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LA MUSIQUE SALSA, SA DANSE, SES MESSAGES ET SES INSTRUMENTS

Apparue dans les années soixante et se développant à la décennie suivante, la musique salsa est portée par une tradition ancestrale qui rime avec chant, danse et fête. S’appuyant sur des rythmes cubains, les messages chantés reflètent une réalité sociale dans laquelle tout un peuple se reconnaît.


LA SALSA, UNE CONSTRUCTION MUSICALE TYPÉE

Musicalement, la salsa est d’une grande richesse. Son chant et ses improvisations savent conduire avec habileté les pas des danseurs. Le rythme perçu par l'oreille se traduit à travers un langage du corps qui établit une réelle intimité, souvent sensuelle, même si la volupté se manifeste aussi à travers des expressions corporelles proches de la vie quotidienne.


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Structurellement, la chanson salsa repose généralement sur une première idée musicale qui est répétée à deux reprises jusqu'à l'entrelacement de multiples motifs. Pour enrichir le chant principal, un chœur répond par une phrase ou une strophe aux sollicitations de l'interprète. Selon l’écriture des chansons, un changement de cadence rythmique intervient et lance une improvisation (comme dans le montunos). Ensuite le chœur revient et se mêle au motif initial.

En musique salsa, le rythme occupe une place centrale. C’est le moteur. Parmi les percussions, les claves sont essentielles. On dit souvent que le musicien salsero apprend le rythme à travers elles. Alors que dans une chanson les timbales servent de « relance rythmique », la clave est le « métronome » de l’orchestre. Tous les instruments se basent sur sa frappe régulière pour jouer dans une cohésion parfaite.

Concernant l'improvisation, on notera que celle-ci trouve son inspiration en fonction des circonstances du moment. Habituellement, sa place se situe après l’exposition de la mélodie ou du texte chanté. Instruments à vent, piano et percussions apportent leur contribution dans le développement d’improvisation, seule la « livito » possède une forme particulière en étant interprétée sans autre repère qu’en suivant le rythme. C’est ce qu’on appelle la descarga. On peut en entendre chez les salseros que sont Ray Barretto, Tito Puente ou Chivirico Dabilal.


LA SALSA PORTEUSE DE MESSAGES

Pour un Européen, la salsa est avant tout une musique de danse, une musique pour faire la fête, mais aux Caraïbes, ce n'est pas seulement ça. Si les danseurs s’enflamment à ses rythmes, la salsa est aussi le reflet d’une réalité sociale dans laquelle tout un peuple se reconnaît. Derrière leur apparente simplicité, les textes des chansons délivrent des messages forts subtils, souvent à travers des expressions ou des idées qu’il est difficile de décoder pour un non-initié.

Les textes décrivent généralement des situations de la vie quotidienne basées sur des histoires réelles ou imaginaires. La présence de chansons d’amour nous indique, qu’ici comme ailleurs, la sensibilité du cœur à sa place, tout comme la chanson érotique, dont les mots crus ne laissent aucun doute sur les formes de séduction et leurs dérives machos. Citons aussi les chansons engagées ou politiques, indispensables pour exprimer une opinion ou pour appeler à une prise de conscience face à une situation injuste.

Ce rapport au texte et à ses messages relativise ainsi la portée festive de la salsa. Les sources sont à rechercher auprès des interprètes, des auteurs et des compositeurs qui, paradoxalement, incitent à « faire la fête » tout en lançant des slogans au contenu éminemment profond et sérieux. Toutefois, comme d'autres musiques, la salsa n’échappe pas à la commercialisation, d’où la recherche d’un certain profit qui pousse implicitement à évoquer des sujets à la mode ou tendancieux : fait divers paru dans la presse, vie privée d’une personnalité, etc.


LA CULTURE SALSA

La salsa est une forme d’expression culturelle qui a permis aux individus de se sentir moins seul et plus unis. Décrire le quotidien est une façon d’exister, de parler de soi. Cette source d'inspiration se concrétise par des chansons qui valorisent la fête comme une des préoccupations particulières de « l'esprit latin ». Pour cela, il est nécessaire que le terrain s’y prête et les années 70, de part leur relative stabilité politique et leur essor économique, apporteront à un large public les moyens de se libérer. Dès lors, la musique salsa allait jouer les "premiers rôles" en offrant au plus grand nombre son message « d'invitation à s'amuser ». Le peuple portoricain rejoignait ainsi les Afro-américains dans leur soif de croire en des jours meilleurs. Un lien entre les racines afro-caribéennes et la culture locale pouvait enfin exister.

Cette source d’énergie, vitale comme la samba brésilienne ou porteuse d’espoir comme le reggae jamaïquain va établir de nouveaux rapports entre les hommes, car la fête est un moment où les amis et voisins qu'elle réunit se sentent plus proches et plus solidaires. En outre, un même attrait pour la salsa, une même façon de l'interpréter, de l'écouter, de la sentir et de la comprendre créent, au-delà des frontières de chaque pays, une « communauté salsa » qui s'étend à toute la zone des Caraïbes et devient ainsi l'expression d'une fraternité latino-américaine.

Du fait qu’elle marie tous les fantasmes, de la séduction à la possession, mais aussi qu’elle transmet une forme d’identité collective bien à elle avec son argot et sa terminologie, la salsa ne fait que renforcer sa différence vis-à-vis des autres musiques cubaines comme la rumba ou le cha cha cha.


RAY BARRETTO  INDESTRUCTIBLE (1973)


LES INSTRUMENTS DANS LA SALSA

Dans la salsa, la nomenclature des instruments passe d’abord par les percussions, instruments essentiels qui servent de base à la construction de ses rythmes. Citons le bongo, les timbales, les claves et les congas. Le gùiro et les maracas doivent être considérés comme des percussions d’appoints, même s’ils jouent parfois un rôle non négligeable en renforçant la cadence du rythme.

Traditionnellement, chaque percussion occupe une place bien précise. Par exemple, le bongo est employé pour accompagner l’interprète tandis que la clave s'utilise souvent au moment où les chœurs s’expriment. Fondamentalement, chaque percussion joue de cette façon un rôle complémentaire vis-à-vis de l’autre.

L’autre grand groupe d’instruments sont les cuivres et les bois : trompette, saxophone, trombone, flûte et clarinette. La façon de les gérer est proche du big band de jazz tout en étant plus ponctuel, ne soutenant le chant que par de courtes phrases incisives.

La basse possède un jeu sobre et a pour rôle de soutenir l'harmonie. Le piano accompagne le chant en ayant recours à des motifs harmoniques très typés, essentiellement courts et syncopés. Parfois une guitare rythmique et un vibraphone viennent enrichir l’orchestre, plus exceptionnellement des cordes.

Enfin, divers noms sont donnés aux formations salsa en fonction de l’effectif. Nous avons le 'Orquesta' qui est la forme la plus imposante et qui peut contenir parfois plus de trente musiciens. Ensuite, plus modestement, nous trouvons le 'conjunto' (ou sonora) et le 'sexteto'.

Par Elian Jougla (Cadence Info - 08/2019)
(source : Saul Escalona, La Salsa - ed. L'Harmattan)

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