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CLASSIQUE / TRADITIONNEL


L’INDE ET SA MUSIQUE, UNE RELATION ANCESTRALE

Pour de nombreux occidentaux la musique en provenance de l’Inde se résume à très peu de choses : deux instruments le sitar et le tabla, une mélodie le râga ou râgam et à Ravi Shankar, musicien dont le nom est étroitement lié à quelques aventures musicales hippies. Cette réduction, quelque peu caricaturale, mais pas totalement fausse sur le fond, démontre la profonde division qu’il peut exister quand des sociétés totalement différentes de par leur position géographique, leur histoire et leur éducation se croisent sans vraiment chercher à s’aimer ou s’évitent pour ne pas s’affronter. La musique, par sa beauté intérieure, réussi là où d’autres fronts échouent. En Inde, ses aspirations spirituelles permettent l’accession à un niveau de conscience supérieur…


LA MUSIQUE HINDOUE, LA VOIX LUMIÈRE

Quand la musique devient complexe pour simplement asseoir sa personnalité, elle participe activement à l’élévation d’un langage érigé en mur, que par la suite tout musicien doit décoder et assimiler pour s’en affranchir. Comme d’autres cultures à travers le monde, la musique indienne est faite de traditions anciennes, séculaires, celles-là même qui ont forgé ses valeurs. Les comprendre, c’est pénétrer au cœur d’une mosaïque de langages, aussi complexes que raffinés.


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Aujourd’hui encore, la musique d’Inde conserve sa forte personnalité. Elle semble indestructible. Ses codes et ses structures particulières ont construit tout autour d’elle une science quelque peu mystique, où l’accession à un niveau de conscience supérieur est voulue comme un raffinement ultime. Certes, l’ouverture à une musique toujours plus universelle, plus mondialiste, a fissuré un tout petit peu sa carapace, mais la route est encore longue pour que volent en éclat son caractère divin et ses belles histoires.

La musique hindoue est un tout qu’honorent Brahma, Shiva et Vishnou, les dieux de la mythologie. Virtuosité, inventivité, esthétisme et spiritualité se conjuguent que pour mieux la servir et justifier son rang de musique classique. Son immense littérature a trouvé sa place dans chaque cérémonie importante, dans chaque manifestation de l’existence, de la naissance jusqu’à la mort. Elitiste ou populaire, la musique hindoue trouve toujours sa raison d’être, même quand ses chansons servent d’exutoire aux brimades sociales ou quand il faut se donner du courage.

La grande force de cette musique est d’avoir construit ses fondations autant sur du langage improvisé qu’au travers de riches connaissances. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, elle n’est pas que purement instrumentale. La voix y tient un rôle fédérateur et, contrairement aux occidentaux, il n’existe pas de vision distincte entre le rôle joué par elle et les instruments qui l’entourent. C’est un tout qui participe à l’unité du système musical indien. La voix est considérée comme un instrument à part entière. D’autre part, la tradition religieuse a semé ses cailloux et la voix s’identifie parfaitement aux divers sentiments humains. C’est une valeur sûre et hautement symbolique. Les paroles qu’elle exprime sont basées le plus souvent sur des poèmes mystiques hindouiste ou musulman.


LE RAGA ET LE TALA, DEUX ÉL♫4MENTS FONDAMENTAUX

Faisant la part belle à la mélodie mais aussi aux rythmes, la musique d'Inde repose sur deux traditions fondamentales complémentaires. Le râga que j’ai cité en introduction et le tâla. Le vocabulaire musical indien étant d’une grande richesse, tout comme ses codes, je résumerais les deux piliers fondamentaux à sa construction par ces quelques phrases :

Le râga repose sur une échelle modale construite sur une succession de hauteurs ascendantes ou descendantes, dont le sens et la direction ne sont pas uniformes. De cet échafaudage particulier, la musique offre parfois quelques contrastes saisissants. Alors qu'en Occident 12 demi-tons ont suffit à faire vivre des siècles de mélodies, la musique indienne a estimé qu’il fallait diviser l’octave en un canevas de 72 possibilités, provoquant ainsi une multitudes de combinaisons très subtiles.

Chaque râga exprime un état d’âme, et selon la tradition indienne, il en existerait 16 000. Au regard de ce chiffre spectaculaire, un musicien peut être considéré comme très bon quand il en connaît 200 à 300. On comprend dès lors que pour un musicien le temps et la patience conduisant à la connaissance ne peuvent pas prendre le même chemin qu’en Occident.

Le râga est généralement conduit par un cérémonial proche à certains égard de l’improvisation que nous connaissons en musique occidentale. Il se développe en différentes phases d’une durée variable. Le râga commence par un alâp, une sorte de prélude au tempo lent et sans rythme déterminé. Ensuite une longue improvisation prend place, le jor, durant laquelle s’exprime tout le talent du musicien soliste. Un final rapide et brillant vient conclure le râga, souvent jouxté entre l’instrument principal (sitar, vinâ…), la voix (ou un instrument soliste comme la flûte ou le violon) et la percussion (tabla, banya, mridangam…).

Au développement mélodique et complexe du râga vient l’indispensable tâla. Les deux piliers sont indissociables, tant les phrases mélodiques varient avec le rythme. Contrairement à bon nombre de musiques occidentales, les développements mélodiques et rythmiques font corps. Le matras constitue l’unité rythmique. Sur une alternance de temps forts (sam), de temps faibles (tali) mais aussi de temps silencieux (qui servent de repère dans la construction du cycle), le tâla est un mode rythmique très élaboré. Les variations sont nombreuses et souvent plus complexes au regard de celles produites en Occident. Si le sam constitue le « point de ralliement » pour les musiciens, c’est à travers le tâla et ses différentes combinaisons que se niche la richesse rythmique de la musique indienne qui, hélas, comme pour d’autres musiques à travers la planète, a vu s’appauvrir au fil des siècles ses infinies combinaisons.


L’ENSEIGNEMENT DE LA MUSIQUE HINDOUE

Le choc des cultures est souvent au centre des débats. Il n’y a là rien d’étonnant. Les langages musicaux occidentaux et indiens ont peu de choses en commun, de même que leur enseignement. Les notes rentrent en relation et réagissent en fonction de leur propre organisation ; mais qu'elles que soient leurs origines, leurs ressources, elles sont toujours le fruit d’une intelligence qui aura pour principale mission l'éveil de nos sens et, au-delà, de faire partager des sensibilités.

L’Inde est une mosaïque de cultures. Pour faire simple, la musique du Nord est nettement influencée par le discours improvisé ; de l’alâp au gat tout n’est qu’improvisation. Tandis qu’au Sud, même si tout est fondé sur les mêmes principes, la musique est sensiblement différente par le style et la théorie qu’elle développe. Le rythme y tient une plus grande place. Sa science, plus rigoureuse, fait moins appel à la sensibilité.

En Inde, la place sociale tenue par la musique est cruciale. Ses interprètes appartiennent le plus souvent aux castes artisanales. Dans le cadre familial, l’enseignement au lieu de reposer sur des écrits fait appel à de l’oral. C’est une question de tradition qui trouve ses origines dans l’analphabétisme de la population, mais pas seulement. Chez de nombreux enfants, grâce à ce type d’éducation, la capacité a mémorisé et reproduire des rythmes complexes devient plus naturel. Cependant, de nos jours, cette façon d’appréhender la musique tend à disparaître pour laisser place à un enseignement plus formaté, comme en Occident.

L’art musical indien, de pas sa subtilité, s’adapte difficilement à un enseignement collectif. Cette difficulté à communiquer au plus grand nombre est l’une des raisons qui pousse de jeunes musiciens talentueux à venir en Europe ou aux Etats-Unis afin de découvrir d’autres moyens de communiquer, de partager et d'étudier. Internet, colloques, échanges culturels contribuent également à cet exode.

En Inde, le musicien de rue existe aussi. Tout aussi misérable que ses congénères occidentaux, il chante à sa façon ses propres visions mystiques et transmet aux gens qui passent une musique simple et identifiable ; et si quelques-uns jouent encore devant les temples lors des fêtes ou des cérémonies, ici comme ailleurs, leur « spectacle » occasionnel est tout juste bon à émerveiller le touriste de passage. Les temps changent, mais la musique reste, il va s’en dire !

Par Elian Jougla (Cadence Info - 12/2015)


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