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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


GEORGE GERSHWIN, LA RHAPSODY IN BLUE EN QUESTION

Il ne faudra que quatre semaines à George Gershwin pour écrire la Rhapsody in Blue. Depuis sa création en 1924, cette œuvre est devenue l’un des monuments de la musique américaine…

M. GERSHWIN, PRENDREZ-VOUS UN PEU DE JAZZ ?

Durant les années 1920, 1930, une grande partie du public ne savait pas encore définir la ligne qui séparait le «  jazz hot » du «  jazz straight » ou du «  jazz symphonique »  ; trois étiquettes propres à définir les contours d’un jazz en pleine expansion et dans lequel sont venues se perdre malencontreusement des œuvres comme la Rhapsody in Blue de Gershwin ou le Ragtime pour onze instruments de Stravinsky.


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À l’aube du 20e siècle, le jazz comme le classique se sont nourris l’un de l’autre, jouant tantôt la carte de la complémentarité tantôt celle de la défiance. La musique jazz a suivi une évolution si rapide qu'elle s'est heurtée, semble-t-il, aux même problèmes qu'a rencontrés sur son chemin la musique «  classique » à la même époque. Si l'on accepte cette courte comparaison, la musique jazz fut dès lors face à un problème d’identité, et comme de surcroît son évolution s'est toujours faite en de multiples directions, il est alors difficile de ne pas y voir figurer des œuvres écrites qui se sont vaguement inspirées de ses sonorités.

Du temps de Gershwin, la musique jazz de part ses dissonances, ses rythmes, son impudence à sortir des sentiers battus, captivait de nombreux musiciens Blancs. Gershwin était de ceux-là. À des degrés divers, presque toute son œuvre en est imprégnée. La Rhapsody in Blue est certainement le maillon le plus audacieux de sa courte carrière en soulevant autant de critiques que d'admirations. Un constat s'impose : pour de nombreux blancs, le jazz est encore une musique très secondaire. C'est une «  musique de nègre » jouée essentiellement par des Noirs… mais pas toujours destinée uniquement aux Noirs ! C’est à l'intérieur de cette fracture des valeurs que surgira la Rhapsody in Blue.

Les compositeurs de formation classique estimaient pouvoir transposer l’esprit du jazz dans les écritures pour en faire de la «  grande musique » à une époque où encore la majorité du public qui assistait aux concerts n’était pas encore prête à l’accepter. D’ailleurs, Gershwin le premier, qui n’y croyait guère après l’échec de son opéra jazz Blue Monday (1922), composa la rhapsodie presque par obligation, pour honorer la commande initiée par un chef d'«  orchestre de variétés », Paul Whiteman. Après un laborieux travail de quelques semaines suivi d’un premier arrangement orchestral réalisé par Grofé, la Rhapsody in Blue est enfin achevée seulement quelques jours avant sa première représentation au Aeolian Hall de New York, le 12 février 1924.

George Gershwin, par sa prétention à savourer les sonorités jazz et à les transposer dans ses œuvres, se devait en retour d’être pillé tôt ou tard par les jazzmen. Le compositeur américain qui disparu en 1937 avant l’éclosion du be-bop eut toutefois le temps de transmettre aux musiciens improvisateurs l’un des plus beaux répertoires de standards qu’ait connu l’histoire du jazz : Summertime, I Got Rhthm, Embraceable You et A Foggy Day sont à l’égal d’un Night and Day de Cole Porter ou d’un Blue Moon de Richard Rodgers.

On retiendra de ce prodigieux compositeur son parcours atypique et sa hardiesse à briser les lignes. Pianiste de formation classique, ce fils d'émigrés juifs russes new-yorkais a abordé professionnellement la musique par des chemins détournés en trouvant un premier emploi comme démonstrateur de chansons. Grâce à cette première expérience consacrée à la musique populaire, Gershwin va affiner son style, habillant telle ou telle chanson de quelques fioritures dont il a le secret. Son sens inné de la mélodie et son imagination féconde feront le reste en le conduisant à devenir un compositeur de chansons à succès, dont la plupart iront rejoindre les nombreuses comédies musicales écrites avec son frère Ira : Lady Be Good (1924), Tip-Toes (1925), Funny Face (1927), Girl Crazy (1930), Of Thee I Sing (1931), entre autres.


LA RHAPSODY IN BLUE EN RECTO/VERSO

La Rhapsody in Blue (1924) s’inscrit dans son répertoire dit «  classique » et dans lequel on trouve aussi bien le poème symphonique Un Américain à Paris (1928) que le Concerto pour piano et orchestre en fa majeur (1925) ou l’opéra Porgy and Bess (1935). Pour autant, l’œuvre s’inscrit bel et bien dans une période qui voit la musique «  savante » occidentale se diversifier dans son langage en intégrant des éléments à priori exogènes, comme les gammes pentatoniques ou les intonations blues.

L’œuvre de Gershwin est typiquement américaine dans sa sonorité par la mise en avant des percussions et des cuivres. C’est en partie ce qui le distingue de ses contemporains : Alban Berg, Dimitri Chostakovitch ou Darius Milhaud. Cependant, s’il use fort peu de musique issue de ses racines juives, il s’abstiendra de se détourner de la musique dite «  de race » représentée alors par le jazz. Ce dynamisme sonore propre à la musique des Afro-américains est très significatif quand on écoute la Rhapsody in Blue avec ses déchaînements rythmiques tout en syncope, ses ruptures sonores abruptes, et ses inflexions mélodiques et harmoniques si proches du jazz et du blues.

La Rhapsodie in Blue épouse le style, à savoir une liberté d’écriture qui s’articule autour d’une pièce d'un seul tenant, mais qui fait entendre plusieurs parties aux thèmes bien distincts. A ceci s’ajoute un grand orchestre avec cordes et cuivres qui accompagne un piano soliste à la manière d'un mouvement de concerto.

George Gershwin, ne sachant pas très bien orchestrer, confie les arrangements à Ferde Grofé (auteur du Grand Canyon suite – 1931) qui réalise d’abord un premier score pour orchestre à l’intention du compositeur, avant d'en produire deux autres, en 1926 puis en 1942 ; ce dernier devenant en quelque sorte la version officielle.

Le premier signe distinctif de cette rhapsodie pas comme les autres est sa célèbre «  introduction bluesy » jouée à la clarinette. Son long glissando, initié par le clarinettiste Ross Gorman lors des répétitions, sera conservé et adopté par Gershwin. Ensuite tout s’enchaîne rapidement. Les cuivres entrent en scène suivis de près par un piano qui, après avoir martelé une succession d’accords, développe la mélodie qui reviendra à plusieurs reprises sous différents tempos et habillage orchestral.

Dans la Rhapsody in Blue, la virtuosité est bien présente, flamboyante à travers ces cinq thèmes qui s’enchaînent, se poursuivent. Le compositeur brise les principes établis et prend un malin plaisir à brouiller les pistes à travers un développement tonal assez imprévisible (la tonalité principale de si bémol majeur est là pour faire illusion). De bout en bout, la Rhapsody in Blue ressemble étrangement à un montage sonore. Ruptures de tons, de cadences et d’orchestrations, rien n’y manque ! On y trouve aussi des envolées pianistiques à la façon de Rachmaninov, des traits de virtuosité qui sont entrecoupées de rebondissements orchestraux aux couleurs vives et puissantes. Certains passages font même penser à de la musique hollywoodienne des années 30 et 40 (la musique de Gershwin sera d’ailleurs exploitée au cinéma dans de nombreux films).


LA PREMIÈRE VERSION DE LA RHAPSODY IN BLUE

La patte Gershwin assez unique dans l’histoire de la musique américaine trouve dans sa Rhapsody in Blue le témoignage édifiant d’un compositeur qui a marqué son époque à plus d’un titre ; une reconnaissance qui trouve aujourd’hui son prolongement dans les différentes manifestations sonores des musiciens de jazz, mais aussi des musiciens classiques qui ont appris à l’honorer à maintes reprises : les pianistes Oscar Levant, James Levine, Herbie Hancock, Katia et Marielle Labèque et les chefs d’orchestre Michael Tilson Thomas, Eugène Ormandy, Leonard Bernstein ou Charles Dutoit.

GEORGE GERSHWIN JOUE LA RHAPSODY IN BLUE<

(Cette version originale est jouée au piano roll par son compositeur)

Les enregistrements de George Gershwin sont rares. Ceux-ci, souvent sur rouleau, nous permettent d’entendre le pianiste tel qu’en lui-même : un jeu incisif et très rythmé. En 1924, la première version orchestrée de la Rhapsody in BLue donna lieu à un enregistrement. George Gershwin est au piano, et Paul Whiteman, l’un des grands spécialistes du jazz symphonique, est à la tête d’un orchestre composé de 23 musiciens. A l'écoute, on remarquera que l'interprétation de la rhapsodie est exécutée à un tempo bien plus élevè que d'habitude. Un manque de préparation, peut-être !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 06/2017)


À CONSULTER

GEORGE GERSHWIN, L'AUDACE D'UN COMPOSITEUR


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