CLASSIQUE / TRADITIONNEL


LES CORRESPONDANCES DE MOZART. LES LETTRES PRIVÉES DU COMPOSITEUR

Toute sa vie Mozart devait correspondre avec sa famille, sa femme, ses amis et même ses « ennemis » jusqu’à seuil de sa mort. Par bonheur, une grande majorité de ses lettres n’ont pas disparue. Cette page propose très modestement d’être le témoin de quelques échanges où le musicien raconte sa vie avec ses joies et ses peines.


DES LETTRES D’AMOUR ET DE COMPASSION

Mozart, comme de nombreux grands compositeurs, était un être tourmenté, mais pour rien au monde il n’aurait mis à l’écart son amie de toujours, la musique. Pour ce génie qui a eu une vie aussi courte qu’intense, les correspondances qui suivent sont des témoignages à cœur ouvert. Par leur diversité, elles permettent d’avoir un petit aperçu de l’artiste, de ses doutes, mais aussi de l’homme, de son rapport avec la foi, la famille, la musique et la mort.


LE CARACTÈRE DE MOZART

Les deux extraits qui suivent démontrent que Mozart, comme beaucoup de gens de peu, pouvait être quelqu’un de casanier et paisible et à d'autres moments un être atteint de mélancolie, notamment quand il s’adressait à sa femme Constance.

© universalcompendium.com ; Mozart à Verone par Leopold Bode, Stiftung Mozarteum, Salzburg

À son père : « C’est toujours à la maison que je me sens le mieux ou chez un véritable, honnête et loyal Allemand qui, s’il est célibataire, vit tout seul, en bon chrétien, ou s’il est marié, aime sa femme et élève bien ses enfants. » (3 juillet 1778)

À sa femme Constance : « Je me porte, Dieu soit loué, passablement bien ; toutefois, je ne vois rime, ni raison à rien, je n’ai ni chaud, ni froid, je n’ai plaisir à rien. » (7 juillet 1791)


VIE AMOUREUSE

Constance Weber, celle qui fut la « femme de sa vie », quittait rarement les pensées de Mozart sauf, bien sûr, quand le compositeur se jetait de toute son âme dans la musique. Voici deux correspondances significatives...

À sa femme Constance : « Chère petite épouse, j’ai une foule de prières à t’adresser. Primo je te prie de ne pas être triste. Secundo de faire attention à ta santé et de ne pas te fier à l’air du printemps. Tercio de ne pas sortie à pied toute seule et, encore mieux, de ne pas sortir du tout. Quarto d’être totalement assurée de mon amour ; je ne t’ai pas encore écrit la moindre lettre sans avoir posé devant moi ton cher portrait. Quinto je te demande de faire attention non seulement à ton et à mon honneur dans ta conduite, mais également aux apparences. Ne soit pas fâchée de cette demande. Tu dois justement m’aimer encore plus du fait de mon attachement à l’honneur… Je t’embrasse et t’étreins 1 095 060 437 082 fois. » (Berlin, 16 avril 1789)

« La première chose que je ferai sera de te crêper le chignon : comment donc peux-tu croire, oui, seulement supposer que je t’ai oubliée ? Comment cela me serait-il possible ? Pour cette seule pensée, tu recevras dès la première nuit une solide fessée sur ton charmant petit cul fait pour recevoir des baisers, compte là-dessus » (Berlin, 19 mai 1789)


POUR PLAIRE

Mozart, qui ne regardait pas à la dépense, quitte à emprunter quelques argents à des proches, n’était pas seulement préoccupé par l’écriture de ses sonates, symphonies ou opéras, il aimait plaire également par son apparence.

À la comtesse de Waldstätten : « Quant au beau frac rouge (sorte de queue-de-pie anglaise, ndlr) qui me travaille cruellement le cœur, je vous demanderai de me faire dire exactement où on se le procure et à quel prix ; car ceci, je l’ai complètement oublié, n’ayant pris en considération que la beauté de l’habit, et non le prix… Car un pareil frac, il faut que je l’aie !Avec lui, ce sera la peine d’y placer ces boutons grâce auxquels, depuis longtemps, j’aurais eu l’air plus à la mode. » (28 septembre 1782)

© DeAgostini - Getty ; Wolfgang Amadeus Mozart et son épouse Constanze Weber au clavecin (détails) ; peinture de Johann Nepomuk della Croce, 1780


DU RAPPORT À L’INSTRUMENT

Alors qu’aujourd’hui se pose parfois la question de l’utilisation de l’ordinateur dans la création musicale, Mozart, devait traverser de son temps une petite révolution avec l’arrivée du pianoforte. Cette simple lettre adressée à son père démontre tout l’intérêt que le compositeur autrichien portait aux progrès technologiques.

À son père : « Il me fait maintenant vous parler des pianos de Stein (Stein était un facteur de piano allemand d’Augsbourg, ndlr). Avant d’avoir vu les instruments construits par ce dernier, les claviers de Späth (luthier Allemand pressenti comme ayant été à l’origine du piano à tangentes, ndlr) avaient ma préférence, mais maintenant, je dois donner l’avantage à ceux de Stein, car ils étoffent beaucoup mieux le son que ceux de Ratisbonne. Si je frappe la note fortement, je peux laisser le doigt sur la touche ou le retirer, le son s’éteint au moment même où je veux l’entendre. Je peux toucher les notes comme je veux, le son sera toujours égal… Ses instruments diffèrent de tous les autres en ce sens qu’ils ont un échappement. Et il n’y a pas un facteur d’instrument sur cent qui s’occupe de ce problème… Mais, sans échappement, tous les pianofortes ont un son distordu et vibrant. » (17 octobre 1777)


LE PARLER CRU

Du temps de Mozart il existait de nombreuses formules de politesse et des marques de respect, du « très cher ami » jusqu’au vouvoiement à l‘égard des parents mais, paradoxalement, il y avait aussi un autre langage semble-t-il plus cru et direct chez les Mozart...

À sa cousine Maria Thekla Mozart : « Ma très chère cousine ! Avant de vous écrire, il faut que j’aille aux cabinets. Voilà c’est fait ! Ah ! Je me sens de nouveau le cœur léger ! Je suis bien soulagé, je peux maintenant à nouveau festoyer ! Eh bien, eh bien, lorsqu’on s’est bien vidé, la vie semble nettement plus agréable. » (3 décembre 1777)

À sa mère : « Je suis en bonne santé, Dieu soit loué, et baise la main de maman, tout comme le visage de ma sœur, et le nez, la bouche, le cou, ma mauvaise plume et le cul s’il est propre. » (Rome, mai 1770)


MOZART, LE BON CHRÉTIEN

À son père : « En ce qui concerne le salut de mon âme, soyez sans inquiétude, mon excellent père. Je suis un jeune homme faillible, comme tous les autres, mais je peux souhaiter, pour me consoler, que tous le soient aussi peu que moi… Ma principale faute est de n’agir pas toujours en apparence, comme je le devrais. Il est faux que je me sois vanté de manger de la viande les jours maigres ; j’ai dit que je ne m’en préoccupais en rien, que je ne la tenais pas pour une faute, parce que, selon moi, le jeûne, c’est se priver, c’est manger moins qu’auparavant.  » (13 juin 1781)


LE RAPPORT À LA MORT

Ceux qui ont vu la scène finale du film Amadeus de Milos Forman se souviennent de l’étrange rapport entre un Sialeri jaloux et un Mozart alité dictant le Requiem quelques instants avant de mourir. Visiblement, la mort accompagnait la vie, au-delà de la fatalité. Le compositeur ne redoutait pas l’issue fatale. Sa foi chrétienne qui l’accompagne devait l’assister comme en témoigne les écrits adressés à son père quelques années avant que le compositeur ne décède.

Après le décès de sa mère, Wolfgang écrivit à son père et à sa sœur : « J’espère maintenant que vous êtes prêt à apprendre le pire et qu’après avoir laissé libre cours à cette douleur bien naturelle et compréhensible ainsi qu’aux larmes, vous vous en remettrez finalement à la volonté de Dieu et adorerez sa providence inexplorable, insondable et si sage. Vous imaginerez facilement à quel courage et à quelle fermeté j’ai dû avoir recours pour tout supporter avec calme, alors que petit à petit son état empirait et s’aggravait, et pourtant Dieu, dans sa bonté, m’a fait cette grâce, j’ai suffisamment souffert, suffisamment pleuré, mais à quoi cela servait-il ? Il m’a fallu me consoler ; faites-en autant, mon cher papa et ma chère sœur ! Pleurez, pleurez à chaudes larmes, mais consolez-vous en fin de compte, pensez que le Dieu tout-puissant l’a voulu ainsi, et que pouvons-nous faire contre sa volonté ? » (Paris, 9 juillet 1778)

À son père : « Je ne vais jamais au lit sans réfléchir que peut-être – si jeune que je sois –, le lendemain, je ne serai plus là ! Et pourtant personne, parmi ceux qui me connaissent et me fréquentent, ne peut dire que je sois chagrin ou triste. » (4 avril 1787, quelques semaines avant que son père ne décède)

Par P. Martial (Cadence Info - 06/2021)

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