ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


JOAN BAEZ BIOGRAPHIE/PORTRAIT DE LA CHANTEUSE DE FOLK SONG

Découverte dans les années 60 par l’intelligentsia américaine, cette chanteuse de folk à la voix si pure est devenue avec les années, la représente la plus célèbre, mais aussi la plus controversée d’une certaine chanson populaire américaine…


LA DÉCOUVERTE DU FOLK, LA NAISSANCE D’UNE LÉGENDE

Née à New York le 9 janvier 1941 de père mexicain et de mère irlandaise, Joan Baez est une éternelle voyageuse qui a passé une enfance heureuse avec ses sœurs Pauline et Mimi. « J’avais une famille fantastique. Ma mère était la plus belle des mères. Mon père était le plus intelligent des pères. C’est bien qu’en étant enfant, on pense ça !… On chantait ensemble et nous faisions de belles harmonies. » À la maison, la guitare n’était jamais loin et Joan prenait beaucoup de plaisir à relever les quelques accords contenus dans les chansons de rhythm and blues qui passaient à la radio.

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© Ron Kroon / Anefo - Joan Baez (1966)

À l’adolescence, elle découvre la musique folk, d'abord à la maison (Harry Belafonte, Odetta, Pete Seeger…), puis grandeur nature sur la place de Harvard Square à Cambridge où des artistes amateurs se produisent. Musicalement, l’époque est révolutionnaire, non seulement à cause de l'émergence du rock et de ses instruments électriques, mais aussi à cause de ce courant hérité de la musique folk traditionnelle et qui baptise désormais ses chansons de textes souvent engagés et parfois visionnaires, le 'folk song'.

Joan Baez fait ses classes de chanteuse et de guitariste d’abord à Boston, puis à Chicago avant de revenir à son point de départ en se produisant régulièrement au 'Club 47' de Cambridge en 1959. « À l’époque, je ne connaissais rien de la vie. Le folk a été un choc. Pour moi cette musique c’était ce type assis sous un lampadaire qui jouait ‘Plaisir d’amour’. J’ai craqué ! »

Ces « coffee shops », comme le 'Club 47', étaient surtout fréquentés par les étudiants. Dans ces lieux branchés où les artistes de folk se produisaient, sa voix de soprano d’une étonnante limpidité – pour ne pas dire d’une étonnante beauté - s’élevait avec un doux vibrato. Son chant puissant et intentionnel se mariait parfaitement aux arpèges de sa guitare dans un silence quasi religieux. « Je traînais, je flirtais, j’apprenais des chansons » dit-elle pudiquement. Le style était déjà là, caractérisé par une diction impeccable et un accompagnement musical en picking d’une grande efficacité. Visiblement douée et époustouflante dans un genre musical qu’elle dominait parfaitement, il n’était plus question pour elle de poursuivre ses études à l’université...


JOAN BAEZ : 'FAREWELL ANGELINA' (1965)

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LES ANNÉES ‘RÉVÉLATION’ ET ‘ENGAGEMENT’

L’année 1959 est une année importante dans la carrière de Joan Baez depuis qu'elle est devenue la révélation du festival de folk de Newport, alors très en vue. Invitée par l'une des figures majeures du renouveau de la musique folk américaine, Bob Gibson, elle y interprètera deux chansons devant 13 000 personnes. Les critiques seront enthousiastes. Une reine du folk venait de naître, et quelques jours plus tard, elle obtenait la couverture de ‘Time Magazine’.

© Heinrich Klaffs (wikipedia) - Joan Baez (1973 - Concert à Hambourg)

Cet engouement porté par un public majoritairement Blanc - ce qu’elle critiquera vivement en exigeant une meilleure mixité lors de ses concerts - survient à un moment où existe une forte concentration d’artiste folk. Prise dans cette tourmente soudaine, Joan Baez n’était pas préparée. Ne connaissant rien au « système », elle craignait d’être happée par celui-ci. « J’avais surtout peur d’avoir un ego encore plus développé qu’il ne l’était déjà. Je me demandais comment j’allais faire pour rester une femme simple avec tout ce battage autour de moi. » précise t’elle.

Surmontant ses crises d’angoisse avant de monter sur scène, la quittant parfois au milieu d’une chanson, on exigeait pourtant d'elle qu'elle ne laisser rien paraître de ses peurs. Joan devait être à l'image d'une jeune fille bien sage qui chante toute seule avec sa voix et sa guitare, une jeune fille auréolée d’une certaine pudeur et d'une certaine retenue.

Ses deux premières productions discographiques (Joan Baez et Joan Baez vol. 2) seront composées pour l’essentiel de ballades, un genre que la chanteuse affectionne tout particulièrement. « Je trouvais les ballades magnifiques. Elles parlaient d’amour non partagé et de mort. Malgré mon jeune âge, j’étais très mélancolique puisque j’étais attirée par ses chansons. C’était les seules qui me plaisaient. Elles étaient tristes, longues, et belles. »

Raconter la carrière de Joan Baez, c'est aussi évoquer la rencontre avec Robert Allen Zimmerman, plus connu sous le nom de Bob Dylan. Cet auteur-compositeur et interprète, véritable poète quelque peu sauvage et vagabond, est déjà dans la trajectoire de s’imposer comme l'une des figures importantes de la musique populaire nord-américaine. « C’était un grand musicien. Grâce à lui, mes albums ont nettement progressé sur le plan musical. » se souvient-elle. Baez et Dylan deviennent inséparables et se produisent sur les mêmes scènes. « Quand j’ai entendu Dylan pour la première fois, j’ai su que c’était le chaînon manquant entre moi, le monde, la musique et la politique. J’ai su que c’était la direction à suivre… Il était comme un aimant. » L'histoire retiendra leur duo en 1963 au festival de Newport, chantant With god on our side. Mais cet accord commun, cet amour fusionnel, ne seront pas sans conséquence…

« Combien de chemins un homme doit-il parcourir pour mériter le nom d’Homme ? / Combien de mers une colombe doit-elle traverser avant de s’endormir sur le sable ? » (ext. Blowind in the wind – Bob Dylan). Joan Baez devient tout comme Dylan une chanteuse « politisée » et même plus en agissant sur le terrain communautaire. En véritable objecteur de conscience, elle prend la défense des Noirs et des droits civiques. Elle s’élève contre le ‘Klux Klux Klan’ et les enfants battus sous les yeux de la police. Elle devient une ami du pasteur Martin Luther King et interprète des chants de libération (Walking & talking with my mind on freedom).

Au cœur des années 60, la voici militante des droits civiques à un moment où les plus vives tensions surviennent entre Blancs et Noirs. « On ne peut pas chanter des chansons engagées et mener une vie qui n’est pas en accord avec les principes que l’on défend. » Joan Baez réclame égalité et justice dans un pays profondément fractionné. Sa conduite est alors à l’opposé de la majorité des artistes qui prennent une certaine distance et privilégient avant tout leur carrière. Son action pacifiste la conduit à passer quelques jours en prison. Mais une fois libérée, il n'est pas question d'arrêter la lutte.

© Rowland Scherman (wikipedia) - Joan Baez avec Bob Dylan (1963)

En 1968, elle rencontre David Harris, un militant tout comme elle, un activiste s’opposant à la guerre du Vietnam. Elle tombe amoureuse, visiblement séduite par le personnage. Joan, pourtant si indépendante, accepte de se marier avec lui. La chanteuse donnera naissance à un garçon, Gabriel, peu de temps après que son mari soit incarcéré pour avoir refusé d’intégrer l’armée. La prison, l’éloignement, puis le retour de David auront raison du couple qui finira par se séparer en 1973. « C’est plus facile d’entretenir une relation avec 10 000 personnes qu’avec une seule » dira-t-elle, rajoutant : « Je vis une vie très protégée dans mon petit cocon d’admirateurs. Quelque part, ça a été un substitut à une relation intime avec un homme. » Cette idée-là, elle la chantera dans la chanson Love song to a stranger (1972) en évoquant les relations furtives qui existent lors des tournées. Durant de nombreuses années, la chanteuse cachera à son public sa quête d’équilibre, cherchant à se protéger tout en restant disponible.


JOAN BAEZ : 'THE NIGHT THEY DROVE OLD DIXIE DOWN' (1971)

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PREMIER SUCCÈS ET CONSÉCRATION

Ses premiers succès ne se font pas attendre. En 1965, plusieurs chansons émergeront. There but for fortune de Phil Ochs et Colours de Donovan s’accompagneront de plusieurs chansons écrites par son grand ami Dylan dont It’s all over now bay blue et Farewell Angelina. Durant un passage à vide qui l’éloigne quelque peu de la scène folk, Joan Baez publie en 1968 son autobiographie ‘Daybreak’ et plusieurs recueils de poèmes. « Parfois les gens ont une image de moi qui ne me correspond pas. Encore aujourd’hui je me bats pour faire la distinction entre cette image et ma propre réalité ou du moins de l’image que je me fais de moi-même. »

La chanteuse revient en force en 1970 au festival de Biot, en France, puis se produit à l’île de Wight, à l’occasion de l’un des derniers grands rassemblements hippies autour d’une fraternité musicale sur le déclin. En 1971, elle signe The night they drove old dixie down, issue d’un album qu’elle enregistre à Nashville (Blessed are) en s’entourant de plusieurs musiciens et choristes.

Puis, l’année suivante, elle se rend à Hanoï, la capitale du Nord Vietnam, pour vivre comme un constat réaliste (prise sous les bombardements des B-52), l’échec de cette guerre qui avait déjà fait tant de ravage et d’atrocité inutiles. « Qui peut nier que l’adversaire / N’a pas davantage envie de mourir que nous / Ce que je veux dire / C’est qu’il prie / Le même dieu que nous / Dis-moi, comment Dieu choisit-il / Les prières qu’il n’exaucera pas / Qui tourne la roue ? / Qui jette les dés ? » chante-t-elle.

Son album Diamonds and rust sortie en 1975 marque un retour spectaculaire de la chanteuse. Outre la chanson éponyme, qui revient sur sa relation avec Bob Dylan dans les années 60, l’album Diamond and rust démontre une fois de plus que la chanteuse est toujours proche des engagements politiques et artistiques de ses débuts. Dylan et Baez devait se retrouver peu après la sortie de l’album pour partager la tournée ‘Rolling Thunder Revue’ où Joan fera preuve d’une attitude scénique bien différente, se lâchant, comme libérée par le souffle d'une légèreté que ses admirateurs les plus proches remarqueront.


JOAN BAEZ : 'THE BALLAD OF SACCO AND VANZETTI' (1971)

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Après la guerre du Vietnam, son combat ne cessera pas, prenant d’autres causes à défendre tout aussi nobles. En 1981, elle se rendra dans un camp de réfugiés en Thaïlande et à Santiago au Chili, ne perdant jamais de vue de quel côté il faut être. Soif de justice, révolutionnaire, soupçonnée d’être communiste dans le pays qui l’a vu naître, elle viendra chanter pour soutenir les opposants à la dictature militaire d’Augusto Pinochet. « Là où je me sens le mieux, c’est dans l’action militante. La musique est secondaire dans ma vie. Je n’y peux rien. J’essaie juste de ne pas trop la négliger », devait-elle déclarer cette année-là. Les droits de l’homme restent son combat, comme en 1989, à Bratislava (ex Tchécoslovaquie) avec les dissidents ou à Sarajevo en 1992, en plein conflit, en soutenant un peuple qui crie famine, privé d’espoir.


LA JOAN BAEZ D'AUJOURD'HUI

Auteur-compositrice parfois associée à sa sœur, Mimi Fariña (décédé en 2001 des suites d’un cancer), Joan Baez a surtout ouvert la voie à des chanteuses comme Melanie ou Joni Mitchell. Pour le grand public français, elle reste surtout l’interprète et l'auteure de La ballade de Sacco and Vanzetti et de Here's to you sur une musique de Ennio Morricone et issue du film ‘Sacco et Vanzetti’ réalisé en 1971 par Giuliano Montaldo.

© Liz Castro (wikipedia) - Joan Baez (2015 - En concert à Barcelone - Palau de la Música)

Aujourd’hui encore, Joan Baez n’a rien perdu de son courage, valorisant ses actions pacifiques et s’opposant à toutes les formes de violence. Ses convictions sont toujours là, intactes. En posant son regard sur le passé, elle a même du mal à imaginer qu’une telle existence lui soit arrivée. « Comment est-ce possible ? » dit-elle les yeux grands ouverts.

La chanteuse continue de se produire et conserve un public fidèle et amoureux, comme nous en France, envers une chanson à texte porteuse de messages. Son style musical est toujours resté le même, comme au premier jour, ne cherchant même pas à défendre cette image immuable qui la fait connaître dans le monde entier. Les années, l’époque, les modes, n’ont visiblement jamais eu de prise sur elle. Joan Baez est toujours restée fidèle à sa « foi », choisissant les bonnes chansons comme un cadeau venu du ciel.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 07/2021)
Source interview : Anthony DeCurtis


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