sur le plan musical, on y trouve une écriture très italianisante dans sa nervosité (influence de Donizetti), mais présentée « à la viennoise », avec un mélange de sensualité et d'humour à la saveur inimitable : on retrouvera ces deux caractéristiques dans toutes les opérettes de Johann Strauss. Mais Suppé ne sera jamais, hélas, trouver de bons livrets, alors qu'à l'opérette - « ce genre pur par excellence », dira le polémiste satirique Karl Kraus au début du 20e siècle -, le livret est plus important encore qu'à l'opéra où la musique passe parfois « devant » le texte et sa compréhension.

C'est Johann Strauss qui, à partir de 1871, allait prendre le relais, et assurer au genre ses quartiers de noblesse. Après quelques tâtonnements (Indigo en 1871, Le Carnaval de Rome en 1873), il donne enfin un chef-d'œuvre : La Chauve-Souris, sur un livret de Haffner et Gênée, d'après Le Réveillon de Meilhac et Halévy, les propres librettistes d'Offenbach. L'œuvre est créée au Theater an der Wien, le 5 avril 1874. Un fait est frappant : l'opérette viennoise ne reniera jamais ses origines - la majorité de ses arguments sont tirés de pièces françaises - ; l'influence d'Offenbach se faisant parfois même très directement sentir, comme dans le deuxième acte de La Chauve-Souris.

Ce qui distingue l'opérette viennoise du modèle « offenbachien », toutefois, est capital : à la différence de sa sœur aînée, l'opérette viennoise n'est pas une satire, mais un démarquage de l’opéra. À quelques exceptions près, on n'y décèle aucune intention narquoise ni sur le plan de la musique, ni sur le plan du texte. Son génie est d'une toute autre nature. Avec Johann Strauss, arrivé sur le tard au théâtre, la valse s’installe au plan structurel de l'œuvre. C'est un véritable coup de maître. Non seulement, l'opérette lui inspire quelques-unes de ses valses les plus réussies, mais elle fait corps à tel point avec la valse qu’on peut avancer l'hypothèse suivante : l'opérette viennoise n’est en définitive qu'une sorte de gigantesque mise en scène de l’« idée de valse ». Forte de sa sensualité implicite, la valse, ce tournoiement indéfiniment renouvelé qui entraîne une perte progressive du self-control - toujours reconquis -, imprègne l'opérette tout entière. Elle est toujours, du reste, en trois actes chez Johann Strauss.


Avec ses personnages qui sont de véritables archétypes : le mari fugueur, l'épouse fidèle et injustement soupçonnée, la soubrette délurée, le soupirant qu'on prend pour un autre - l'univers de Da Ponte est tout proche... -, une œuvre comme La Chauve-Souris est une réussite exemplaire, un « classique » dans son genre. L’équilibre entre texte et musique, la spontanéité et la fraîcheur de l'écriture, la qualité de l'invention mélodique y sont telles que Gustav Mahler fera entrer l'œuvre au répertoire de l'Opéra de Vienne dès 1894, du vivant même de son auteur. Les réussites de ce genre ne sont toutefois pas légion : outre les œuvres de Johann Strauss (Une nuit à Venise en 1883, Le Baron Tzigane en 1885, où Strauss parodie Le Trouvère, Wienerblut (Sang viennois) en 1899), il serait injuste de ne pas citer Franz Lehar (1870-1948) - un successeur qui se serait « puccinisé » - et dont La Veuve joyeuse (1905) constitue une des dernières grandes réussites d'un genre qui sut se concilier les faveurs, non seulement du grand public mais également des plus grands interprètes (Karajan, Elisabeth Schwarzkopf).

Johann Strauss - Opérette La chauve-souris

Illustration de l'opérette La chauve-souris

Comme 1' « Offenbachiade » reflète l'Empire de Napoléon III, l’opérette viennoise est d'abord le reflet de la Vienne impériale de son mode de vie et de ses fêtes continuelles. Elle offre au spectateur émerveillé un mélange de rêve et de réalité, un peu à la manière dont l'Empire austro-hongrois s'offrait en spectacle au monde ébahit.


QUELQUES AUTRES COMPOSITEURS…

Otto Nicolaï (1810-1849), fondateur des Concerts philharmoniques de Vienne et auteur des Joyeuses commères de Windsor, créées à Berlin en 1849.

Albert Lortzing (1801-1851), d’origine berlinoise, écrivit de nombreux 'Singspiele', dont le plus célèbre aujourd'hui est sans doute Tsar et Charpentier (1837), ainsi qu'un opéra romantique, Undine (I845).

Friedrich von Flotow(1812-1883) débuta comme compositeur d'opéras-comiques en France (Le Naufragé de la Méduse, 1839). La révolution de 1848 le contraignit à regagner des terres plus germaniques (Hambourg, Berlin, Vienne). De la quarantaine d'opéras-comiques qu'il laisse sur des livrets pour la plupart d'origine française, il faut mentionner Martha, créée à Vienne en 1847.

Engelbert Humperdinck (1854-1921), un ardent wagnérien, fut professeur à Francfort, puis à Berlin. Son ouvrage dramatique Hänsel und Gretel, créé à Weimar en 1893 mêle avec une habileté consommée une langue symphonique wagnérisée à une utilisation parfois « naïve » des mélodies populaires allemandes. Son succès, aujourd'hui, est encore grand sur les scènes germaniques.

Par S. Goldet (Cadence Info - 11/2016)


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