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ROCK, POP, FOLK, ELECTRO...


LE PORTRAIT DE MADONNA ET SES RIVALES LADY GAGA, RIHANNA ET M.I.A

Elles s’appellent Lady Gaga, Rihanna et M.I.A. et ont pour icône une certaine Madonna. Sexy, vénale et provocante, la chanteuse phare des années 80 a produit de nombreuses émules. Le marivaudage classé X ayant été, depuis toujours, son terrain de jeu préféré, les ambitieuses Lady Gaga, Rihanna et M.I.A rivalisent de stratagèmes pour la détrôner…


MADONNA, LA MARILYN DES ANNÉES 80

Au sortir des années 1970 rebelles, féministes, antiglamour, Madonna sent le vent tourner. Une nouvelle ère s'ouvre sous ses pas. Hollywood est trop lent, trop lourd, quasi dépassé. MTV est là pour elle. Elle va y faire son cinéma avec un bric-à-brac poétique et sulfureux de cuirs et de dentelles, de résille et d'images pieuses, cinglant l'imaginaire américain là où les tabous sont le mieux ancrés. Le rock aussi lui semble dépassé. Pour que le corps exulte, elle se choisit la culture dance et tombe pile au bon moment.


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© NIcolas Andrew - Madonna

On serait sans doute bien en peine de déchiffrer l'ADN du son de Britney Spears ou de Lady Gaga, mais la musique de Madonna vient, elle, de New York, elle prend ses racines dans un âge d'or de la scène locale où fleurissent le rap, la new wave et l'électro. Au tournant des années 1980, elle a un coup d'avance. Son grand talent sera de ne (quasiment) jamais le perdre, d'avoir toujours l'énergie du désir, d'attirer à elle la nouveauté et d'avoir l'œil pour les jeunes producteurs comme Hitchcock et Lynch l'ont eu pour les actrices. Elle a aussi la langue bien pendue, ce qui ne gâche rien : « Dieu aussi voudrait bien se glisser dans ma culotte », crâne-t-elle.

Homo, hétéro, travelo, noir, blanc, rock, électro, elle brasse tous les genres et requinque le jeu des références et du double sens dont la musique populaire a toujours raffolé (« Ma petite boîte n'est pas comme les autres/elle fait de la musique quand on sait jouer avec »). À la fin des années 1980, l'excitation est à son comble mais ne va jamais sans une certaine gêne. Pour la première grande interview qu'il lui consacre, le magazine londonien The Face, bulletin de liaison du monde branché, lui offre sa couverture mais la cuisine avec insistance sur sa boucle de ceinture frappée d'un « BOY TOY » en lettres majuscules.

« Etes-vous un jouet pour les garçons ? — C'est une blague, répond-elle. Le surnom qu'on m'a donné quand je suis arrivée à New York, vous saisissez l'humour ? — Mais ça vous fait plaisir de recommander aux petites filles américaines de se transformer en joujou pour les garçons ? » À l'arrivée, l'intervieweur n'obtient qu'un soupir excédé, mais les critiques ne la lâcheront pas, lui reprochant de ramener le sexisme trente ans en arrière et de n'offrir à ses jeunes admiratrices qu'un imaginaire modelé par les fantasmes masculins, la puissance et l'argent. Une polémique qui suit, pas à pas, la carrière de ses jeunes rivales à qui l'on reproche couramment de jouer les femmes sexuellement émancipées quand elles ne seraient que les jouets du système.

Portée par l'hédonisme endiablé des années 1980, la "Material Girl" a largement contribué à créer un commerce de la volupté et de la célébrité qui semble la prendre de vitesse aujourd'hui. La compétition devient insensée, les émules se bousculent, les modes musicales tournent à la vitesse de l'éclair et le marché se réduit comme une misérable peau de chagrin. Même si elle est encore capable de quelques éclairs, elle ne plane plus sur les désirs de son époque. Son premier single Give me all your luvin' et son show péplum du Super Bowl ont fait beaucoup moins de bruit que la disparition de Whitney Houston. Elle en est réduite, pour créer le buzz, à donner l'exclusivité de ses nouveaux morceaux sur le blog de Perez Hilton, roi du gossip. Celui-là même que Rihanna promenait au bout de sa laisse dans le clip de SM.


LADY GAGA, LA RIVALE OFFICIELLE

Fille d’une famille italienne de New York et formée comme Madonna à l’école alternative des clubs du Lower East Side, se réclamant de Queen (Radio Gaga) ou de Bowie, posant nue dans Vanity Fair, défilant dans une robe de viande crue et s’affichant comme l’icône gay absolue, Lady Gaga s’est toujours posée comme la seule rivale officielle. Et Madonna ne s’est d’ailleurs pas gênée pour l’accuser de plagiat à la moindre occasion.

© Gytk67 - Rihanna (2008)

Son sens de la provocation et de la mise en scène est incontestable, et le cinéaste Abel Ferrara (qui enrôla autrefois Madonna pour Snake Eyes) confiait sa passion pour les clips de la demoiselle qui ont pulvérisé à peu près tous les records sur Internet. Bémol : sa musique, portée par une tendance Castafiore à la Freddie Mercury, un piano swing façon Elton John et des arrangements plutôt épais, nous laisse de marbre. Et si l’on en croit la blogosphère, la « plus grande vedette de la pop mondiale » ne le sera peut-être pas aussi longtemps que son modèle. Les critiques de fans déçus se multiplient et le retour de bâton se profile.


RIHANNA, LA MADONA BLACK

Du haut de son succès planétaire SM, la jeune reine de beauté de la Barbade affiche son air le plus sucré, ses lèvres les plus brillantes, pour batifoler avec le symbole éternel d'une banane pelée et fredonner de plus belle : « Les chaînes et les fouets m'excitent... » Tandis que des bribes sont coupées par la BBC, le clip devient banni des ondes dans une dizaine de pays d'Asie. Chez nous, il est interdit au moins de 10 ans. La presse anglaise titre sur l'« avènement de la pop lubrique » et parie que SM, qui cartonne partout dans le monde et offre à Rihanna, pour la dixième fois, la première place des charts américains, « sera un moment clé dans l'histoire de la pop ».

Tournant ? Retournement ? Cul-de-sac ? Travaillée depuis toujours (et comme toutes ses copines, de Britney à Shakira) par l'ambition de devenir la Madonna d'aujourd'hui (la « Madonna noire », qui plus est), Rihanna fait repasser les plats et bégayer l'histoire. Son SM nous ramène tout droit à l'époque où la jeune Madonna triomphante arborait cuir et cravache pour mettre du sel dans sa routine sexy.

Pour Rihanna, tout a commencé très vite. Au tournant des années 1990, les apprenties Madonna se bousculaient, Alisha au premier rang, copiant son style, sa verve libertine, et l'impact de son nom de star, avec deux syllabes en a... « J'écoute la radio, et je crois que c'est moi. Ça me donne la chair de poule ! disait Madonna. J'ai l'impression que la plupart de mes imitatrices sont noires... » C'était sans doute un de ses grands fantasmes. Madonna se serait volontiers vue black, 100 % soul et fille du ghetto. Ado, elle se plantait des fils de fer sur la tête pour hérisser ses cheveux en afro.

Juste retour des choses, celle qui lui ravit sa couronne aujourd'hui est une jeune fille de 26 ans à la peau cuivrée, Rihanna, qui s'est forgée un caractère et une réputation avec des tubes lascifs bien arrimés à la culture de la rue et des dancehalls jamaïcains.

Rihanna n'avait pas 18 ans qu'elle se présentait déjà comme la « Madonna noire ». Elle a soigné sa crédibilité de fille de son époque en décrochant un contrat chez Def Jam, le label historique du rap américain, en devenant la protégée de Jay-Z et en donnant la réplique à Eminem, Drake ou Kanye West... Son mélange efficace (et parfois électrisant) de hip-hop à la sauce caraïbe et de dance synthétique fait mouche à tous les coups, et son personnage s'étoffe avec les années.

Son enfance malheureuse et ses déboires avec un mari cogneur ont fait le tour de la planète people. Pour ne rien gâcher à sa nouvelle image de bad girl, elle se présente comme une croqueuse à penchant maso. Mais, au fur et à mesure que le succès enfle, il est difficile de faire la part entre la réalité de ses confessions et les fantasmes que fabriquent ses mentors. Pour son dernier album (Unapologetic), une cinquantaine d'auteurs et de producteurs ont été conviés à un brainstorming géant. Et sa dernière apparition sexy sur les écrans ne s’est pas fait dans la dentelle en étant à l'affiche de Battleship, un blockbuster sur fond de bataille navale où elle est un soldat en treillis, apparemment très douée de la gâchette.


M.I.A., LA TIGRESSE PUNK

Madonna l’a invitée sur son nouvel album car M.I.A. est l’agitatrice et l’agitée qu’elle rêverait d’être encore. Scandaleuse et sensuelle, toujours sur la brèche des nouveaux courants musicaux, Maya Arulpragasam, Londonienne d’ascendance sri lankaise, 39 ans, s’engage avec extravagance sur tous les fronts, du rap au rock expérimental, de la mode excentrique à la politique radicale. « Les gens ont oublié ce que ça voulait dire d’être punk », clame-t-elle.

Fille d’un militant des Tigres tamouls formé par l’OLP et leader d’un groupe de résistance baptisé Eros, M.I.A. a repris le flambeau de la contestation en lui ouvrant les portes de la culture pop et en s’amusant de tous les codes, érotiques ou politiques. Elle s’est taillé une image de séductrice frondeuse, impossible à cadrer, difficile à suivre. Ses clips cherchent la confrontation et circulent sur la Toile à la vitesse du scandale (notamment Born free, signé Romain Gavras). On la compare à Madonna pour sa capacité à repérer les phénomènes émergents. Mais elle ne semble pas aussi prête à se laisser aspirer par la culture populaire. Son dernier album (Matangi), elle le considère comme « un mélange fondamental de ses précurseurs ». D’une complexité déroutante, .il y a aussi du Björk en elle.

L. Rigoulet (Cadence Info - 11/2014)


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