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INSTRUMENT DE MUSIQUE


LA FABRICATION D'UN VIOLON PAR UN MAÎTRE LUTHIER

Qu’ils s’appellent Antonio Guarneri, Jean-Baptiste Vuillaume ou Antonio Stradivari, les grands luthiers du violon ont traversé l’histoire en apportant une identité sonore à la fois belle et émouvante à leurs instruments. Aujourd’hui encore, le maître luthier et le violoniste s’entendent pour perpétuer la tradition du beau son...


LA QUALITÉ SONORE D’UN VIOLON A TOUJOURS UNE HISTOIRE

Pour le violoniste, la qualité sonore de son instrument est tout aussi importante que la maîtrise technique qu’il déploie. Talent et musicalité doivent être à la hauteur du résultat, et ceci ne peut exister sans une complicité avec le précieux objet. Ainsi naissent tendresse et amour, deux mots certes bien mystérieux au royaume de la musique mais qui surgissent dans les moments d’échanges privilégiés avec l’instrument, quand l’émotion palpable devient incroyablement dense, profonde et sincère.


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Chaque violon a une histoire, et la connaître, c’est déjà faire un grand pas pour comprendre cette mystérieuse relation qui unie le violoniste à son instrument. Le moindre détail y contribue et, en premier lieu, la qualité des bois utilisés lors de la fabrication.

Pour obtenir une sonorité à la hauteur de leur réputation, les instruments à cordes doivent avoir recours à des essences qui, sans être rares, doivent être rigoureusement sélectionnées (épicéa et érable, principalement). Sur mille troncs découpés, seuls un ou deux seront retenus et pour chaque tronc un morceau découpé sur des centaines aura le privilège d’être considéré comme un bois d’exception par le maître luthier, voire avec un peu de chance, comme phénoménal.

La résonance de la planche brute doit être évaluée. Il n‘est pas rare de tomber sur des bois d'épicia dont la vitesse de propagation du son s'élève à 6 500 m/s, ce qui est excellent étant donné que plus le délai est court, meilleure est la propagation (une coupe effectuée en été délivre généralement une vitesse plus élevée)

Après avoir été découpé en planche, le bois est de nouveau inspecté dans les moindres détails. Chacune de ses veines laisse alors parler à cœur ouvert son histoire : les périodes d’activité du soleil comme les orages. Ensuite, les bois sont suspendus sous un porche à l’air libre, pour un séchage optimal. Les planches deviennent ainsi très dure et dense pour résister au « modelage » imposé par les outils du maître luthier.


LA TEMPËTE DE BELLUNO ET SES CONSÉQUENCES

La tempête du mois de décembre 2018 qui s’est déroulé à Belluno en Italie nous rappelle étrangement les décors des forêts dévastés de 1999 en France. Mais ici, elle a touché un espace domanial qui était réputé pour la qualité de ses épicéas rouges, propices à la fabrication des instruments à cordes. Un désastre économique qui aura des retombées sur le coût des instruments d’ici quelques années.

(France 2 - 12/12/2018 - Reportage : A. MIkoczy, M. Chiarello, A. Donadini, F. Crimon)


DÉCOUPAGE ET ASSEMBLAGE

Lors de sa fabrication, le violon laisse déjà entrevoir ses facettes énigmatiques et fascinantes. Sa beauté sonore n’a d’égal que sa complexité. Le simple fait que l’instrument demande au minimum un mois pour voir le jour - sans compter la longue période qui précède, de la découpe du bois jusqu’au séchage -, explique pleinement l’attachement que le maître luthier ressent envers le bois qu’il sculpte.

Chaque pièce de bois servant à la fabrication du violon est découpée généralement d’après des plans provenant des grands luthiers. La moindre erreur d’un millimètre avec la scie à ruban et c’est la catastrophe. La précision du geste répétée des centaines fois se poursuit quand les rabots et râpes entrent en action. Petit à petit le fond du violon prend forme ; le maître luthier prenant soins de mesurer régulièrement son épaisseur à divers endroits stratégiques.

Beaucoup de temps se passe avant qu’arrive le moment du ponçage, acte final qui précise enfin la solidité, la souplesse et la résonance de la pièce travaillée. De petits coups frappés sur la pièce servant de fond au violon suffisent à évaluer la qualité du bois. Bien que dans ce domaine, la fabrication d’un violon ne soit pas toujours sûre à 100%, le maître luthier est capable d’estimer à ce moment-là s’il doit poursuivre ou pas.

Chaque bois utilisé doit redéfinir le champ des possibles : à bois unique, un son unique. Et si l’artisan est à sa façon un artiste, il est avant tout le serviteur d’un arbre qui, au moment de sa découpe, était dans sa « force de l’âge » en totalisant parfois près de 200 années d’existence. C’est pour le maître luthier une façon de rendre justice au bois, sachant que sans lui le rendez-vous avec le beau son serait impossible.

S’il commence toujours par la table d’harmonie et les filets qui servent à la consolider, la fabrication des autres pièces comme la volute, le manche en passant par le chevalet impliquent le même cérémonial : le découpage, le rabotage et le ponçage. Puis vient le moment de leur assemblage suivi du vernissage et du lustrage qui apporte la touche finale à l’instrument.


LE MAÎTRE LUTHIER ET LA MAGIE DU RÉSULTAT FINAL

Dans sa phase de test, la sonorité d’un violon n’est jamais parfaite. Elle demande un « ajustement ». Pour l’accomplir, le maître luthier va utiliser une petite pièce de bois, l’âme, qu’il va déplacer à l’intérieur du corps de l’instrument jusqu’à obtenir la résonance sonore désirée. L’âme ressemble à un petit bâtonnet qui se positionne entre les deux parties de la caisse de résonance. Elle sert à « connecter » la table d’harmonie au dos de la caisse.

Véritable colonne vertébrale de l’instrument, le dos possède une force de résonance incroyable, mais il est en retrait tant qu’il n’est pas en mesure de transmettre toute sa puissance par l’intermédiaire de l’âme à la table qui constitue l’élément chantant.

Pour le maître luthier l’impatience de voir comment sonnera le violon produit une sorte d’exaltation, celle de découvrir l’exigence de l’instrument avec toutes les possibilités qu’il offre. Sans détenir autant d’expérience musicale qu’un concertiste, le maître luthier est capable d’évaluer la pureté sonore de l’instrument, sa chaleur, de même que son acoustique et sa résonance en soufflant simplement à travers les ouïes. Toutefois, sa réelle satisfaction n’interviendra qu’au moment où, les cordes montées, il saisira l’archet pour se mettre à rêver en jouant quelques notes, satisfait par le travail accompli.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 01/2019)

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